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Préface de Jean Rousselot

à l'édition de Feux et lieux de 1982

 

 Il me plaît bien qu'en épigraphe à son recueil, Michel Baglin ait recopié une page d'Albert Camus qui m'honorait de sa confiance.

Il me plaît encore que cette page soit celle où l'auteur du Mythe de Sisyphe nous rappelle que «l'univers n'est ni stérile, ni futile».

Tant de poètes, aujourd'hui, font litière de cette évidence, qu'on est heureux de saluer celui-ci, qui en a fait sa raison d'être et d'écrire.

 Épelé, nous dit-il, par «des feux, des lieux, des noms, des histoires jamais conclues dont le poème serait le dernier mot», mais aussi par «des saisons, des secrets, des villes», et, bien sûr, par «des passants», il ne se borne pas à les épeler à son tour mais les «énonce», carrément, comme il énonce «l'eau, l'oiseau, la terre - les mots qu'on (lui) a appris».

Ainsi, absurde ou non, Sisyphe fait-il de son poème à la fois la «chair du divorce» entre «ciel vide» et «terre peuplée» et, ce qui est la consolation même que Baudelaire disait voir en la poésie, l'idéal lieu d'échange de cette population terrestre au sein de laquelle le «clin d'eau surpris entre deux pierres» remplace avantageusement le clin d'œil des dieux imaginaires.

Aussi bien, nul prestigieux exil au-delà des cimes et, à plus forte raison, nul langage sans feu ni lieu, ne sauraient-ils compenser la chaleur vivante du «rocher à étreindre» et le bonheur que Sisyphe, «calme et rebelle» mais sûr de sa force, éprouve à le pousser de fond de la mémoire commune dont ses mots sont nourris.

  Jean Rousselot
Photo: en discussion avec Jean Rousselot, 1987.                                 



Un poète magique
Préface de Jérôme Garcin à Les Mains nues

 
J'ai longtemps cherché le mot qui réaliserait l'impossible synthèse des textes de Michel Baglin, définirait leur singularité mais aussi leur immédiate proximité, et je crois que c'est celui de la noblesse. L'art avec lequel il transforme le quotidien en trésor inépuisable, l'instant éphémère en présent perpétuel, et ajoute aux facultés humaines la vertu de l'intuition, cette intelligence de l'ineffable, figure, à mon goût, une aristocratie de cœur et de plume qui défie les temps modernes, et le temps tout court. René Char appartient à cette famille d'élection, Michel Baglin y trouve naturellement sa place, avec ces beaux poèmes en prose, compacts et lisses comme le marbre d'une villa palladienne.

Car la poésie de Baglin n'est pas une figure de rhétorique, c'est la célébration panthéiste, jusqu'à la gourmandise chère à Colette, du monde palpable que traverse le nomade en quête d'absolu. Tout est fantastiquement tangible ici : même le passé, qu'il compare à un panier d'osier qu'on tresse, même l'avenir, qui ressemble, selon lui, à une abeille. Baglin restitue au réel, gagné de plus en plus par la superfluité, son épaisseur originelle, et il le fait avec une palette de mots riches en couleurs, en parfums, et en musiques, réconciliant ainsi tous les registres de la création. C'est du naturalisme solaire allié à la force d'un paganisme serein. Une certaine forme de philosophie, en somme, dont la règle première serait la générosité. Être à l'écoute, se laisser épeler, accepter d'être envahi, toute la poésie de Baglin tourne autour de ces verbes d'accueil et autour du souci constant de nommer ce qui ne répond pas au vocabulaire usuel, de retenir, sur la page, ce qui est évanescent.

Souvenirs d'un 14 juillet sur les bords de Marne, dialogues avec les saisons, évocation d'«une petite musique de poussière blonde et de chaumes sous les pieds des glaneurs», un sarcloir qui résonne, un crachin sur la mer, la sagesse des vieux assis sous les tilleuls - Baglin est le poète de la terre et de l'espace. Les villes, il les fuit, comme il se garde bien de la «niaiserie» des vies compressées. Un aristocrate, vous dis-je. Ce n'est pas un hasard s'il cite Albert Camus en épigraphe, interpelle Socrate et Lowry, et célèbre «le corps loyal» de la femme: ce réfractaire au grégarisme intellectuel et citadin exige des sentiments qu'ils atteignent la même hauteur que celle dont il crédite la pensée.

«Sa quête ressemble à une marche sans but qui tiendrait pourtant ses promesses, un rythme lourd pour que le temps s'affirme et que son pas respire». Lire les poèmes de Michel Baglin, c'est le suivre sur ce chemin de traverse, et comment ne le suivrait-on pas aussitôt, quand la souplesse, l'élégance et la chaleur de ses phrases agissent comme des sortilèges? C'est un poète magique, comme on le dit de la potion: il rend plus fort.

  Jérôme Garcin

 

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