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Les récits et nouvelles de Michel Baglin

   
 
Entre les lignes

La Table Ronde, éditeur. 2002
« Le chant des trains ne s'épuise pas. Là où pour d'autres, tout n'est que désordre apparent, croisements aveugles ou, au mieux, désir agacé de prendre le large, je devine un arrière-pays. Des préparatifs dans le fond des dépôts, des veilles dans les postes d'aiguillages. Dans la nuit des triages, des ordres brefs, des chocs sourds et des types qui courent entre les voies pour poser les sabots. Tout un relais d'hommes et de machines. Tout un réseau balisé de feux, longé de vieilles barrières en ciment rongées de lichens... »

Michel Baglin s'est toujours senti une dette envers les trains. Que ce soit un autorail ou un rapide, ils viennent l'un et l'autre des territoires de l'enfance et traînent derrière eux une lanterne rouge qui est la gardienne des nostalgies. Enfant, il a rêvé devant ces monstres fumants et les rails qui sont autant de lignes de fuite. Voici donc le chant des trains, celui miniature et ludique du modélisme ferroviaire, celui des grandes personnes qui ne partent, en fin de compte, jamais.

126 pages. 12 euros


Entre les lignes n'est pas un livre sur la cocaïne mais sur les chemins de fer. C'est le vingt-troisième ouvrage de Michel Baglin, qui écrit depuis 1974. Il est temps que vous lisiez ce poète, journaliste à La Dépêche du Midi. Il écrit doucement bien, avec une gourmandise tranquille. Ce prosateur sincère, délicat et subtil ne s'est pas pressé, sauf pour attraper un train - dépêchez-vous quand même de le lire ! Le train, c'est l'enfance. On entre pour la première fois dans une gare derrière des parents, voire des grands-parents. Baglin nous décrit, dans un même élan de nostalgie nervalienne, ses locos et ses vieux. (...) Baglin sera, dans sa jeunesse, vendeur ambulant de boissons et de nourriture à l'intérieur d'un train Corail. Ça nous vaut, dans ce texte teinté de romantisme, quelques bonnes pages prolétariennes. Il hait les passagers de première classe. Il devrait les plaindre au contraire : il n'y a jamais une jolie fille parmi eux. Le train est le seul endroit au monde où les riches sont punis : toutes les jolies filles sont dans l'autre wagon !
Dans tout bon livre doit passer une vie, celle de l'auteur et par conséquent celle du lecteur, la morale étant bien sûr que nous avons tous la même vie. Baglin écrit à notre place ce que nous savons sur le train. Entre les lignes procure ce petit enchantement printanier qui consiste à découvrir encore, après trente-cinq ans de lectures, un écrivain qu'on ne connaissait pas et qu'on aimera toute la vie. C'est donc quand même un peu de la cocaïne !

Patrick Besson (Le Figaro littéraire)

 


Si comme moi vous aimez les trains, ce petit livre d'amour est pour vous. Personne depuis Cendrars et Larbaud n'avait aussi bien évoqué les paysages défilant à travers la fenêtre, le son si rassurant des roues sur les rails, les locos fumantes, les tortillards comme les TGV.

Olivier Barrot. ( Télé 7 jours) 



Voilà un petit livre parmi les plus charmants. Le titre déjà faufile son mystère. À l'évidence, le double sens fait se croiser le destin et la couleur de l'encre. La mémoire ouvre l'avenir. Non seulement ce titre, aérien autant que terrestre, condense le départ et l'arrivée, mais l'ouvrage entier participe pleinement de la métaphysique, car les livres comme les trains proposent « de longs saluts aux sédentaires ». Ces derniers, que nous croyons incarner, partent aussi. La différence est que ceux qui conduisent les machines, un jour, ne reviennent plus. Les livres sont nos voies que d'autres empruntent par moments - nul ne sait jamais où ni jusqu'à quand. L'obsolescence est tout notre avenir.

C'est toutefois un des charmes de ce livre de modeste dimension que de ne pas peser. Non pas que Michel Baglin cultive trop modérément la mélancolie, mais il a cette délicatesse de considérer « ses petites écritures ». Cette modestie foncière est une garantie d'honnêteté. Ce que le poète des Mains nues [L'Âge d'homme] et de l'Obscur Vertige des vivants [le Dé bleu] propose, c'est rien moins que de revisiter sa jeunesse. Il ne se berce d'aucun passéisme ; au contraire, les anecdotes rapportées sont aussitôt transcendées. Ainsi celle, très belle, de la « place sous la neige » illustre-t-elle à ses propres yeux un « improbable Graal du voyage immobile ».

