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  • : Site comprenant des comptes-rendus de lectures de livres: recueils de poésie, de nouvelles, romans, essais. Et diverses informations sur la vie littéraire.
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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 23:37

Bruno Ruiz

Joindre le chant à la poésie...


Voici quelques chansons que Bruno Ruiz m’a autorisé à mettre en ligne sur revue-texture.fr .
J’y tenais beaucoup, car le dossier que je lui consacre aurait vraiment été incomplet s’il n’avait donné un aperçu de la musique, de la voix, bref de l’interprétation d’un poète qui cherche à travers toute poésie, le chant…


pour écouter ses chansons cliquer ici

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22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 12:57
Max Alhau :
quelques poèmes


Max Alhau a publié des nouvelles et des essais, mais il est d'abord poète, avec plus de vingt recueils de poésie édités.

Voici quelques-uns de ses poèmes.

 

On peut lire le dossier qui lui est consacré en cliquant ici.

 

 

 


On marche, mais sans se rendre compte du voyage ; dans les lointains, c'est une autre terre que l'on aperçoit, comme une étape sans cesse différée. Derrière soi, le paysage s'est effacé, ma­gnifié par un feu invisible.

Là-bas, d'autres lieux nous appartiennent dont l'énigme n'est jamais résolue. Nul n'habite que l'éphémère, le frémissement de l'eau sous le vent. Pourtant au seuil de ce pays, la mort s'en­racine et les choses rendues à leur présence pas­sent outre le temps, les saisons dont la naissance est illusion.

La plaine devient le calque d'un ciel déses­pérément bleu.


**


On naît d'un lieu trouvé à force de quête patiente, attendu depuis toujours. Il y a dans cette rencontre la reconnaissance du corps envers la terre, l'alliance avec les arbres, les pierres. Même la lumière est racine qui parfait l'équilibre.


**


Le long des chemins, chaque pas recrée sa propre légende, inversant les données de la réa­lité, des paysages. Dans la transparence de l'air, sous la trouée du vent commence, sans jamais s'achever, un voyage qui tient lieu de reconnais­sance.

L'étendue de la plaine, l'abrupt des cimes, les pas s'y fondent et la piste autrefois parcourue impose de nouveau sa présence. A la place d'un arbre foudroyé éclate l'incendie, fût-il de courte durée. La forêt livre passage à l'ombre. Le corps, lui, a disparu depuis longtemps. A la force des liens s'oppose le libre accès vers ce qui semble hors d'atteinte.

 

Extraits de « Les mêmes lieux ». Rougerie éd.

 


Nous sommes là, attendant au bord du chemin l'éclair ou la foudre. Nous nous souvenons du regard premier porté sur ces espaces. La brûlure n'a pas cessé, nous ne prétendons plus à rien, simplement à nous avancer davantage pour percer une quelconque énigme.

Sur un tronc d'arbre, une encoche signale le passage d'un promeneur attentif à son absence. L'ordre n'est pas établi : la source s'empare du fleuve tout entier, il y a lieu de poursuivre.


Extraits de « L'inaccompli ». Sud éd.


 

 


 

 

Derrière la fenêtre et bien au-delà, on distingue des images vacillan

 

tes qui font tache sur le paysage, témoignant d'un temps a ras de mémoire.

De ces silhouettes, de ces horizons, de ces voix, chacun mesure la force, le pouvoir.

On tente de retenir ces mirages avec une rage vaine ou trop de nostalgie, comme si l'on inscrivait leur marque sur l'écorce d'un arbre appelé à grossir le feu.

 


Extraits de « A là nuit montante ». Voix d'encre éd.

 



Qu'as-tu retenu de cette aventure, à part quelques bribes d'une légende distillée par des voix maintenant hors d'atteinte ?

L'horizon a été ta toile de fond ; au bout du promontoire, tu n'as jamais aperçu le port voilé par la brume : tu étais englouti dans un songe prémonitoire.

Rien ne t'a été dérobé. Tes récoltes ont poussé sur des terres infertiles : tu les as engrangées pour des saisons de famine. Tu en as fait parfois l'offrande à des dieux exilés, à des étrangers sans patrie.


**


Tu marches, tu emplis le silence et le sentier que tu suis se ferme derrière toi.

Le nom d'une femme, une lumière qui hésite sont tes points de ralliement. Rien ne te manque pour accomplir ton voyage, les faiblesses et les hésitations, les fatigues et les faux-pas.


**

Nous surveillons une présence, une enfance qui persiste. Ni espérance, ni faux-semblants, mais une incroyable volonté d'accueillir ce qui fut, d'inventer ce qui subsiste.

Les paroles, l'imagination prolongent l'allé­gresse provoquée par la perspective d'une colline, par les remous d'une forêt. La nuit même semble radiée ; seule s'impose l'aube après laquelle tout est possible. Aucune attente ne sollicite notre hâte.

Au-dessous de nous, un oiseau s'égare dans son vol. Le bûcher conservera trace de son passage. La cendre sera son or, son éternité.


**


Se taire, se terrer puisque parler offense le silence, ébruite les secrets. Au désert, le gel, la nuit éprouvent le corps, le défraient de ses craintes. De cela également il est vain de rendre compte.

Les étoiles se souviennent peut-être de leur éternité maintenant révolue.

Ici, un âge sans mesure s'interpose entre le vent et le sable, le mirage et la réalité. Le jour peut éclore au moindre souffle.


