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Les romans de Michel Baglin


Lignes de fuite.


Arcantère, 1989.

Sur fond de tragédie quotidienne, celle de la violence routière, deux histoires parallèles finiront pourtant par se rejoindre : comme ces dessins en perspective ou ces rails dont un des personnages voudrait qu'ils crèvent l'horizon pour tenir enfin « sa part d'infini ».

Qui ne rêve d'échapper aux limites contre lesquelles, obscurément, il vient buter ? Tel est surtout le cas de Careyon. Un accident lui a ravi celles qu'il aimait. Depuis, il court les routes, ivre d'horreur : il cherche en une folle fuite en avant à donner un sens à la mort absurde de Barbara et de Céline. Il y a aussi Derenne, le journaliste que ses mots n'enivrent plus : il mène l'enquête sur la série noire qui frappe les camionneurs ; il y a ce grand-père qui gratte les murs de sa solitude ; ou Mangin croyant construire dans sa gare désaffectée un réel à sa mesure... Comme Socrate, vieux marginal réfugié dans sa fascination du vide et des questions sans réponses, chacun s'enferme dans un vertige intime que les autres vont croiser... parfois sur des routes meurtrières.

 

Asphalt Jungle
  Avec Lignes de fuite,  son premier roman, Michel Baglin met sur rail deux histoires parallèles, lancées à toute vitesse vers le point abstrait de leur jonction. D'une part le récit de Jacques Careyon, vengeur solitaire qui  écume les réseaux routiers à la recherche de la clef d'un drame, d'autre part une série de carambolages criminels qui donne au livre sa tonalité de roman noir. Si Michel Baglin met sur le tapis la violence routière comme matériau de base, cette omniprésence de la route n'en prend pas moins la dimension d'une métaphore où la vie se perdrait elle aussi entre vitesse et vertige. Entre la solitude qui tue et la tête contre les murs. Cette fuite en avant soulève bien plus qu'une enquête policière, elle mettra l'accent avant tout sur ces interrogations qui taraudent les personnages jusqu'au plus petit : comment se glisser dans le réel, comment croire à l'ivresse de sa propre écriture, comment échapper au vertlige de questions sans réponse... Et il y a comme une veine américaine dans ce psycho-polar où les angoisses humaines se jouent désormais sur l'asphalte.

Valérie Appert. Le journal de Toulouse. 29 novembre 1989

 L'histoire est simple, ancrée dans la réalité : aux alentours d'un petit village, les camions sont victimes d'une série d'attentats commis, sans doute, par un homme, Careyon, dont la douleur et le drame apparaissent au fil des pages.

L'enquête de la gendarmerie patine. Celle de Derenne, le journaliste, est plus efficace. Les histoires des uns et des autres s'entrecroisent au fil des chapitres. Peu à peu et en parallèle, leurs univers se mettent en place avant de converger et se retrouver à la fin.

Si l'écriture est celle d'un romancier, non d'un poète, le roman reste marqué par l'oeuvre d'un écrivain attaché à une poésie « qui reste lisible, qui échappe à l'hermétisme », ce qui lui valut d'être étiqueté poète du quotidien.

Ce quotidien des hommes et des choses, Michel Baglin le campe avec vérité : ambiance moite d'un restaurant-routier, douleur et solitude d'un homme brisé, qui donnent au roman ses meilleures pages, personnages construits avec soin. Sur cette réalité se brisent les lignes de fuite : celles des routes parcourues par les camions, celles des rails rouillés d'une gare désaffectée où Mangin, le photographe, est encalminé comme un bateau par calme plat, celles, spirituelles, de Socrate, le menuisier philosophe dont les questions sur le monde ne trompent personne.

Si, à notre siècle machiniste, les masses mystérieuses et vaguement menaçantes des camions font office d'instruments de vengeance divine, on n'échappe pas plus à son destin qu'à l'époque des Atrides. Dieu est mort. Reste pour l'homme à se dépatouiller du déterminisme social. Pas facile d'être optimiste. Ces lignes de la fuite impossible sont écrites d'une encre très noire.

