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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 17:22

 « Comme si dormir »

Dans l’avant-propos de ce bouleversant recueil, l’auteure raconte les circonstances du décès de sa mère, morte un dimanche, seule chez elle, après avoir regardé à la télévision un feuilleton nommé «  La mort est un poème ». Coïncidence troublante qui ouvre le territoire de l’énigme, celle de la mort et celle du sommeil qui lui ressemble, celle de la langue qui creuse la sidération et le manque, car « tant mourir n’est pas partir »…
« L’immédiat de la douleur dans la perte d’une mère a replongé l’adulte que je croyais être devenue dans un certain langage de l’enfance retrouvée », précise encore Laurence Bouvet. Et c’est un fait que devant l’« évidence du corps-silence », dans le chagrin qui ressasse « la présence dans l’absence », les souvenirs remontent, et avec eux des bribes de langage, des mots, (« c’est la vie », « éteindre la lumière en sortant », « c’est pas la mort d’aider sa mère », etc.) tandis que les formules enfantines manègent et que la souffrance remue la parole et la déstructure. «  Démembrement de (l)a grammaire », « déhanchement de la phrase », jeux de mots (« continue elle/continuelle ») et répétition-leitmotiv sont autant de moyens que trouve cette « larme de fond » pour subvertir par la poésie le langage policé, trouver par le « doux leurre » une voie à l’expression du bouleversement intime et de l’angoisse. Une façon de forcer la langue qui n’est pas sans rappeler parfois la manière d’une Valérie Rouzeau.

« La douleur est ce doux leurre
d’une présence qui demeure ».


Oui, mais elle est aussi, pour la fille, l’occasion d’un vertige, celui de se reconnaître en sa mère : « rien ne m’est d’elle qui ne soit moi qui ne soit elle ». Et pour la femme, celui de découvrir la profondeur d’une inépuisable solidarité : « Entière en chaque femme te voilà / parcelles de toi chez toutes / elles te ressemblent ».
Et puis, bien sûr et comme au bout du compte, la déréliction faufile cette langue maternelle décousue, recousue, de ses rappels aux désordres de notre sort tandis que « dans le trou de la page » la solitude s’insinue et que la conscience se tient en éveil par l’étonnement, « s’il n’est pas faux que nul ne tient sa mort pour véritable ».

(Editions Bruno Doucey 76 pages. 13 euros)

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Published by Baglin Michel - dans CRITIQUES
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