Extraits de « Sous le sceau du silence ». Rougerie éd.



Celui qui interroge les arbres, les rochers attend-il une réponse ? Il se contente de regarder avant de s'abîmer corps et biens dans cet univers qui se résume à quelques hectares de terres et de rêves. Il n'est déjà plus ici mais dans des territoires que nulle frontière n'enclot et dont il partage l'étendue, herbe parmi les herbes, feuille parmi les feuilles. Ainsi un paysage n'abuse personne: il s'offre à qui veut bien l'appréhender.


**


Dire encore l'émerveillement face à un paysage, l'impression qu'en lui est résumé l'essentiel de l'existence. Le regard se porte, incessant, sur ce qui le compose : arbres, terre lourde, herbe soyeuse et sur l'horizon qui bleuit avec le ciel. Puis, soudain, le heurt brutal avec la réalité, le temps qui brise l'élan et brouille la vue, la blessure qui s'ouvre, le brouillard nappant ce tableau, s'enfonçant lentement dans les ténèbres, engloutissant celui qui s'était rallié au rêve, par inadvertance.


**


Que l'on songe à un paysage et aussitôt des images se bousculent, invisibles à l'œil mais tellement présentes.

Dans cette succession, l'autre est toujours le même, un chemin sous le soleil, au loin des montagnes qui voisinent avec le ciel, des sapins, des épicéas : pourtant cet ensemble n'est pas uniforme ni anonyme. Il se rattache à des terres précises, naguère parcourues. Tel est le pouvoir de ces souvenirs dont personne ne sait d'où ils renaissent, pareils à un feu soudain, à un orage imprévisible. Est-ce cela l'histoire de celui qui erre en lui-même afin de ne pas se perdre, de ne pas céder au vide pour que les mots soient ce cours rapide qu'il convient de saisir, de maîtriser ?

Un paysage et rien de plus, avec cette impression d'habiter à distance un royaume pas tout à fait perdu mais hors de portée, accessible seulement en ces instants d'un rappel inattendu.

Un paysage où l'on est prêt à s'aventurer une fois encore à travers les sous-bois de la mémoire


Extraits de « Proximité des lointains ». L'Arbre à paroles éd.




Les choses nous assignent à résidence

plus que les êtres et leurs paroles.

Nous disposons d'une patrie

que nous peuplons à notre gré.

Les arbres, les montagnes, un étang

nous incitent à l'indulgence.

Nous existons peut-être par défaut

et nous louvoyons corps et ombre

à la merci de toute erreur.


**


Ne médis pas des bourbiers, des marigots

et autres lieux sans histoire

ni intérêt comme on le croit.

Les paysages qui te sont concédés,

approche-les avec des gestes d'apprenti :

tu ne les oublieras plus.

Si tu t'engages dans des terres d'exil

ou dans des voies plus délicates,

continue de restituer au monde

ses élans d'une jeunesse foisonnante.

Il se trouvera toujours quelques anges

aussi noirs que le soleil

pour t'escorter vers le terme du parcours :

tu les remercieras d'une poignée de vent


Extraits de « Le bleu qui précède la nuit ». L'Arbre à paroles éd.

 



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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 23:29

Abdelmadjid Kaouah, du journalisme à la poésie

Journaliste, chroniqueur et poète algérien, Abdelmadjid Kaouah est exilé politique en France, à Toulouse où j'ai fait sa connaissance dans les années quatre-vingt-dix. Sa poésie est universelle autant que fraternelle, Elle a une patrie pour les racines, mais tous les peuples de la planète pour destinataires.

Les poèmes d'un recueil comme « L'ombre du livre » (livre aux aguets, livre de vigilance) ont été écrits au temps de la paix, mais une partie prémonitoire exprime la peur de l'ombre et de l'obscurantisme qui ont marqué ensuite l'Algérie. Ces poèmes sont un peu comme les oiseaux dont ils parlent, qui « survivent de pitiés nocturnes », qui « remontent les rivières / sèment l'alarme / et narguent l'imposture ».


« La poésie d'Abdelmadjid Kaouah se fait avec les os et le sang de l'air, les yeux de l'eau, les mains du  feu. Partout où il y a de l'amour et de la lutte pour l'amour, écrit Serge Pey. La poésie de Kaouah est un chemin vers la liberté. Elle nous rappelle qu'il faut arriver au plus profond de soi, dans son lointain territoire intime pour soudain trouver l'autre et sa langue. »

Et Michel Cosem, un de ses éditeurs, de noter : « Les vrais poètes sont ceux qui savent parler à l'humanité toute entière avec des mots qui leur appartiennent et dont ils savent cultiver la saveur et l'originalité. Abdelmadjid Kaouah est de ceux-là et lorsqu'il parle de son expérience vécue il sait le faire avec retenue et intelligence ce qui en augmente la portée et le témoignage. »


L'exil

Abdelmadjid Kaouah est né le 25 décembre 1950 à Aïn-Taya, près d'Alger. Journaliste de profession, il publie depuis les années 70 : Alif (en Tunisie), les éditions du Stencil en Algérie et  en France : Europe, La Sape, Phréatique, L'Orycte, Sud, Encres Vives, Poésie Première, Verso, Carnavalesques l'ont accueilli...

