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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 12:43

Il conjugue la passion des livres et celle du vélo


Amoureux à la fois de lecture et de vélo, Jean-Pierre Brèthes, bibliothécaire fraîchement retraité, a décidé de conjuguer ses deux passions et a construit un projet : faire le tour de la France à vélo et en pratiquant la cyclo-lecture. Il a accompli sa première randonnée cyclo-littéraire au printemps 2007, et le journal qu'il a tenu vient de paraître (Geste éditions) sous le titre « Le journal d'un lecteur, le Poitou-Charentes et l'Aquitaine à bicyclette ».


Le livre est sans prétention, mais se lit comme on écoute un ami raconter les anecdotes du chemin. Digressions, tribulations, évocations diverses s'y mêlent avec une nonchalance heureuse. Jean-Pierre Brèthes raconte les péripéties cyclistes et ferroviaires (en amateur de trains, il utilise le TER pour les étapes longues) qui émaillent son périple, les biches croisées, les hérons cendrés, le chant des grillons, la traversée des villages dont les noms s'égrènent, l'hospitalité des gens humbles, les amis retrouvés grâce à son aventure de cyclo-lecteur. Il nous fait respirer l'odeur des fenaisons, sinuer avec les rivières, grimper l'épaule des collines. Un peu Don Quichotte, soignant sa Rossinante, il évoque aussi ses utopies (« Le militantisme a évolué : autrefois, on luttait pour un monde meilleur. Aujourd'hui, plus humblement, on se bat pour que demain ne soit pas pire qu'aujourd'hui », note-il), râle parfois, pousse quelques coups de gueule (contre l'arrogance des automobilistes, notamment), déplore la multiplication des clôtures et l'enfermement ici, le mépris pour les Sdf ailleurs... et la religion de la vitesse un peu partout ! Chemin faisant à travers les Landes, il évoque des souvenirs d'enfance, médite sur les bienfaits de la bicyclette et de la lecture, esquisse une galerie de portraits de ses hôtes et de ses publics, des réflexions sur les bibliothèques et leur fréquentation, les avantages du vélo et, dans cet sorte d'éloge de la lenteur et du plaisir de flâner, il s'aperçoit, à travers les livres dont il parle et qu'il fait parler, comme sur les routes, à travers les paysages et les souvenirs, qu'il a en quelque façon remonté le temps.

(230 pages. 16 euros. Geste éditions. 11, rue Norman-Borlaug. 79260. La Crèche.)



Lecteur, mais aussi poète


Jean-Pierre Brèthes est né à Bordeaux en 1945. Il a fait ses études dans les Landes, d'où son père était originaire, puis a préparé une licence de géographie à Pau et à Bordeaux. Après un bref passage dans l'enseignement, il est devenu conservateur de bibliothèque et a exercé successivement à Angers, Auch, Basse-Terre (Guadeloupe), Amiens et Poitiers, où il fut quelque temps conseiller pour le livre et la lecture à la DRAC. Il est marié et père de deux enfants.

Grand lecteur, Jean-Pierre Brèthes a toujours aimé faire partager ses découvertes. Il a animé des clubs de lecture, fait venir de nombreux écrivains dans les bibliothèques où il a travaillé. Depuis quelque temps, il pratique avec une amie la lecture à haute voix à la Maison d'arrêt de Poitiers, mais comme il aime aussi la bicyclette, il s'est lancé dans son projet de retraite : faire le tour de la France à vélo et en pratiquant la cyclo-lecture. Il a fait sa première randonnée cyclo-littéraire au printemps 2007, et le journal qu'il a tenu vient de paraître (Geste éditions) sous le titre « Le journal d'un lecteur, le Poitou-Charentes et l'Aquitaine à bicyclette ». Il y raconte ses préparatifs, des péripéties cyclistes et ferroviaires, les lectures, l'accueil reçu, les rencontres et les paysages, évoque des souvenirs, et médite sur les bienfaits de la bicyclette et de la lecture. Chemin faisant, le cyclo-lecteur, revenu sur les lieux de son passé d'enfant et d'adolescent, s'aperçoit qu'il a en quelque façon remonté le temps.

Parallèlement, il a toujours beaucoup écrit, notamment des poèmes. Il prépare actuellement un recueil, le deuxième volume de son journal, ainsi qu'une publication des études qu'il a consacrées à quelques-uns de ses écrivains favoris.