Christian Bonrepaux. Flash n°585. Décembre 1989

 

Michel Baglin est journaliste - dans le Sud-Ouest, à la Dépêche du Midi. Michel Baglin est poète, auteur de plusieurs recueils dont le dernier, Les Mains nues, a été salué par le Prix Max-Pol Fouchet 1988.

Son premier roman nourrit son originalité de cette double appartenance : écrit dans un style que l'abondance des dialogues rend très proche de la langue parlée et de lecture très facile, la richesse de son vocabulaire et la variété de ses expressions le préserve néanmoins de toute platitude.

Son histoire relève du fait divers et de l'enquête semi-policière à laquelle se livrent deux journalistes intrigués par la fréquence des exactions commises contre les poids-lourds aux environs de leur petite ville. Le lecteur croit tenir depuis le début la solution de l'énigme avec la description du malheur de Careyon, qui ne se résigne pas à la mort de sa femme et de sa fille dans un accident de la route. Mais la vérité se révèle plus complexe et la psychologie des personnages n'a rien de simpliste.

L'attention du poète aux frémissements de la vie se révèle au détour des situations et des phrases auxquelles elle confère toute leur épaisseur. On a pour seul regret la brièveté de ce récit, vraie réussite d'un jeune auteur soutenu par un éditeur encore peu connu : c'est le cinquième livre de la collection « romans » d'Arcantère.

Aliette Armel. La Quinzaine littéraire. Janvier 1990

 

  Ce premier roman est tout de solide sobriété et son originalité est qu'il est vécu et parlé au quotidien, sans que la trame en abondance composée de dialogues en soit irritée. Sur ces lignes de fuite, Michel Baglin sait néanmoins où il va et où son histoire doit déboucher et nous conduire. Il concocte le fait divers avec beaucoup de virtuosité, sans tomber dans l'imaginaire de la fantaisie, mais d'une efficacité tenant compte de tous les sens de la réalité la plus ordinaire. Ce qui est une prouesse, car l'expression est d'une densité soutenue et donne poids à l'histoire qui est, sans doute, brève, parce que sans longueur inutile dans son intensité.

Marius Nogués

 

Découpé comme un scénario de film, voici un roman noir, très noir, dans lequel l'auteur nous incite à plonger brutalement, alors que nous pouvions raisonnablement attendre, au pire, une oeuvre élégiaque. On supporte le choc, reste l'onde. Et c'est vrai que par le jeu de la progression dramatique menée par Michel Baglin, avec un réalisme pointilleux, il est difficile d'abandonner en cours de route cette histoire de folie et de mort dont il serait faux de croire qu'elle ne peut arriver qu'aux autres.

« C'est un moment de la vie, une faille du quotidien qui révèle dans les détails les pièges dans lesquels nous pouvons tomber », explique sobrement Baglin qui ajoute avoir choisi le thème de la violence routière comme intrigue policière de ce prenant adieu aux larmes. (...)

« En dessin, les lignes de fuite convergent en un point, dit Socrate, un vieux philosophe, dont l'auteur a calqué la silhouette sur celle d'un ami anar qui comptait les spaghettis pour, trop pauvre, se nourrir. Si tu veux comprendre ton bonhomme, tu dois probablement chercher le point de fuite ». Si toutes se rejoignent dans le roman, pour nous donner en 150 pages une oeuvre très accomplie, à la lecture prenante, ajoutons que Michel Baglin, lui, a su fuir tous les clichés habituels dans lesquels notre très paresseuse négligence aurait tendance à l'enfermer.

Là où nous attendions des paysages léchés, des personnages denses, charnus, nous n'avons que des lavis pas très « réveillés », des silhouettes transparentes, des êtres qui ont, comme le dit joliment leur créateur, « perdu la sève des mots ».  Mais qui, joints, créent une très envoûtante atmosphère

Henri Rozés La Dépêche du Midi

« Lignes de fuite » de Nfichel Baglin est, lui, un vrai roman. Une sorte d'enquête policière et journalistique, avec de vrais personnages, un vrai décor, menée à partir d'un terrible « fait-divers » (comme on dit), qui pourrait être vrai. Et Michel Baglin se tire bien de l'affaire, avec notamment un sens des « seconds rôles » (Mangin, Socrate... ) et des « climats » (le Café des Routiers... ) qui, aussi, font l'histoire. On ne peut éviter de penser, naturellement, au film « Que la bête meure », et à d'autres images cinématographiques. Mais c'est aussi le roman d'un poète qui - journaliste également - sait rendre compte, derrière le récit proprement-dit, de son rapport aux êtres, aux choses et à la vie quand la mort la convoque, au bout de la route.