La violence qui a frappé son pays dans les années 90 l'a poussé à l'exil en région toulousaine où il vit aujourd'hui. Son recueil « Par quelle main retenir le vent », préfacé par Tahar Djaout en 1986 évoque ce qu'aurait pu être l'Algérie si les poètes avaient eu la parole.

Il est actuellement animateur-rédacteur à radio CanalSud Toulouse (il y anime notamment une émission littéraire hebdomadaire, Oxymore). Titulaire d'une Maîtrise consacrée à la poésie algérienne de langue française suivie d'un D.E.A. - inachevé - sur Mohammed DIB (Université Toulouse Le Mirail), Abdelmadjid Kaouah a également animé en Midi-Pyrénées, l'association, CRIDLA (Cercle de recherches, d'initiatives des lettres algériennes et maghrébines de langue française). Il a publié aux éditions Autres Temps une anthologie : « Poésie algérienne francophone contemporaine »  (coll. "Temps poétique", 2004).

Collaborateur  littéraire (notamment à Notre librairie, revue des littératures du Sud,  actuellement Cultures du Sud, Paris), il a produit durant plusieurs années des émissions radio de culture et de société (grands entretiens avec Amin Maalouf, Jean Pélegri, Boualem Sensal, Serge Pey, etc. ...)  et dans la presse écrite (Yasmina Khadra, Nourredine Saadi, Maïssa Bey...). 

Abdelmadjid Kaouah a publié plusieurs plaquettes aux Editions du Stencyl (Alger) dans les années 70-80,  notamment : « Trois télégrammes d'amour et un poème pour les enfants »,  « De toute manière... »

« Par quelle main retenir le vent »  été réédité 2000, suivi de « La Jubilation du jasmin » par les éditions Noir & Blanc ainsi que « L'Ombre du livre » (1999)

Il a publié « Le Nœud de Garonne » (éd. Autres Temps, Marseille, en 1999).
 Il a obtenu le Prix- Claude Sernet en 1995 aux Journées internationales de poésie de Rodez pour « La Maison livide » (éd. Encres Vives, Toulouse).

Il a également publié : « Le Cri de la mouette quand elle perd ses plumes »,   Editions Encres Vives , mars ,2006 avec une couverture de Hamid Tibouchi

« L'Ode à Katarina Anghelàki suivie de Skärgärden », Encres Vives, Février, 2008 avec une couverture de Myriam Laffont.

A paraître en avril 2009 aux Editions La Louve : « Retour en Algérie- Amère saison »

Il a pris part à de nombreuses rencontres poétiques, en France, en Grèce, en Espagne , en Allemagne, en Suède... et animé de multiples lectures dans les librairies et les cafés-littéraires. Il a préfacé et présenté divers ouvrages, notamment  : « Anthologie Poèmes pour la Paix »,  Ed Hiwar Alger,  « Algérie : Voix dans la tourmente », le Temps des cerises...

 

Quelques poèmes 



oui il faut se lever chaque matin

à une heure humaine

mais à quelle humaine horloge

expier les pétales calcinés

 

plus tard

du choc de nos mains glacées

fusera l'ocre rêve d'aimer

et nous n'assisterons plus

au départ de nos derniers

amis

 

***

 

toi le singulier rebelle

au cœur d'argile

dans les marges de la nuit

 

tu n'étais qu'un provocateur naïf

au sabre de sable

dans la conjonction

des colères calculées

 

***

 

cloués à la proue des vents

esclaves à tout jamais

de leur imposture

les dieux frisés

s'offrent des éternités

de paresse

 

c'est leur destin

que de rompre le silence

et de déployer au gré

de leurs errances

le vaste jeu du bruit

 

cohortes d'insectes

 

***

 

nous savons à présent

que les oiseaux sont mortels

qu'ils survivent de pitiés nocturnes

par des sentiers fragiles

dans les jungles de la morale

 

par beau temps

ils remontent les rivières

sèment l'alarme

et narguent l'imposture

 

***

 

                                À KHADDA

 

tu te surprendras

par un soir d'été

accablé de libertés

dans les réseaux du désordre

 

peu importent

les sarcasmes et les rires

ils nous ont devancé

- les orages humains de l'humilité -

 

l'iode et le sel

les oeufs dans les blessures béantes

les rossignols et leurs nids débridés

le meuglement des coquelicots

le givre des veines

 

tous les signes d'évidence

tous les talismans inachevés

les foires aux alphabets

et ce grimoire séditieux que tu sais

pour naviguer sur l'étendue

d'un détournement d'étoiles

et enfin

prolonger et l'arbre et le fruit

en cascades de calligraphies

et en sourates de poussières

 

Extraits de « L'Ombre du livre » (éd. N&B)


**


Le sel

                                            A Nicole et ses tapisseries de paroles fraternelles

 

Voilà j'ai atteints la rive noire

Là où le rêve n'a plus de miroir

Ni force pour traîner ses fourmis

Ses dérisoires mensonges et

Ses petites lâchetés en guise

De destin

 

La rive noire où il n'est plus de Mahatma

Ni de seigneur hautain

Pour répandre les épreuves

Le soleil  se lève et se couche

Et la bouche essuie la bave des jours

Le sel est amer sur la table

Et en guise de vie nous redessinons

Les cerceaux boiteux de notre enfance

 

Voilà la rive noire

Est atteinte par petites brassées

A la cadence d'un survivant

 

