Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : TEXTURE
  • : Site comprenant des comptes-rendus de lectures de livres: recueils de poésie, de nouvelles, romans, essais. Et diverses informations sur la vie littéraire.
  • Contact

LES AUTEURS

 

Recherche

REVUES & EDITEURS

Archives

Categories

1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 17:05

Quelques poèmes
de Claude Saguet

 

 

 

Le poète toulousain Claude Saguet qui nous a quittés en septembre 2005, avait 69 ans. Discret, il avait peu publié - une dizaine de recueils - mais son écriture ramassée, d'une violence contenue, l'avait fait remarquer dès son premier recueil,  L'œil déserté (1971, réédition en 1980 au Dé Bleu éd.). Lui ont succédé  Xambo et les Barbares (1980), Terres de fièvres  (1984), Le sud (1991), Distances (1992), Profils (1994), L'espace de la nuit.(1996). 

Texture lui conscre un dossier qu'on peut lire en cliquant ici.


Voici également un choix de poèmes.


 

 


D'un trottoir à l'autre on perd un ami. L'aube tendue des grandes villes, la foule brusque, les rues le reconduisent toujours au premier rendez-vous ; lui confèrent une pureté devant quoi ne résistent ni le reflet de nos plaisirs, ni l'ombre de nos jours.

Pour avoir refusé d'aller avec le vent, combattu l'ombre jusqu'à la rage, ses fenêtres ouvrent sur l'exil. Mais lui ne veut se souvenir que de ce grand battement d'ailes ; que de cette bête fabuleuse que nous appelons Poésie et qui l'attend, pieds et cœur nus, sur une route de couteaux.

 

*


Poème, j'ai habité le Cri. Me reconnaîtras-tu tout bruissant de tes mots et debout dans leur force ? Amené toujours plus loin de la plus pure image, je me suis souvenu - les soirs de grand froid - des horizons battus en quête d'une luciole.

L'ombre était grise vers les bras, et toujours étrangère à l'alphabet de l'homme impatient d'une clarté à l'autre bout des choses.

Maintenant que la lumière change la couleur du ciel, que les sommets du cœur ne sont plus enneigés, me reconnaîtras-tu si je passe en silence dans la claire épaisseur d'un buisson de paroles ?

Poème, ce cri d'ailleurs et notre veille pour dire qu'il reste au plus large des années de nos longues fuites parallèles.

 

*

 

à Pablo Néruda

 

Il suffira

qu'une guitare se souvienne,

que l'ombre de nos cœurs

tourne comme un collier

pour qu'un chant sur le ciel

recommence le jour

soutenant tes racines

au nom de la lumière.

*

 

Poète,

la terre nous limite.

Et ce qui nous sépare

 contribue à la nuit

qui disperse les chemins

pris à l'envers des arbres

et plus doux à connaître

qu'ils inventent l'espace.

 (Extraits de Choix de poèmes. Texture, 1980.

 

 


  

Débris

Je porte en moi un cri d'usine
(et s'altère le sens du jour.)
Des trombes minutieuses,
l'égal d'une déroute.
Je porte aussi
un soleil vide,
les éperons du vent,
l'horizon du voyage.

Un nom, une ombre,
des voix froides,
Toute vie détruite à l'instant
Et qui savoure la mort
sur ma langue.

(Xambo ou les Barbares. Multiples,, 1980)

 


 

Il faudrait dire la ville

Limitée par ses murs,

Régie par les barrières

Que les ponts écartèlent

Et que la boue accable

De tout ce poids furieux

De maisons et de rues

Où je passe, feuille errante,

Plus secret qu'une cave.

 

 



A ma mère

Mon délire vient
d'un grand orage,
d'un lieu inexploré
à l'Est de l'Angoisse.

Tendresse verte aux carrefours
je le retrouve, couleur d'émeute,
en de lointains faubourgs
noyés de linges tristes.

Le soir peut faire la roue
quand j'écarte les branches,
ou vêtir de neige
la soif des oiseaux,
il assiège mes oreilles
plein de détonations.

En vain la mer efface
le bleu sourd du brouillard,
et griffe de ses sources
les filets de la pluie,
il balise d'injures
la nuit qui me ressemble.

Mon délire vient
de mille chaînes
coulées dans le regard
où tout se contredit.





















