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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 23:29

Abdelmadjid Kaouah, du journalisme à la poésie

Journaliste, chroniqueur et poète algérien, Abdelmadjid Kaouah est exilé politique en France, à Toulouse où j'ai fait sa connaissance dans les années quatre-vingt-dix. Sa poésie est universelle autant que fraternelle, Elle a une patrie pour les racines, mais tous les peuples de la planète pour destinataires.

Les poèmes d'un recueil comme « L'ombre du livre » (livre aux aguets, livre de vigilance) ont été écrits au temps de la paix, mais une partie prémonitoire exprime la peur de l'ombre et de l'obscurantisme qui ont marqué ensuite l'Algérie. Ces poèmes sont un peu comme les oiseaux dont ils parlent, qui « survivent de pitiés nocturnes », qui « remontent les rivières / sèment l'alarme / et narguent l'imposture ».


« La poésie d'Abdelmadjid Kaouah se fait avec les os et le sang de l'air, les yeux de l'eau, les mains du  feu. Partout où il y a de l'amour et de la lutte pour l'amour, écrit Serge Pey. La poésie de Kaouah est un chemin vers la liberté. Elle nous rappelle qu'il faut arriver au plus profond de soi, dans son lointain territoire intime pour soudain trouver l'autre et sa langue. »

Et Michel Cosem, un de ses éditeurs, de noter : « Les vrais poètes sont ceux qui savent parler à l'humanité toute entière avec des mots qui leur appartiennent et dont ils savent cultiver la saveur et l'originalité. Abdelmadjid Kaouah est de ceux-là et lorsqu'il parle de son expérience vécue il sait le faire avec retenue et intelligence ce qui en augmente la portée et le témoignage. »


L'exil

Abdelmadjid Kaouah est né le 25 décembre 1950 à Aïn-Taya, près d'Alger. Journaliste de profession, il publie depuis les années 70 : Alif (en Tunisie), les éditions du Stencil en Algérie et  en France : Europe, La Sape, Phréatique, L'Orycte, Sud, Encres Vives, Poésie Première, Verso, Carnavalesques l'ont accueilli...

La violence qui a frappé son pays dans les années 90 l'a poussé à l'exil en région toulousaine où il vit aujourd'hui. Son recueil « Par quelle main retenir le vent », préfacé par Tahar Djaout en 1986 évoque ce qu'aurait pu être l'Algérie si les poètes avaient eu la parole.

Il est actuellement animateur-rédacteur à radio CanalSud Toulouse (il y anime notamment une émission littéraire hebdomadaire, Oxymore). Titulaire d'une Maîtrise consacrée à la poésie algérienne de langue française suivie d'un D.E.A. - inachevé - sur Mohammed DIB (Université Toulouse Le Mirail), Abdelmadjid Kaouah a également animé en Midi-Pyrénées, l'association, CRIDLA (Cercle de recherches, d'initiatives des lettres algériennes et maghrébines de langue française). Il a publié aux éditions Autres Temps une anthologie : « Poésie algérienne francophone contemporaine »  (coll. "Temps poétique", 2004).

Collaborateur  littéraire (notamment à Notre librairie, revue des littératures du Sud,  actuellement Cultures du Sud, Paris), il a produit durant plusieurs années des émissions radio de culture et de société (grands entretiens avec Amin Maalouf, Jean Pélegri, Boualem Sensal, Serge Pey, etc. ...)  et dans la presse écrite (Yasmina Khadra, Nourredine Saadi, Maïssa Bey...). 

Abdelmadjid Kaouah a publié plusieurs plaquettes aux Editions du Stencyl (Alger) dans les années 70-80,  notamment : « Trois télégrammes d'amour et un poème pour les enfants »,  « De toute manière... »

« Par quelle main retenir le vent »  été réédité 2000, suivi de « La Jubilation du jasmin » par les éditions Noir & Blanc ainsi que « L'Ombre du livre » (1999)

Il a publié « Le Nœud de Garonne » (éd. Autres Temps, Marseille, en 1999).
 Il a obtenu le Prix- Claude Sernet en 1995 aux Journées internationales de poésie de Rodez pour « La Maison livide » (éd. Encres Vives, Toulouse).

Il a également publié : « Le Cri de la mouette quand elle perd ses plumes »,   Editions Encres Vives , mars ,2006 avec une couverture de Hamid Tibouchi

« L'Ode à Katarina Anghelàki suivie de Skärgärden », Encres Vives, Février, 2008 avec une couverture de Myriam Laffont.

A paraître en avril 2009 aux Editions La Louve : « Retour en Algérie- Amère saison »

Il a pris part à de nombreuses rencontres poétiques, en France, en Grèce, en Espagne , en Allemagne, en Suède... et animé de multiples lectures dans les librairies et les cafés-littéraires. Il a préfacé et présenté divers ouvrages, notamment  : « Anthologie Poèmes pour la Paix »,  Ed Hiwar Alger,  « Algérie : Voix dans la tourmente », le Temps des cerises...