La rive noire

C'est avant toute une saison

La saison mentale de tes premiers poèmes

Te voici à nouveau livré aux feuilles d'automne

La couronne des défaites

Le frémissement d'une chair envoûtée

Et tu sais que rien ne sert de se lamenter

Au seuil d'un nouvel avatar

Le bruit seul s'absente

Et tu ne sais si le chemin t'attend

Pour t'accompagner ou pour effacer

Les traces de ton destin

Ainsi l'automne s'abat

Sur toi comme une proie

 

**

 

De deux mémoires

 

Tu t'approches du feu

sa flamme est tantôt bleue

tantôt vert émeraude

peut-être de la pourpre marine

dans l'arc  noir des paupières

 

Que serait d'autre le poème

sinon un visage mouvant

un clin d'œil  émouvant

masque  ouvert comme une main

ramures de chèvrefeuille enlacé

senteurs entêtées d'un soir de mai

entre deux mémoires

le jeune homme tenant tout  tremblant

dans sa main à travers le grillage

un sein qui palpite tel un oisillon éperdu

le quinquagénaire blanchi tout aussi perdu

dans les arcanes de l'attirance

 

Tu 'approches du feu

 mais la braise veut-elle de toi

dans le cercle de ses blessures

de ses destins implacables

 

**

 

Darwish 
                                                                 à Anne

 

 Paroles en train

 

Pourquoi faudrait-il avouer

Que l'on a vécu

Preuves de vie

Stigmates

Murmures au creux de la Mort

Déjà en lignes de fuite  la cité

Les rails

Dévident des  songes posés

En devinette au  mistral

 

Marseille se tend de toute notre Dame-de- la Garde

Noyée dans une brume solaire

 

Les morts dorment-ils vraiment

On aime à le croire

Ils sont pourtant  poussières dans la terre

Le poème  pousse ses illusions

Tel le vent  le fait des nuages

Un cirque céleste

 

La Provence a un air de Galilée

les pins droits dans leur tristesse

des cimetières que l'on ne voit plus

 

André nous a dit les leçons de Hourriya

Le Galiléen   aimait la Provence

Anne se demandait pourquoi il ne parlait la langue d'Eluard

Par égard à sa mère 

Ou faute d'une Elsa

 

Il voulait égorger sa jument en plein Paris

pour une Etrangère

 

Il est parti vers son étoile des arènes d'Arles

Le sang de Vincent n'a pas encore séché sur les toiles

Des soleils déments roulent dans le mistral

Les oranges de la saison prochaine auront

 

Un goût d'outre-tombe

Les rails semblent piailler

Comme des corbeaux prophétiques

C'est d'eux que les hommes ont appris l'art des funérailles

 

Le Galiléen  nous abandonne

à  Nostradamus

 

Le mistral souffle

Souffle jusqu'à Ramallah

 

 Je reviens de Salon

 

C'est maintenant que commence

Le règne du Maître tourneur

Dans le monde invisible

De l'Indivise parole

 

Inédits, extraits de « Tout passe... »



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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 18:54

Roland Nadaus : quelques poèmes


Roland Nadaus est né en 1945. Il a débuté sa carrière dans l'enseignement. Romancier, essayiste, fabuliste et pamphlétaire (une soixante d'ouvrages à son crédit !), il se veut avant tout poète. Une poésie dont il connaît toutes les formes, actuelles ou désuètes, qu'il a répertoriées dans son « Dictionnaire initiatique de l'orant » (La Bartavelle éd.). Mais il est aussi homme d'action et a assumé plusieurs mandats de maire de Guyancourt, de conseiller général du canton de Montigny-le-Bretonneux et de président de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines où a été construite une Maison de la Poésie.

L'œuvre de Nadaus est abondante. Voici quelques titres, en poésie :  « Maison de paroles » (Mercure de France, 1969), « Monde tel » (préface de Pierre Leyris, Pierre Jean Oswald, 1975), « 21 placards en forme de poing et de main » (Fond de la ville, 1976), « Petites comptines pour un gros cochon » (Le Dé bleu, 1977), « Pour un manifeste du réalyrisme » (1978), « 39 prières pour le commun du temps » (Jacques Brémond, 1979), « Premier cahier de préhistoire » (Verso, 1991), « Je ne tutoie que Dieu et ma femme » (Jacques Brémond, 1992), « Dictionnaire initiatique de l'orant » (La Bartavelle, 1993), « Esopiennes » (fables en prose, La Bartavelle, 1996), « 365 petits quintils (plus 1 pour les années bissextiles) » (Jacques Brémond, 1997), « En cas d'urgence, quintils » (Gros Textes, 1999), « Prières pour les jours ordinaires » (Editions de l'Atelier, 1999), « Dieu en miettes » (La porte, 2002), « Vivre quand même parce que c'est comme ça » (anthologie par J.Fournier. Le Dé Bleu ,2004), « Guérir par les mots » (Poèmes médicaux médicinaux et pharmaceutiques, Cadex, 2004),

Les poèmes publiés ici sont extraits de son dernier recueil, « Les grandes inventions de la Préhistoire » (Corps Puce éd. 2008)

Mais Roland Nadaus est aussi l'auteur de romans, de pamphlets, de contes et de chansons dont on trouvera la liste sur son site : http://monsite.orange.fr/roland.nadaus-poete

Viennent de paraître : « Confessions d'un whiskymane français » (Monde Global éd.),  « Poésies de langue française », anthologie (Seghers), « Prières d'un recommençant » (Ed. de l'Atlantique), « La pieuvre qui faisait bouger la mer & Les escargots sont des héros », illustrations de Sophie Clothilde (Soc et Foc éd.).