François de Cornière


Michel Baglin sait communiquer les échos de cette tragédie quotidienne, lui conférer la dimension d'un polar en tissant deux histoires parallèles qui se rejoignent quelque part, là où le destin le décide. Il le fait avec une écriture sobre, efficace, riche de suggestions. Il campe des personnages de tous les jours, révélant à d'infimes détails qu'ils peuvent aussi, sans en avoir l'air, être des marginaux. Comme ce Mangin qui habite une gare désaffectée et reconstruit un univers disparu qui s'impose à lui comme la seule réalité à laquelle il puisse tenir. C'est que l'auteur sait user des mots et des images en poète qu'il est. De là sa réussite.                          Jean-Max Tixier


Un sang d'encre

N&B éditions, 2001

Pourquoi Barthélémy a-t-il voulu le tuer ? Cette question qui taraude Romain va l'obliger à remettre en cause l'amitié qui le lie depuis plus de vingt ans à ce journaliste sombre et peut-être cynique, secret et assurément blessé. Ce n'est qu'au terme d'une longue enquête le conduisant sur les routes d'Irlande, puis d'Écosse, et sur les bords de la Garonne, qu'il trouvera la réponse à ses interrogations, réorganisant peu à peu les pièces d'un puzzle où le sang le dispute à l'encre, l'amour paternel à la mort, la révolte et l'écriture à la solitude des êtres qui ont perdu pied.

Comme le précédent roman de l'auteur, Lignes de fuite, dont il reprend et prolonge les thèmes essentiels, Un sang d'encre mêle la traque et la quête, l'action et la peinture de personnages en proie au vertige, résolus à ne pas céder à ce qui les écrase et explorant jusqu'à la folie meurtrière leur part de ténèbres.


Deuxième volet d'une trilogie dont les histoires et les personnages diffé­rent mais dont les thèmes s'entrecroisent. Dès le début du roman, l'ambiance s'annonce noire : un homme en poursuit un autre à travers les paysages de l'Irlande et tente de le tuer en le précipitant du haut du falaise. La suite, c'est la presque victime qui l'agence en tentant de comprendre les motivations de celui qu'il pense mort, suicidé, après l'échec de la tentative. Comme une pelote se déroule à mesure qu'on en tire le fil emmêlé, non sans peine, par à-coups et surprises, l'histoire prend place à rebours : celle d'une quête d'identité doublée d'une quête d'écriture, une histoire d'amours dévorantes et exclusives qui obscurcis­sent la raison, de sentiments assez forts pour expliquer le geste extrême. La tension narrative est garantie et soutient avec bonheur la réflexion que Michel Baglin poursuit à travers chacun de ses livres, essais ou fictions, poésie, nouvelles ou romans, sur l'écriture, la poésie, le réel et sa relation, sa transmission par les mots, et plus généralement sur la difficulté singulière qu'il y a à communiquer avec le monde.

Alain Kewes

 

Sous de faux airs de polar, cette polyphonie à cinq personnages parle de la littérature vécue comme une nécessité, de ses limites - « une médecine de cheval pour soigner des bobos de caniche» - pour atténuer les bleus à l'âme et les difficultés à trouver une place dans le monde. C'est surtout une histoire de personnages de chair et de sang aux prises avec une énigme induite par un personnage principal, Matthias, dont la rare présence obsède les quatre autres. Un seul mort, une tentative de meurtre et beaucoup de talent d'écriture.