C'est ainsi que le fruit de l'expérience, sous le couvert d'un bref tournage dans le wagon des premières classes, témoigne d'une très ancienne et toujours vivace acuité sur la nature humaine. Voilà un petit livre propre, net, et qui remplit le lecteur d'un sentiment trop peu fréquent : la gratitude.

Pierre Perrin. (L'Autre Sud)

  

Dans un livre émouvant et juste, le poète Michel Baglin paie sa dette aux chemins de fer qui, dans un sifflement de western, ont traversé son enfance. Chaque année, il allait passer quelques jours chez ses cousins, gardes-barrière à Sartrouville. Le petit Michel a connu dans leur maisonnette ballottée par les galops machinaux des moments d'ivresse, un mélange de terreur et de fascination et d'inoubliables nuits blanches, voyageuses.
Près de La Rochelle, où se déroulaient ses vacances d'été, il préférait aux bains de mer la fréquentation sous abri des « bisons d'acier », dans un dépôt de la SNCF où travaillait un de ses oncles, lampiste de son état. Il admirait les manœuvres du pont tournant, montait avec émotion dans les locomotives, observait le chauffeur nettoyer la chaudière avec du suif et ouvrir le gueulard, revenait plein de taches d'huile et de cambouis. Il doit son plus beau souvenir au mécano qui l'a laissé un jour conduire, sur quelques mètres, une Pacific. La nuit suivante fut rythmée, dans un rêve qui n'en finit toujours pas, par la musique métallique du dépôt, « les fumerolles enveloppant les locomotives au pied des tours à charbon, la silhouette des hommes en bleu de chauffe peaufinant les graissages devant des roues plus grandes qu'eux, les tourbillons de vapeur mouillant les fosses à piquer, les éclats huileux des bielles sous les falots et les lampes tempêtes accrochées à la grue hydraulique ».

Cheminot contrarié, Michel Baglin, avant de devenir journaliste, a tout de même travaillé dans des trains, au titre de vendeur ambulant. De la manière, hautaine, impérieuse et grimaçante, dont les voyageurs de première classe achetaient un jambon-beurre, alors que les clients de seconde fêtaient l'apparition de sa livrée et l'arrivée de son chariot avec une gourmandise ostentatoire, l'écrivain a tiré un manière de morale provisoire sur la France d'en bas et la France d'en haut ainsi qu'un philosophie de la vie dont le prédicat serait « Mordre dans un sandwich quand on a faim. »

Jérôme Garcin. Le Nouvel Observateur. 13-19 juin 2002

 

 
Entre les lignes, il y a de la poésie et de l'intimité. Au gré de ses pérégrinations ferro­viaires, Michel Baglin partage ses impressions de voyage et ses souvenirs d'enfance. Pen­sées, livrées le long des voies, au train d'une médita­tion sensible et paisible. « Chaque train qui passait me semblait un monde clos et insaisissable, d'autant plus fascinant qu'il empor­tait son mystère », souligne l'observateur.

Mais il ne s'est pas con­tenté de regarder passer les trains : certains l'ont em­mené très loin. D'autres ont animé ses rêves d'enfant.  (...) « Au bout des rails, au bout du compte, c'est le monde que j'attendais. » Au fil des impressions, les mots restituent des images fortes, évocatrices, vérita­bles invitations au voyage. Un itinéraire contagieux et envoûtant : « Je fus per­suadé que la vraie vie est partout où l'on est libre d'al­ler et de repartir. Partout ou le train accède. »

Christophe Henning. (La Voix du Nord)

 

 

« Je me suis toujours senti une dette envers les trains » annonce Michel Baglin dans son dernier livre Entre les lignes. Ce récit en forme de voyage dans « les ter­ritoires de l'enfance » est une manière d'autobiographie prenant la passion pour les trains à la fois comme point d'ancrage et comme ligne de fuite. Le « pays des trains », cé­lébré par l'écrivain, révèle ici une géographie sentimentale et sans doute la naissance d'une vocation mariant « l'ap­proche des microcosmes et le recul du regard en­globant, la création et la contemplation, le souci de la réalité et le recours à l'imaginaire. » Jeux d'enfants, souvenirs de cheminots, découverte de ces étranges machines : Entre les lignes emprunte des voies intimes pour évoquer des aspirations universelles. Mais les promesses de départ et d'ou­verture au monde charriées par les trains portent aussi le désenchantement des adieux à l'enfance : « J'avais rêvé d'horizons nouveaux dans la maison des cousins gardes-barrières, bien au chaud dans l'hiver et la paix amicale, et fidèle à l'iconographie de mon enfance, j'ai oublié que les trains, avant d'arriver, quittaient des gares d'attache. Et que partir n'allait pas sans déchirements, ni sans s'éloi­gner de soi. » Avec une écriture sensible, Michel Baglin distille par petites touches la mélancolie propre à ceux qui se sont dit à l'instar d'Antoine Blondin, « Un jour, nous prendrons des trains qui partent. »