On peut le contacter en lui écrivant à jean.pierre.brethes@gmail.com
et découvrir son site : http://cyclo-lecteur.blogspot.com/



 Quelques poèmes inédits


Jour naissant


Quand la fente de la nuit révèle l'aube

le vent s'amuse à tresser les cheveux des arbres

il joue avec le restant d'étoiles

 

Toi tu poses ton pied dans le jour

tu picores l'ombre

tu pourfends les fumées de l'âme

tu es dans cet intervalle un homme de trop

 

Tu illumines la poussière du temps

tu étreins l'arbre

et le jour fleurit dans ta main

 

 ***

Au pied de la lettre

Au pied de la lettre tu saisis une ombre

la vie continue à se taire

tu te grandis entre deux arbres

les mots soulèvent leurs racines

la phrase déballe ses feuilles

le sentiment brise les nervures des branches

 

Tu tutoies l'épaule des géants

Silence du matin

 

Le silence impressionne

au loin un chien aboie

l'écureuil lance son point

d'interrogation

sur le I majuscule du tronc

 

Le soleil foule la rosée

et te voici

creusant ta voûte

tu te déplies avec lenteur

ton œil chavire

 

Tu songes

un oiseau chante

il fait froid

soleil tu mens

le pic dérange le silence

tu plonges nu dans l'eau du temps

 
***

Radieux

 

Tu creuses les distances

tu habilles les racines

tu ris

 

Tu plies le soleil à tes courbes

tu te tends sous l'arc de la pluie

tu jubiles

 

Tu brises la lune en mille éclats

tu piétines des reflets éteints

tu aspires l'eau de tes mains

 

Tu resplendis


*** 

 

V. W.

                                     A Virginia Woolf

 

A la fraîcheur de l'eau elle transmet la sienne

Elle qui fut jadis incandescente

Quand dans un lit captif elle attendait le prince

Chargé de décoiffer ses orteils pétrifiés

 

Mais voici qu'aujourd'hui le prince a disparu

Et la voilà bien seule à espérer qu'arrive

Du fond du flot boueux quelque poisson de lune

Qui pourrait raviver sa mémoire en dérive

 

Alors de son pied nu elle tâte le sable

Mouillé qui répercute le silence

L'hiver est si pur en ce jour qui décline

Le nuage là-haut ressemble à un caveau

 

Et elle avance lente dans l'eau glacée

Qui lui bat les mollets comme une écharpe

Puis elle s'enfonce des cailloux plein les poches

A la fraîcheur de l'eau elle transmet la sienne

 

 ***


Venir à la lumière

 

La nuit n'en peut plus

tu bois le vin des rêves

et habillé de songes tu te lèves

 

Les yeux fixés au ciel

tu prends le compas des étoiles

le silence te hante

 

Et quand la dernière étoile étanche sa soif

tu fermes les yeux et laisses l'aube te pénétrer

 

Dans le creux de ta main l'ombre s'efface

ton image est bien la bonne

 

Tu consens à la lumière !

 

 ***


Surgir

 

Tu surgis dans un cri comme une déchirure

tu étais bien au chaud et le cafard te lampe

l'abandon te taraude au long des jours sans fin

dans l'attente patiente de la douceur

 

Tu reconnais bientôt un visage une voix

tu souris à la peur du néant

et tu tâtes tes mains et ta tête et tes jambes

pour te convaincre que tu ne sais rien faire

 

Plus tard ton pas s'affermit se dirige

vers l'inconnu dans l'effarouchement

les tiroirs les chaises la table les murs

te disent les secrets de la récréation

 

Tu verras c'est si simple une vie dérisoire

essayer de grandir dans un monde si creux

où les géants oublient

qu'un jour ils ont été plongés dans ce mystère


**

Alentour

 

Qu'y a-t-il alentour ?

un arbre mort peut-être

un lit qui se débine

un corbeau une croix

 

Pourtant la haie chante les fleurs

les feuilles bleuissent de plaisir

car le soleil leur chuchote à l'oreille

il est venu le temps d'aimer

 

Qu'y a-t-il alentour ?

Une abeille prise dans la toile

un arbre creux tambour d'oiseau

une mouche te pique au talon

 

L'été bourdonne tout seul

ton poil chatouille le vent

sur le fauteuil somnole la saison

avec les vêtements en vadrouille

 

Puisqu'il n'y a rien alentour

tu te meus nu sur la dunette

de ton voilier imaginaire

et tu brasses l'écume du Temps

***

 

Aube

 

Tu te promènes dans l'aube grise

le rossignol te souffle dans l'oreille

et tu suis les traces du lapin

 

Il tombe quelques gouttes

des larmes

ton œil se trouble

tu respires

l'air tremble

tu retires ton vêtement de nuit

 

Et tu t'allonges insecte nu sur l'herbe

ton corps frissonne de rosée

tu lèves tes mains en l'air

tu les agites
tu crois voir des branches déchirant les nuages

                                                                                        Poèmes inédits.

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Published by Baglin Michel - dans CRITIQUES
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