Pour lui écrire : roland.nadaus@wanadoo.fr



Quelques poèmes

L'invention du Passé

L'invention du Passé commence avec notre amour : exister n'existe qu'au présent de toi.

Avant-toi est sans Histoire : dans le Pré-Cambrien de l'Enfance dans le Paléolithique du Baiser je n'étais qu'un fossile vivant.

On nomme cela « Préhistoire » moi je le nomme « Préhistoire de Toi » : quand tu parus le Passé prit soudain sens il partait de toi et menait à nous.



L'invention de l'Écriture

L'invention de l'Écriture date de l'invention de t'Aimer c'est prouvé : il y a des bêtes qui hurlent qui dansent ou qui puent pour s'attirer l'Autre - moi c'est en torchant des pages blanches que j'accomplis le rite : autour de moi en moi ça grouille de mots de sens de non-sens des sons encensent le silence et l'empuent comme mes phrases bavent leur encre à la manière des escargots - sur ta peau. Je suis un homme pariétal.

Même quand je n'étais pas encore moi - faute de toi - je crachais déjà l'ocre en sarbacane sur la roche ou bien j'y griffais à doigts nus la voix sans écrits de l'Amour. Toutes les grottes t'annoncent.

Toutes mes grottes témoignent de toi.



L'Invention de la Tendresse

L'invention de la Tendresse ne se date pas c'est comme celle de la Roue c'est comme celle de l'Enterrement des Morts - de toute façon depuis le Début nous sommes trop fatigués de porter tout seuls notre corps.

Et cependant tous deux nous voulions continuer de marcher ensemble et ensemble et plus loin encore - et pourquoi pas jusqu'à ces villages-mirages qui foutent l'horizon là où le Soleil est trop lourd pour les épaules de la Terre.

C'est ainsi que nous avons inventé Ce-qui-allège : on ne l'appelait pas encore Tendresse - mais c'était comme une roue d'amour : plus rien n'était lourd ni cruel et la mort s'enfuyait à tire d'Elle et nous étions immortels d'ainsi nous aimer.

Certains prétendent que Tendresse est le nom de cendres du Désir : pauvres fumeurs de Carbone 14 ! Décidément bien des animaux disparus en savent plus que vous sur l'Amour.


L'Invention de la Roue

Et puis un jour tu m'inventas la Roue - et marcher nous devint impossible : l'Amour roulait en nous sur nous entre nous contre nous tout autour de nous partout jusqu'au tournis jusqu'à l'ivrognerie nous nous roulions dans l'Amour.

Cerclés l'un à l'autre roue de feu au-dessus du Bourbier nous vivions un amour solaire - embrasés nous étions le Moyeu du Monde : c'est nous qui ordonnions le Jour et la Nuit. L'Univers tout entier ne tournait que parce que nous nous aimions en son centre immobile - comme nos sexes unis : nul va-et-vient sacrilège en ce Manège oh j'en ai vu des dieux jaloux de nous qui se frottaient en désordre pour une ombre d'étincelle !

Mais à la fin la Roue s'arrête qu'on croyait à jamais lancée : nous ne sommes plus des dieux - mais seulement des amants et encore : la Roue-Rosace n'est qu'un vitrail. Qui nous masquait l'Eternité.

L'Invention du Poème
Car le Poème s'invente mais ça n'est pas une invention : le Poème est une découverte qui existait déjà - on l'invente comme on « invente » un trésor.
Ainsi on invente des fleurs des fleuves des monts des insectes des îles - et qui sait : des mots ? - qui étaient déjà et bien avant nous - mais ils n'avaient pas d'existence avant qu'un homme les nomme.
Comme on s'invente l'Amour on invente le Poème qui l'accompagne qui l'accomplit le dit le chante jusqu'à l'épuisement jusqu'à la nuit de la nuit : c'était déjà comme ça quand nous étions préhistoriques et qu'on osait enterrer nos morts.
Mais maintenant ça change tout change : les poèmes coûtent trop cher en main d'œuvre - à part ceux de la Veuve Poignet et de ses clients.
« Au Lupanar Médiatique ».

Extraits de "Les Grandes Inventions de la préhistoire".

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 17:35


Monique Saint-JuliaClaire-Voie 

Monique  Saint-Julia est née en 1938 à Perpignan. Elle a commencé à écrire et à peindre très tôt, puis a pris des cours d'Art dramatique et de piano au Conservatoire de Musique à Paris.


Elle a publié pour la première fois en 1958, à Rodez dans « Entretiens sur les Lettres et les Arts» que dirigeaint Jean Subervie et Jean Digot.


En tant que peintre, elle a exposé à Toulouse (Galerie le Biblion), Nantes, Paris (Galerie Antoinette) et Galerie Colette Dubois, en Angleterre à Bath et au London Art à Londres. Elle vit aujourd'hui à Puylaurens dans le Tarn.