 Christian Bonrepaux

 

Michel Baglin poursuit ses li­gnes de fuite. Le poète ciseleur de mots reste fidèle à sa recherche et demeure comme fasciné par ce vertige qui sai­sit et étreint les êtres face à la fixité du temps, des espaces et des situations. L'histoire est ici un prétexte littéraire qui, sous la forme d'un ro­man policier, illustre la quête de l'hypothétique solution, la traque de l'illusoire terre fer­me, solide, cohérente et sta­ble qui se promet tel un mi­rage lorsque tout chavire. Avec Un sang d'encre, le journaliste Michel Baglin inscrit son récit dans un territoire qu'il connaît bien. Celui de la presse. Autre monde de l'éphémère et du fugitif, où des embruns d'Irlande aux brumes d'Écosse qui servent de décor à l'intrigue, les véri­tés ne sont que des points de vue. Ceux qui tentent de cer­ner l'expression d'un insai­sissable quotidien. Comme dans le précédent roman, l'auteur reprend et développe les thè­mes essentiels qui l'obsèdent. Ceux de la lutte et de l'action face à l'inextricable réseau de fils tissés et tressés par « la fuite du temps ». Ceux de la résistance à la tempête qui, tout au bout du chemin de soi, menace de tout em­porter.  

Jean-Jacques Rouch

 

Un sang d'encre nous emmène au coeur d'une action finement ciselée avec des personnages solidement campés comme Barthé, Romain et surtout le jeune Matthias qui promène son mal de vivre et son allure bien rimbaldienne. Belle intrigue aussi qui nous fait voyager dans la verte Irlande, mais aussi dans les Highlands du nord de l'Ecosse pour finir sur les bords romantiques de la Garonne. Michel Baglin nous raconte la cavale de cette espèce d'Arlésienne : ce personnage dont on parle toujours mais qu'on ne voit jamais! Matthias, poète, écrivain raté, cherche sa vie à travers les racines entortillées d'une généalogie en forme de liseron. Histoire d'une fuite sur fond de drame et d'écriture. On retrouve le milieu journalistique avec Barthé et Romain. (...)  On appréciera les dialogues toujours rondement menés et une action qui s'enchaîne, ne faisant pas l'économie de flashs-back, tout cela avec beaucoup d'intelligence et une manière de brosser les portraits de ses personnages que l'on retrouve aiguisés par les couleurs truculentes de leurs caractères. La question liminaire sera-t-elle élucidée : Pourquoi Barthélémy a-t-il voulu tuer Romain ? C'est en faisant le voyage au bord des falaises d'Irlande, dans la beauté vaporeuse du Loch Ness ou sur les rives consolidées de la Garonne que vous trouverez la réponse à cette interrogation,  qui ne manquera pas de vous surprendre jusqu'à l'arrivée d'un petit rond noir de point final.

Laurent Bayart.





 La Ballade de l'Escargot
Pascal Galodé éditeur

 Comme deux précédents romans de l'auteur, (Lignes de fuite et Un sang d'encre) cette Ballade de l'Escargot est un polar qui mêle la traque et la quête, l'action et la peinture de personnages en rupture de famille, d'amour, de société... Il se déroule en partie dans une sorte de cour des miracles constituée de paumés, de dealers, de squatters, de skins et de prostituées.

Architecte rangé, Clément en vient lui aussi à se « déconnecter » et à se marginaliser à la suite de déboires conjugaux et surtout du viol de sa fille, recluse depuis dans son mutisme. Sans compter qu'une vieille affaire de corruption passive le poursuit sans qu'il en ait vraiment conscience. Livré à une sorte d'errance au volant de son camping-car qui lui sert de coquille d' « escargot », il s'enfonce de déambulations mélancoliques en balades punitives dans les quartiers interlopes de la ville. A la rencontre de la violence, mais aussi de personnages comme Floréal, Mamadou, Rachid, Sandrine, qui lui révèlent le peu de sens de sa propre histoire et la fragilité de ses défenses...

Remonte alors à la surface le scandale étouffé dans lequel sont impliqués des notables véreux, bien moins fréquentables que la pègre des quartiers. Renouant un à un les fils de l'écheveau, l'Escargot devra aussi descendre dans cet égout pour connaître la vérité, dans ces zones d'ombre où se cache la sourde misère du désespoir, mais aussi la tendresse et l'amour de ceux qui ont un jour perdu leur carapace et s'en bricolent comme ils peuvent de très précaires...

 

 

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