Christian Authier. (L'Opinion indépendante)

 

Michel Baglin est un poète dis­cret, qui éprouve à l'égard des mots une nécessaire prudence. C'est dire qu'il n'a garde d'en épuiser la saveur et de les manier à tort et à travers au prétexte qu'il est doué pour ça. Sa prose est d'une approche facile, elle vous embarque à sa suite sans qu'on y prenne garde, et c'est bien le moins qu'il puisse faire pour un petit livre qui n'a d'autre ambi­tion que de mieux nous faire sen­tir, voir, respirer ce que les trains changent dans notre perception du monde.

Ce livre nous donne des yeux neufs, ce qui - on en convien­dra - n'est pas donné à tous. D'abord, il y a un charme évi­dent au balancement de ses phra­ses qui nous ouvrent la porte des rêves. On ne ressort pas de ces pages comme on y est entré. Il y a du réalisme magique dans le ton, dans la manière de raconter très précisément, très minutieusement les décors des gares traver­sées, un décor banal transfiguré par le regard d'un adulte qui se souvient de l'enfant qu'il était... Le pays des trains, le chant des trains qui promettent la mer, ont accompagné cette enfance rê­vant de liberté. C'est à cet âge-là que l'auteur apprend que les li­gnes parallèles des chemins de fer sont le signe d'une solidarité dans une immensité... Car la vue des adolescents est perçante, elle ne s'arrête pas à la surface des choses. Elle est à la fois frémis­sante de l'envie du futur et en même temps elle se conforte de son immobilisme présent, à l'abri des dangers du monde. L'image consolatrice d'une pla­ce qui s'endort la nuit sous la nei­ge court le long de ces pages où l'on pense fugacement à des images brèves d'Amarcord de Fellini.

Réhabilitation de la poésie ferro­viaire qui aide à prendre pied dans le monde, et réhabilitation des métiers du train, du cheminot aux mains rongées par les huiles et les graisses, au serveur en proie au mépris des premières classes, tout le livre bascule constamment, savamment et de manière drôle entre la descrip­tion du rêve et du réel, entre l'onirisme et le social : « Il au­rait fallu savoir aussi descendre des trains. Pour aller chercher le monde qui, comme chacun sait, se trouve entre les lignes. Mais je devais d'abord gagner ma vie.» Distance est prise cependant dans ce questionnement inces­sant des images de l'enfance, ces images dont Albert Camus di­saient qu'elles n'étaient pas plus de deux à trois qui marquent du­rablement notre vie... Voilà en tout cas un petit livre en forme de bréviaire qui nous marquera lui aussi durablement.

Marie-Louise Roubaud

 

Pour prendre le train, lisez Mi­chel Baglin. Entre les lignes est un livre nostalgique et délicieux, le livre d'un amant des lignes, des passages à niveau et de ses locomotives. Si l'on demande à Baglin : « De quel pays êtes-vous ?» il répondra : «Je suis du pays des trains. » Un pays qu'il connaît comme sa poche et qu'habitent des personnages que nous n'oublierons plus. Les lam­pistes ont le beau rôle «Je n'ai pas aimé l'école, mais j'aimais déjà les livres, qui m'aidaient à m'en éva­der», note Baglin qui se souvient d'un livre de lecture dont la cou­verture s'ornait d'un dessin repré­sentant un « train à crémaillère». Un train qui gommait « les murs noirs». Il est heureux, Baglin, dans les trains, comme nous dans les pages de son livre. 

Christian Laborde. (Le Figaro Magazine)

 

Voici, pour l'été, un petit livre qui devrait trouver sa place dans le sac ou la poche, à côté d'un mouchoir, d'un couteau, d'un briquet, d'un peu de monnaie, sinon de quelques miettes de pain ou de poussières d'étoiles. Compagnon idéal d'un voyage à pied, à cheval ou en chimères, c'est encore dans le train, cependant, qu'il accomplit le plus justement son rôle.