« J'écris pour retrouver une voix, une musique, le parfum de moût fermenté, sentir sous la main le sifflement de la rampe cirée, retrouver des près fleuris de jonquilles », écrit Monique Saint-Julia. Gérard Bocholier, qui préface son dernier recueil, « Claire-voie », paru aux éditions N&B, le souligne avec justesse : elle écrit « pour retrouver ». L'enfance, bien sûr, évoquée dans de nombreux poèmes, et « la cérémonie des souvenirs », mais aussi un regard émerveillé, une appréhension lumineuse de la nature qu'elle approche dans une langue aussi précise que sensuelle et, avec « les visages aimés », un bout d'éternité.

A propos de son précédent recueil, « Un train de paysage », Gaston Puel parlait lui d'une « poétique de l'élémentaire, une écoute fervente des choses, des animaux, de la lumière d'un instant, cérémonial pour les accordailles, parole et cœur ». Mais il notait aussi, avec justesse, cette « tendresse endolorie » qui est comme la marque de Monique Saint-Julia. « La terre est dans ma chair », écrit-elle, mais son adhésion frémissante au monde n'est pas totalement sereine. Et la voix qui chante connaît la gravité des « jours d'eau lasse ». Quelque chose est perdu et l'on devine dans maints poèmes « les portes entrebâillées des deuils ». C'est bien sûr ce qui donne à sa façon d'aimer sa profondeur.
« Plus les jours passent menant la fin des choses et des noms, plus le passé résonne. Détachés des muettes saisons, nous cheminons vers une lumière d'éternité. » Toute la poésie de  Monique Saint-Julia est de cette eau, cette belle eau claire.

M.Baglin



Ses publications :

De mains pigeonnières et d'herbes libres, Guy Chambelland, 1973

La grippeminaude, Guy Chambelland, 1977

In « Le Coffret à Poèmes » éd. Saint-Germain-des-Prés, 1984

Belles Saisons, Guy Chambelland, 1988

Entre Jour, Le Tocsin des Mots, 2002

Un train de paysages, L'Arrière-pays, 2005

Claire-Voie, éditions N&B, 2008

 


Avec son ami d'enfance, Gaston Puel
 

 

 

 

 

Quelques poèmes 


J'écris des lettres, des lettres timbrées d'oiseaux, de coquillages de l'île de la Réunion, de tortues luth de Guyane, de coléoptères géants. 

La terre est dans ma chair. J'y promène des forêts, des ombelles, des racines allongées hors de l'eau, des saules duveteux. Mois de lune noire, velouté des coulemelles. La cage d'oiseaux ruisselle de pépiements.

 

***

Je croise ces jours d'eau lasse, Toussaint d'ombres, longs nuages effleurant le ciel, regards s'enfonçant peu à peu vers l'obscurité du cœur.

Au loin, la mer creuse sa ride d'horizon.

Déjà viennent les portes entrebâillées des deuils, les mains et bustes penchés sur les tombes. Ciel amenuisé de gris, étang d'eau pieuse. C'est un voyage de tristesse, de sentes noyées, d'arbres défeuillés, quand les lèvres appellent des noms que la terre enferme dans son silence. Un souffle tiède remue les buissons. Plus les jours passent menant la fin des choses et des noms, plus le passé résonne. Détachés des muettes saisons, nous cheminons vers une lumière d'éternité.

***


Dernier jour de l'année. L'hiver est un abandon, un laisser-aller de couleurs, de haies, un dénuement de verger, de feuillages, d'odeurs. Il reste des cages d'oiseaux chantantes dans le bois, de longues flammes vertes et drues des genévriers remplis de petits fruits que l'on suce longuement. 

Je voudrais parler de l'hiver dans la maison, des prés, des arbres, des buissons remplis de givre, dire des mots, comme des bulles lâchées par les truites, des mots aussi légers que des flocons.

 Une voiture mortuaire fleurie passe : jardin botanique inondé de lys blancs, de violettes, de roses, de couronnes de pivoines.


Extraits de Claire-Voie  (N&B ed.) 


***

Les Arums

 

Elle marche à petits pas dans le jardin, effleure le laiteux des arums.

Parfois, sa voix chante plus haut que les étoiles, les cigales, les grillons de l'été.

Les mêmes bruits reviennent: heurtoir en cuivre de la porte, va-et-vient d'encensoir glissant sur les chaînettes, hululement des chevêches.

Certains matins, la mer secouant ses vagues, la lucarne s'agitait de mâts, de grelots de mouettes, de menus vents de sable.

Dans le verger, les kakis mûrs attirent les oiseaux.

Il pleut. L'eau se dénoue, ouvre les iris, éclaire les lobes rouges de la maison.

Immobile derrière les rideaux, écoutant la vie, elle suit des yeux l'image grise des orphelines qui traversent lentement la place.

 

 ***


Rivière de l'enfance


L'amour, ce n'est pas ce chant de ruches, ni ce pic épeiche qui frappe et désenfouit les larves des écorces, marquant ainsi les heures et les jours, ni ces phares, ces vigies, ces nuées d'étourneaux à l'approche de l'automne, ni ce blaireau solitaire humant la terre avec lenteur.

L'amour, ce n'est pas cette jeune femme ensommeillée sur un fauteuil qui cherche l'air comme des caresses, ni ce bouillonnement d'arbres, ni ces insectes frileux, ces raies, ces mulets nageant dans les courants.

L'amour, c'est mourir d'un pas léger de vapeur, c'est une rivière de l'enfance où glisse le pied, s'enfonce l'anguille noire.