 

Quelques poèmes 



oui il faut se lever chaque matin

à une heure humaine

mais à quelle humaine horloge

expier les pétales calcinés

 

plus tard

du choc de nos mains glacées

fusera l'ocre rêve d'aimer

et nous n'assisterons plus

au départ de nos derniers

amis

 

***

 

toi le singulier rebelle

au cœur d'argile

dans les marges de la nuit

 

tu n'étais qu'un provocateur naïf

au sabre de sable

dans la conjonction

des colères calculées

 

***

 

cloués à la proue des vents

esclaves à tout jamais

de leur imposture

les dieux frisés

s'offrent des éternités

de paresse

 

c'est leur destin

que de rompre le silence

et de déployer au gré

de leurs errances

le vaste jeu du bruit

 

cohortes d'insectes

 

***

 

nous savons à présent

que les oiseaux sont mortels

qu'ils survivent de pitiés nocturnes

par des sentiers fragiles

dans les jungles de la morale

 

par beau temps

ils remontent les rivières

sèment l'alarme

et narguent l'imposture

 

***

 

                                À KHADDA

 

tu te surprendras

par un soir d'été

accablé de libertés

dans les réseaux du désordre

 

peu importent

les sarcasmes et les rires

ils nous ont devancé

- les orages humains de l'humilité -

 

l'iode et le sel

les oeufs dans les blessures béantes

les rossignols et leurs nids débridés

le meuglement des coquelicots

le givre des veines

 

tous les signes d'évidence

tous les talismans inachevés

les foires aux alphabets

et ce grimoire séditieux que tu sais

pour naviguer sur l'étendue

d'un détournement d'étoiles

et enfin

prolonger et l'arbre et le fruit

en cascades de calligraphies

et en sourates de poussières

 

Extraits de « L'Ombre du livre » (éd. N&B)


**


Le sel

                                            A Nicole et ses tapisseries de paroles fraternelles

 

Voilà j'ai atteints la rive noire

Là où le rêve n'a plus de miroir

Ni force pour traîner ses fourmis

Ses dérisoires mensonges et

Ses petites lâchetés en guise

De destin

 

La rive noire où il n'est plus de Mahatma

Ni de seigneur hautain

Pour répandre les épreuves

Le soleil  se lève et se couche

Et la bouche essuie la bave des jours

Le sel est amer sur la table

Et en guise de vie nous redessinons

Les cerceaux boiteux de notre enfance

 

Voilà la rive noire

Est atteinte par petites brassées

A la cadence d'un survivant

 

La rive noire

C'est avant toute une saison

La saison mentale de tes premiers poèmes

Te voici à nouveau livré aux feuilles d'automne

La couronne des défaites

Le frémissement d'une chair envoûtée

Et tu sais que rien ne sert de se lamenter

Au seuil d'un nouvel avatar

Le bruit seul s'absente

Et tu ne sais si le chemin t'attend

Pour t'accompagner ou pour effacer

Les traces de ton destin

Ainsi l'automne s'abat

Sur toi comme une proie

 

**

 

De deux mémoires

 

Tu t'approches du feu

sa flamme est tantôt bleue

tantôt vert émeraude

peut-être de la pourpre marine

dans l'arc  noir des paupières

 

Que serait d'autre le poème

sinon un visage mouvant

un clin d'œil  émouvant

masque  ouvert comme une main

ramures de chèvrefeuille enlacé

senteurs entêtées d'un soir de mai

entre deux mémoires

le jeune homme tenant tout  tremblant

dans sa main à travers le grillage

un sein qui palpite tel un oisillon éperdu

le quinquagénaire blanchi tout aussi perdu

dans les arcanes de l'attirance

 

Tu 'approches du feu

 mais la braise veut-elle de toi

dans le cercle de ses blessures

de ses destins implacables

 

**

 

Darwish 
                                                                 à Anne

 

 Paroles en train

 

Pourquoi faudrait-il avouer

Que l'on a vécu

Preuves de vie

Stigmates

Murmures au creux de la Mort

Déjà en lignes de fuite  la cité

Les rails

Dévident des  songes posés

En devinette au  mistral

 

Marseille se tend de toute notre Dame-de- la Garde

Noyée dans une brume solaire

 

Les morts dorment-ils vraiment

On aime à le croire

Ils sont pourtant  poussières dans la terre

Le poème  pousse ses illusions

Tel le vent  le fait des nuages

Un cirque céleste

 

La Provence a un air de Galilée

les pins droits dans leur tristesse

des cimetières que l'on ne voit plus

 

André nous a dit les leçons de Hourriya

Le Galiléen   aimait la Provence

Anne se demandait pourquoi il ne parlait la langue d'Eluard

Par égard à sa mère 

Ou faute d'une Elsa

 

Il voulait égorger sa jument en plein Paris

pour une Etrangère

 

Il est parti vers son étoile des arènes d'Arles

Le sang de Vincent n'a pas encore séché sur les toiles

Des soleils déments roulent dans le mistral

Les oranges de la saison prochaine auront

 

Un goût d'outre-tombe

Les rails semblent piailler

Comme des corbeaux prophétiques

C'est d'eux que les hommes ont appris l'art des funérailles

 

Le Galiléen  nous abandonne

à  Nostradamus

 

Le mistral souffle

Souffle jusqu'à Ramallah

 

 Je reviens de Salon

 

C'est maintenant que commence

Le règne du Maître tourneur

Dans le monde invisible

De l'Indivise parole

 

Inédits, extraits de « Tout passe... »



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Published by Baglin Michel - dans POEMES
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