L'auteur s'appelle Michel Baglin. Il vit à Toulouse où il est journaliste à La Dépêche du Midi et auteur déjà d'une vingtaine de brefs ouvrages, parmi lesquels des ensembles de nouvelles, des romans, des essais et des recueils de poèmes comme Déambulatoire (1974) ou Les Mains nues qui lui a permis d'obtenir, en 1988, le prix Max-Pol Fouchet. C'est dire s'il sait à quel point il n'existe pas de voie toute tracée des mots. C'est dire s'il connaît tout ce qui peut joncher le ballast du langage. C'est dire également s'il mesure à sa vraie proportion tout ce qui vit Entre les lignes. Tel est, d'ailleurs, tiens!, le titre de son dernier-né, un bouquin d'un for­mat guère plus large qu'un billet SNCF et riche d'abord du chatoie­ment sépia d'un temps où, pour un gosse rêveur accoudé aux barrières, « chaque train qui passait sem­blait alors un monde clos et insaisis­sable, d'autant plus fascinant qu'il emportait son mystère. »

Michel Baglin, dont l'évocation ferro­viaire fait songer souvent à La Micheline, le beau récit de Patrick Drevet paru en 1990 dans la collection Haute Enfance de Gallimard, s'émeut à son tour de la résurgence d'engins anach­roniques traînant « derrière eux une lanterne rouge qui est comme la gardienne des nostalgies ». Il restitue « les sifflements lointains (...) qui dans les romans de gare, déchi­rent la nuit ».

Il retrouve le tintement de la sonne­rie dans la maisonnette des cousins garde-barrières de Sartrouville tour­nant la manivelle comme pour mieux préparer à la « formidable gifle de vent, de chaleur et de bruit, suivie (du) grondement effrayant de bog­gies, qui (...) laissait abasourdi. »

Il y a des escarbilles dans ces pages, des vieux quais où commencent « l'infini des rails et le vertige des enfants immobiles », « des foules qui tirent leurs bagages, des voyageurs qui cherchent leur chemin » et, dans la rémanence de quelque lointaine « nuit des triages, des ordres brefs, des chocs sourds et des types qui courent entre les voies pour poser les sabots. » Il y a surtout une multitude de souvenirs de prime jeunesse et d'apprentissage d'un monde grinçant comme un essieu mal huilé , qui se croisent dans ce récit et dont Baglin sait se faire le subtil aiguilleur, mêlant l'image enfouie des monstres d'acier qui, tout à la fois, ravissaient et épouvantaient, et celle des modèles réduits au 1/45 devant lesquels rêvaient tous les mômes de cette drôle d'époque où les matières plastiques commençaient à détrôner la ferblanterie des ancêtres. Michel Baglin est de la race migra­toire et indolente des Larbaud et des Réda. Il est tout ensemble ce guetteur de l' « improbable Graal du voyage immobile » et l'homme « frus­tré à chaque voyage de n'avoir pas foulé du pied l'herbe rase des al­pages, d'être en somme, et une fois encore, passé à côté du réel qui (l')appelait. »

Un conseil, alors, pour les semaines à venir : ne ratez pas le Baglin. Ses considérations Entre les lignes exer­cent sur le lecteur l'espèce de pou­voir consolateur qu'avait jadis sur le narrateur « l'intimité des comparti­ments à peine devinée » chaque fois qu'un express disparaissait à l'hori­zon. Jusqu'à cet aveu final qui fonce en grinçant dans la nuit des souvenirs : « Car au bout des rails, au bout du compte, c'est le monde que j'at­tendais ».

Didier Pobel (Le Dauphiné Libéré)



 Des ombres aux tableaux
Editions SPM, coll « Le rayon littéraire », 171 p., 15 euros


Qui n'a pas éprouvé un jour, une nuit, ce sentiment aigu de ne plus coïncider avec soi-même ou ce que l'on croyait être?
C'est ce qui arrive aux personnages de ces nouvelles confrontés à leur propre étrangeté lorsque se brouillent les cartes de la vie.
Alors, il suffit d'un pont à construire pour que des certitudes s'écroulent, d'une course à pied à travers le Péloponnèse pour que le passé défaille, d'un combat de boxe, d'une enquête de quartier, de dessins d'enfance, de mensonges publicitaires, d'une porte claquée...
Mais si la réalité semble à jamais nous échapper, faut-il, pour autant, la fuir ?