L'amour, c'est ce déclic de saison, ce mouillé du ciel, ces cages, ces mares, ces enfermements d'oiseaux, ces plis secrets des yeux fermés d'ombres, ces mains serrées sur la poitrine glacée, ces heures, ces matins d'appelants aveugles qui attendent le jour.

 

 

***

Le chant des mots

 

La neige immense jusqu'au ciel.

J'écris. Plaisir que j'éprouve à jouer avec les mots, à les poser côte à côte comme de beaux dessins naïfs sur les enveloppes agrémentées de timbres coloriés par de grands papillons exotiques. J'écris pour le chant des mots, aussi léger que celui d'une brise les après-midi d'été.

Mes lettres ressemblent à des mouchoirs agités dans une gare, vers celui qui, derrière la fenêtre d'un compartiment, nous regarde partir, à un champ de coquelicots photographié dans le Causse Méjean, ou à des baisers d'enfants envoyés à une glace.

Le soleil éclate, pousse d'heure en heure les odeurs. Les lierres serrent frileusement l'écorce des arbres.

 

Un train de paysages. L'Arrière-Pays éd.


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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 16:50
Jean-Noël Guéno : quelques poèmes  


Jean-Noël  Guéno est né le 3 janvier 1955 à Saint Michel-Chef-Chef (44). Il est professeur de Lettres en Loire atlantique.  De 1980 à 2000, il fut co-animateur de la revue et des éditions « A Contre-Silence». Depuis 1992 il anime « Moraines », une lettre aux amis en poésie, lettre actuellement en sommeil.
Parmi ses publications, on notera :

Tenures - Ed. A Contre-Silence (1985), Dessins de Cécile Nivet

En prise directe avec la Terre - Ed. A Contre-Silence (1989)

 Vacances du coeur - Ed. A Contre-Silence (1996) Encres de Lewigue

Une courbe dans l'été - Ed. Alain Benoît (2000) Dessins de Pierre Cayol

Jean Rousselot,  un poète à l'écoute des hommes et du monde  Ed Info / Poésie (1985)

L'Etoile pour la faim (2004) Gros textes éd. Encres de Lewigue

 

Jean-Noël  Guéno a également participé à diverses revues et publications comme : Agenda Rétroviseur, Ar Men, Écrit, Folium (Orpailleur Ed.), Froissart, Gros Textes, Liseron, Spered Gouez, Traces, 7 à Dire... Bretagne, raconte-moi la mer (Photographies de Pascal jaugeon, Ed Sîloë)...


Quelques poèmes


Je lis Malrieu

au jardin

dans la chaleur d'été,

soif épanchée

dans sa maison de feuillages

 

Frondaisons profondes

de la parole

 

Chant ruisselant

au midi

des hectares de soleil

 

Soudain les roses ploient

alanguies

sous le poids de l'été

offertes

au  nom secret

de l'amour.

***

                                   A notre éternelle jeunesse...

 

A vélo dans Nantes endormie.

 
Sac bistre : « Gardarem lo Larzac »,

s'y entassent les vertiges de Reverdy

saisis le matin même

au cours d'Yves Cosson, l'ami.

 
Sac jeté dans la sacoche

flanquée d'un « Sauver les bois,

les talus et les haies,

c'est aussi sauver l'homme ».

- Serait-ce si simple vraiment ? -

 
Je pédale à m'en décrocher

les jarrets

dans la nuit glaciale

amples cheveux au vent

qui me scie les reins

et la pulpe des doigts.

 
Quai de Versailles, au pont,

feu rouge.

Pied à terre.

A l'affiche « Les doigts dans la tête »

de Jacques Doillon.

 
Hasard ?

Je songe alors à vous

qui me ravitaillez

dans mes étapes au long cours

et m'aidez à tenir la route, debout,

malgré les coups de Jarnac

désespérés du passé.

 
Cœurs ouverts.

Dans nos mains le monde à changer.


Extrait de "L'Etoile pour la faim"  


****

               Aux amis Jean Rousselot et Lewigue, in memoriam.

 

 

                                                (De retour de Paris dans le TER Nantes - Pornic)

 

Sur les vignes vieilles, le soleil décline les intimes variations du bonheur.

Un panneau, une vague aubette : un arrêt simple dans les prés.

Eaux, chênes, landes, chicots de brûlis, cendres dans le vent.

Fermes basses, usées, portes vermoulues encadrées de briques.

Rebord de fenêtre : chat docile qui guette l'arrivée de la nuit.

Les jardins livrent leur poids de secrets. 

 

Une voix enregistrée, aseptisée, égrène la litanie complète des arrêts à venir.

Terres en friche, moulin sans ailes dans le squelette des arbres.

Auto rouillée, désossée, contre un talus chétif : abri déglingué des poules.

Cochons gras dans le sentier boueux des vaches.

Lourdeur de la terre, poids de l'heure immobile.

 

Le voyage dure une éternité. Le pays semble arrêté. 

La nuit même attend, pour s'installer, on ne sait trop quel signe,

que n'oseront pas les voyageurs, indifférents.

 

Bourgneuf (-en-Retz), vieux bourg de Cadou.

Café « Au quai fleuri », sans la moindre fleur qui vaille.

La motrice meugle dans le soir.

Un ragondin péniche et tangue dans l'étier.

 

La mer, enfin, bleu tendre, aux Moutiers.

Orange, le disque, sur Noirmoutier,

double sur la vitre du train.