(Terre de fièvres éditions Tribu juin 1984)

 

 



Tu me parles,

je suis loin de toi.

Je te parle

et tu es loin de moi.

Et tu me comprends !

Séparés nous nous entendons.

Nous regardons l'un vers l'autre.

Ainsi

tes yeux qui passent

franchissent obstinément

ces rues interminables.

Ainsi

ton visage qui passe

lui aussi franchit les brumes :

ces denses haies de roseaux gris,

ce grand fleuve imaginable,

cette plane route en pointillés

devenue folle d'étendue.

J'effacerai ces distances inscrites

sur nous comme sur nos villes.

J'effacerai ces villes séparées.

Tu sais

cela demandera des siècles

Mais on aura la patience de l'aube,

la confiance des graines...

on aura tout le temps.

(Distances. Prix de l'Encrier. L'Ancrier. 1992.

 




                                                             à Jean-Pierre Metge

 

Il n'aura pas de chant,
encore moins de musique.

Une voix d'homme assourdie
posera des questions,

ouvrira un passage
dans les années d'enfance.

Et ce bruit de paroles
aiguisées de hantises,

cette poussière d'échos
sur le tranchant des lèvres

traversera les bleus
de la maison secrète

triste comme ces lumières

         appuyées sur la nuit

et qui ne savent pas,
une fois tuées les ombres,

         l'espace à déchiffrer

pour mieux être nous-mêmes.

(L'Espace de la nuit. Le passe-Mots 1996)

 





Poèmes inédits

                                                                                                         


                                                                          à Michel Baglin

 

 

Midi campé

Dans sa blancheur compacte,

La ville regarde

Passer son ombre.

 

*

 

Agitée et tendue

Elle pousse au désordre

Et sa ruse consiste

A vider le regard.

 

*

 

Cette ville est une injure

qui s'inscrit dans les yeux,

une chose sauvage,

un combat de toujours.

Longue est sa course

Sans chaleur,

Fulgurante l'atmosphère

au soleil des fièvres.

Et on attend docile

écaillé de naufrages,

que le jour suspendu

au balcon du vertige,

tourmente la lumière

d'ombres inaccoutumées.

 

*

 

La ville se dresse au loin

ou s'étend prodigieuse.

Qu'une colère de couteaux

frange de froid sa lumière

ou dessine ses contours

embrumés de chaleur ;

la ville

- sans cesse éteinte,

sans cesse rallumée -

sait l'ombre de la veille,

l'heure qui nous reflète pour mieux nous envahir.

 

*

 

Nous marchons incertains

de nos regards rapides,

cherchant au fil des rues

un lointain souvenir.

Les trottoirs

soulignent nos pas ;

les vitrines se renvoient

de multiples visages,

et le soir qui ondule

sur cet ordre fragile,

déverse ses lumières

sans jamais s'essouffler.

*

 

Qu'ils se perdent dans les sables

aux lumières mouvantes

ou empruntent hésitants

d'imprécises distances,

les pas ajoutent aux pas

qui mènent autre part,

les gestes lents des morts

fleurissant notre exil.

 

*

 

 

Poètes,

j'aime ce que vous dites

du monde autour de nous,

de l'arbre où prendre appui.

Et parce que le printemps est un peu de cet air

traversé d'hirondelles descendues de la lune ;

parce que la solitude

ou bien un souvenir

se fabrique des mains

qui vibrent et vous reflètent ;

le jour vous laisse franchir

ses miroirs impassibles

et vous suivre brûlant

de vos métamorphoses.

 

*

 

Toute la terre

dans un éclat de siècle,

de racines mises à nu

ou serrées dans l'amour,

à grands pas

s'approche du poète :

ses mots courent en rafale

ou désignent tout bas

le souffle qui le porte.

Et les hommes qui l'accompagnent

après avoir longtemps erré,

vécu du rêve et du réel ;

tous en silence à cause des peines,

cherchant des signes,

des syllabes,

joignent leurs pas de loup

à sa voix d'ombre pure.

 

(Extraits de Lieux Majeurs. Inédits).


Pour lire le dossier consacré à Claude Saguet cliquer ici

Partager cet article

Repost 0
Published by Baglin Michel - dans TEXTES
commenter cet article

commentaires