 

 

 

Un recueil de nouvelles est souvent un patchwork, mais un patchwork en camaieu, des morceaux de vie que relient. un ton, une même ligne de mire, un sentiment dominant décliné par une multitude de saynètes. Chez Michel Baglin, c'est le désenchantement, mais léger, si léger qu'il faut prêter attentivement l'oreille pour entendre ses ravages intimes. Ici, c'est une famille qui, grâce à une prime professionnelle, se paie pour la première fois des vacances et s'aperçoit que la carte postale du bonheur préfabriqué souffre de vices de forme. Là, c'est un jeune abonné aux petits boulots qui aurait voulu être marin pêcheur et, pour les besoins d'un sondage d'opinion, traîne ses guêtres dans un quartier vétuste. Ou c'est un journaliste sportif venu suivre une course à pied dans le Péloponnèse : d'étape en étape, la déception croissante, il attend une femme rencontrée autrefois qui ne viendra plus. En onze contes, l'auteur invente la littérature des serrements de cœur et des désarrois furtifs.

Macha Séry. L'Événement du jeudi 28 juillet- 3 août 1994



Un genre difficile, la nouvelle. Plus anglo-saxon que frangais? Quoique Flaubert, quoique Maupassant...

Michel Baglin - essayiste, poète, prix Max Pol Fouchet, il y a cinq ans pour  les Mains nues  paru à  l'Age d'homme) est de ces écrivains qui aiment la brièveté et la densité. Des ombres aux tableaux  n'a rien d'une délectation morose, bien au contraire, c'est le regard d'une tendresse nostalgique à ses frères humains. Des contemporains. Des proches voisins de plage. Un ton très naturel, pour raconter le roman des « gens de peu », ces Simon des banlieues parisiennes qui rêvent de vacances à la mer, en regardant les affiches publicitaires. Mais la surface des choses, comme la surface de la mer, n'est jamais insignifiante : « Les publicitaires investissent notre imaginaire en organisant nos diaporamas intimes; mais lis procèdent comme les poètes en sollicitant notre mémoire sensible »

Sous la plage, ce n'est pas la révolution qui veille, c'est la mort qui passe furtive et dont l'écrivain est « à bon compte » le spectateur. Comme il est le chroniqueur des forces inavouables du dedans qui viennent soudain mettre en péril les techniques des édifices les plus sophistiqués. Michel Baglin croit à ce que Durrell appelait  « l'esprit des lieux » et comme il est fin poète, ses sens subtils l'avertissent qu'il y a du mystère partout.

Son art consiste à mettre son lecteur en position privilégiée, à l'installer à sa place, à le faire complice de ses émois, de son érotisme  « une région sacrée, intime et chaude où le sang bat à découvert », de ses nostalgies d'une enfance qui est déjà entâchée de remords, une enfance sans paradis « à quelque moment que vous preniez quelqu'un, il revient toujours un peu de son enfance ».

« Dernier combat » est le titre d'une nouvelle d'à peine douze pages qui raconte un match de boxe. Avec une précision et une perfection quasiment cliniques. Michel Baglin y fait la démonstration d'une impeccable technique narrative. Mais pas de pure virtuosité. Il s'agit de dire « le dessous des cartes ».

Tout cela se lit sans forcer, car l'auteur lui-même n'aime pas s'imposer, mais suggérer. Econome de ses mots, mais non de sa sensibilité.

Mairie-Louise ROUBAUD. La Dépêche du Midi  8 mai 1994



Ruptures
Editions Texture, 100 p. 7,5 euros


Fragile et vulnérable apparaît le réel: les gestes et les mots qui le constituent perdent leur innocence à la moindre offensive de l'imprévu. Les «ruptures» sont ces instants qui, dans les paysages intérieurs de chacun, marquent la découverte d'une part d'inauthenticité, révèlent la faille ou le piège.

Dans l'univers feutré d'une voiture roulant sous la pluie, la peine de coeur flirte avec la mort pour échapper au dérisoire, un personnage choisit la haine pour se sentir libre; un autre se voudrait cynique pour digérer une adolescence trop conformiste. Pendant ce temps des enfants apprennent à ne pas désirer au-delà du possible. Les échappées, les tentatives de révolte ou d'évasion elles-mêmes se révèlent bientôt ne devoir conduire qu'à des déchirements secrets.