 

Avant Pornic, La Bernerie,

où vous vîntes, cher Jean Rousselot, le 5 décembre 1950,

visiter votre ami René Guy Cadou

avant son grand départ.

 

La vie n'est-elle donc que croisements, arrivées, départs

avec des haltes éphémères,

comme celle que nous vécûmes hier, à L'Etang-la-Ville,

avec notre ami Lewigue, peintre fulgurant, au geste large,

au regard vif et clair ?


Il nous faudrait cheminer au rythme

- immuable depuis les années 30 -

de ce train desservant, paisiblement, dans le soir,

les bourgs assoupis,

sans hâte d'arriver au terme,

seulement soucieux de vivre et de s'offrir

ces paroles qui sont en nous comme des perles.

 

                                                                  Inédit

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 18:58

« Cette vie, la porter... »

 

C'est un texte déjà ancien - il fait partie de « L'Obscur vertige des vivants » publié par le Dé bleu en 1993 - , mais qui connaît un regain de fortune. Après avoir été repris dans un manuel scolaire au Québec, le voilà qui me revient, par le Net via un courriel, mis en musique et chanté par Sam Telam (Didier Masmalet). Entre temps, d'autres personnes me disent l'avoir découvert ici où là, sur quelque fil de la toile... J'en suis ravi et du coup ne résiste pas à l'envie de faire connaître sa version musicale, que j'aime beaucoup.


Sam Telam

Clarinettiste et saxophoniste de formation, Sam Telam joue et chante les MPBs en s'accompagnant à la guitare depuis 20 ans. Aux côtés d'Eraldo Gomes (Bossa tres), Darcy Monteiro da Serrinha, Renato Vargas (O som do barzinho), Reinaldo Vargas, Renato de Resende, il apprend les codes et soluces de la MPB. A également joué dans ALMA avec Serge Lopez dans les années 80. Brassens, Ferré, Djavan, Caussimon, De Moraes, Martinho da Vila, João Bosco, Nougaro, Trenet, Jobim, Jorge Benjor, Moraes Moreira, Montand, J Donato, etc... sont dans ses cordes. Il se produit à nouveau actuellement sur Toulouse, Barrière de Paris, en proposant la formule « Graines de Samba » en solo avec sa guitare, sa voix, une boite à rythme et une sono.... C'est la rencontre de chansons de France et du Brésil sur les rythmes brésiliens : samba, partido alto, baião,funk, afoxé, frevo, etc... Chantées en français, anglais et brésilien. Pour en savoir plus, je vous invite à découvrir les liens de Sam Telam : http://telsam.podemus.com/ et
http ://www.dailymotion.com/relevance/search/samtelam

Cette vie, la porter...

 Voici le texte intégral du poème.


Cette vie, la porter

jusqu'à l'incandescence

comme un bouquet fragile

d'étincelles sauvées

dont seul l'éclair fertile

aurait un peu de sens.

La porter comme un feu

au temps des hommes nus,

comme un noyau de braises

à transmettre à tous ceux

qui refont la genèse

en paradis perdu.

  

Cette vie, l'arpenter

d'un bon pas de marcheur

qui saurait cependant

qu'il peut se dérouter,

qu'il n'est ni lieu ni heure

pour arriver à temps.

L'arpenter ou flâner,

c'est selon la saison,

la manière qu'on a

de chercher l'horizon

et d'accorder son pas

au monde traversé.

  

Cette vie, l'enchanter

d'un sourire entrevu,

de ces bonheurs fortuits

du passant amusé

et des odeurs cueillies

par hasard dans la rue.

L'enchanter à l'envie,

à petits coups de cœur,

à petits coups de chance,

en quêtant l'âme sœur

ou la clarté d'enfance

dans un regard surpris.

 

 Cette vie, l'inventer

contre l'usure des mots,

les lèvres trop prudentes,

les gestes étriqués

et les rêves falots

qui nous lient dans l'attente.

L'inventer à propos,

puisque le cœur réclame

un peu plus de vertige,

un peu plus d'états d'âme

et que le chant exige

et la langue et la peau.

  

Cette vie, la jouer

un peu de jazz au ventre

pour panser la blessure

et que l'eau du large entre

délayer la saumure

des sanglots ravalés.

La jouer triomphante,

s'il le faut contre nous

quand la peur nous défait,

mais n'oublier jamais

cet abîme au-dessous

des ailes qu'on s'invente.

  

Cette vie l'éclairer

à la danse des flammes

sur une hanche nue,

aux feux de camp des femmes,

à l'étoile allumée

sur un visage ému.

L'éclairer d'allégeances

faites à la lumière,

à la terre, à la pluie,

au navire en partance,

à la fontaine claire

comme à l'alcool des nuits.

 

Cette vie, l'agrandir

par le corps réveillé,

l'infini paysage

qui nourrit le désir

de trouver un passage

et de reprendre pied.

L'agrandir par la mer,

par la vague et par l'aile,

par la voile et le vent.

L'inventer fraternelles

par les yeux grands ouverts

qui nous font plus présents.

  

Cette vie, la fêter

en allant jusqu'au bout

dans la paix et la fièvre,

ayant su la risquer

en se tenant debout

et la caresse aux lèvres.

La fêter en secret

en lui offrant son temps

et croire désapprendre

la peine et les regrets

en leur abandonnant

les jours tombés en cendre.


Michel Baglin 

 

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