Chacun des personnages de ces douze nouvelles est ainsi amené à assumer sa duplicité: solidaire des autres, il ne peut cependant exister qu'en s'insurgeant contre l'ordre qu'ils sécrètent pour se défendre de la vie. Douze textes qui reprennent et développent les thèmes abordés dans les deux premiers recueils de l'auteur, mais qui tentent d'en varier les approches, comme de diversifier les tons et les «points de vue». Peut-être parce qu'avec quelque dessein qu'on agence les phrases, ordre et désordres restent les leitmotivs de toute histoire et que -oute évolution (tout « virage ») n'est, au terme d'un intime cheminement, qu'un changement du sens - ou du poids - des mots de la tribu.


Le réel a un poids chez Michel Baglin. Surtout lorsqu'il se fissure, se fracture et qu'une brume sourde vous emplit, comme elle emplit les personnages de ces douze nouvelles. Alors, on doute, on se questionne, on se heurte à ses limites, à ses renoncements, on se sent quelque peu dupé, écrasé.  Michel Baglin sait merveilleusement nous faire sentir le désarroi qui s'empare de ses personnages lors de tels moments de crise. A l'image de cet enfant qui s'est enfui en autobus pour voir « l'autre bout de la ligne » et qui, une fois là, ne songe plus qu'à rentrer chez lui en pleurant (l'histoire se déroule en parallèle à celle d'un homme dont l'amour pour sa femme a sombré dans la routine des jours et des habitudes), les personnages de Michel Baglin butent de tous côtés : contre eux-mêmes, contre leur enfance, leurs souvenirs, leur passé, contre les autres aussi, les cloisonnements sociaux (« Une Panne », « Ecran ») ou l'Histoire (« Les Insulaires », petite nouvelle pleine de finesse et de désespoir ). Les révoltes sont rares, ou amères. Sauf dans « La Belle », très étrange cri de rage et de haine - qui éclate comme une libération (mais à quel prix!). Le plus souvent, les questions tournent au contraire au cauchemar (« Virage »). Car la transgression du réel n'est après tout pas loin.

Mais j'avoue que les deux, nouvelles quelque peu fantastiques du recueil (« Un Amour naissant », « Une Place au soleil ») m'ont moins convaincu. La voix de Michel Baglin me paraissant être plus forte dans le réalisme, ou plutôt ce « poids de la réalité » dont je parlais tout à l'heure et qui rend ses personnages si présents, si denses, si proches de nous, de ce qu'on a ressenti un jour ou qu'on ressentira.

Jean-Claude Martin


L'Innocence de l'ordre
Atelier du Gué, 52 p. 1981


Mon premier a la force du quotidien, mon second l'entêtement du rêve. Mon troisième est ce hiatus entre eux qu'on tente de surmonter lorsqu'on refuse «la force des choses », ou d'oublier quand on consent. Mon tout, qu'il soit «bourgeois », « révolutionnaire » ou simplement domestique, se nomme toujours l'Ordre, celui qu'on s'efforce de croire légitime.
Donc innocent.

Mais un petit dérapage des habitudes, une impatience des désirs ou une infime modification du regard suffisent à compromettre la transparence des gestes anodins... Mon tout n'est plus alors qu'une simple plaisanterie, de mauvais goût.

 

Quatre récits sur la fragilité du réel

 Michel Baglin, journaliste à l'agence d'Auch de « La Dépêche du Midi », vient de publier à l'Atelier du gué, sous le titre « L'Innocence de l'ordre », un recueil de quatre récits qui méritent l'attention.

L'ordre dont il s'agit est à la fois pesant et fragile. C'est l'ordre des choses, qu'on croit invulnérable, et qui bascule, pourtant, dès lors que notre regard se fait un peu buissonnier.

Il suffit quelquefois de regarder passer les trains, comme l'enfant d'« Une vue sur la gare », pour déranger l'ordre des choses. Quelquefois, il faudrait de l'audace. Spectateur écoeuré d'une scène de racisme « ordinaire », le héros de « La Répétition » n'ose pas intervenir. Celui de « Au rendezvous habituel », par contre, ose rompre la solidarité militante, qui est une figure de l'ordre, et accepte la solitude. Le héros d'« Une plaisanterie » - la dernière des quatre nouvelles - est un homme qui désire l'aventure, et qui la manquera, parce qu'il s'est laissé prendre au piège des mots. Car l'ordre est aussi celui du langage.

Servis par une écriture dépouillée, ces récits émouvants restituent le malaise d'une conscience écartelée entre la soumission au réel, et l'appel d'un ailleurs imprécis et problèmatique. On souhaite vivement que ce livre ne passe pas inaperçu.

Denis Tillinac.



 

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