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Site comprenant des comptes-rendus de lectures de livres: recueils de poésie, de nouvelles, romans, essais. Et diverses informations sur la vie littéraire.

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Antoine Carrot, quelques poèmes

Antoine Carrot :
quelques poèmes



Au printemps de 1989, j'ai reçu et publié (parce que j'avais aimé qu' « une syntaxe d'automne cherche ses mots fanés ») dans le numéro 33 de Texture un poème d'Antoine Carrot.

Celui-ci est décédé en 1996, mais sa fille Guylaine Carrot vient de m'envoyer « Dans l'illusion de l'aube », un recueil posthume qu'elle a fait paraître récemment aux Cahiers Bleus, éditions Zurfluh. Elle m'a également adressé quelques inédits, car il reste de nombreux recueils d'Antoine Carrot en attente de publication : Les quatre mains du vent, L'arbre nu, Saisons grises, Les équinoxes de l'homme, Mes chants de préférences, Dans l'illusion de l'aube, etc...

J'ai lu, aimé, et effectué un choix, que je vous donne à lire ci-dessous.


Qui était Antoine Carrot ?

Expert-comptable, Antoine Carrot vivait dans le Beaujolais. Il avait publié tôt (premier recueil en 1946) , mais était resté silencieux de 1950 à 1976.

« Ce bon vivant n'est jamais loin du désenchantement, ce nostalgique pose sans cesse ses regards sur l'aube nouvelle, ce silencieux ne cesse d'appeler les mots à son secours. Mais contradictions ou alternances ne sauraient être fardeaux, même si "l'âme pèse lourd" dans ses incertitudes, elles sont essentielles paradoxalement pour nourrir une simplicité qui est la clé même de sa prodigalité poétique », écrit à son sujet Marie Ange Sébasti, qui a préfacé nombre de ses livres.


Bibliographie

Premiers matins, 1946

L'arbre seul, 1976

Des croix sur les murs, dessin de Nicole Spay, Les poètes de Laudes, 1987

Qu'en toi demeure, illustration de Paul Siché, Gerbert, 1995

L'ourisse suivi de Villages, illustration de Daniel Chantereau, La Bartavelle, 1996

Les Silencieuses, illustration de Paul Siché, La Bartavelle, 2002

Le fil du chemin, illustration de Paul Siché, Aléas, 2003

Chemins de sel, illustration de Dominique Daguet, Cahiers bleus, 2004

Soir d'hiver, gravure de Bernadette Planchenault, Empreintes, 2004.

Nocturne, préface d'Anne Lise Blanchard, Librairie-galerie Racine, 2005

Quatre mains du vent, préface Alain Wexler, illustration Jean-Christophe Schmitt, Jacques André éditeur, 2007
Dans l'illusion de l'aube, préface de Dominique Daguet, Cahiers bleus, 2008.


Antoine Carrot a publié ses poèmes dans de nombreuses revues : Plein Chant, Cahiers Froissart, Laudes, Lieux d'être, Texture, Noréal, Jalons, Soleil des loups, Coup de soleil, A contre silence, Artère, Verso, La vie, Dossiers d'Aquitaine, Rétroviseur, ARPA, Friches, Cahiers de Poésie, Le nouveau gong, Passage, Cri d'os, Lefoudulire international (n° spécial France-Hollande) Belgique : Spantole, Regart, Marginales.



D'autres infos sur le site de Guylaine Carrot : http://www.guylaine-carrot.com





Choix de poèmes

 

GAP
La pudeur est ma défense

Certaines envergures me submergent.

Le poing ne frappe que l'apparence des pierres
les croix tracées dans le retardement
des longues insomnies de la nuit
cachent les grincements des volets que l'on ferme.

Une odeur persiste d'où dépend la nostalgie
L'instant est fait d'autres instants soigneusement préservés

Où l'abeille a son miel pour principale offense.


Ce n'est pas prouvé
Mais des feux brûlent sur la colline imaginaire
il faut le savoir puis secouer la cendre
devenir la pointe aiguë que la blessure protège.

Extraits de « Les Silencieuses », La Bartavelle éd.


**


Ponctualité de la distance


Demandeurs de gestes nouveaux
Visages de neige où des automnes s'éteignent. *
Les virgules non placées aux mains des feuilles rouges
Multiplient l'exigence ou l'écart
L'inconstance devient la tranquillité
La plainte et le vent *
Des murailles disparaissent dans leur propre écho.
Tant l'existence avec un reflet se confond
Et l'eau n'est pas où nous l'avons cherchée.

Extraits de « Chemins de sel », Cahiers bleus

 


**




Libertés.


Une aubaine

A ne pas confondre avec un souffle court

Des initiatives germent

Il faut leur laisser le temps


De prendre la forme d'un banc

De se transformer en un rebond de cloche


Liberté

Suivre la formation d'un nuage

Et trouver la paix dans une absence de signes.



**


Quitter la main

Devenir l'ondulation du ruisseau

Correspondre à l'humeur du vent

Dans l'innocence du verger.


A bout de bras cueillir un mot

L'offrir sur un autel de lumière et de roses

Comme l'évidence du chemin.


Déposer les projections factices

Qui donnent d'inexactes représentations

Feux qui se brûlent eux-mêmes sans nous laisser de cendres


Des programmes de sel faussent les perspectives

Méfie-toi des bornes

Elles peuvent devenir les faiblesses de ton œil



**


Des gouttes de bruyères et de colchiques

Proposent les dimensions d'une saison perdue

Ecoute les tomber une à une

Dans un silence d'avant-garde

Et parfois si la chance est avec toi

Prends l'une d'elles.


A travers cette unité

Cristal hors des définitions

Découvre un autre aspect des choses.


Ainsi devrait être une âme

Si nous pouvions la conquérir.



**


Impératif d'attendre


D'une image brève à peine taillée

Dans la fugitive interrogation du vivant

Ne déplore pas la fuite rapide

Car le temps c'est toi qui le fixe

Il agit par rapport à tes indécisions

Et si tu l'entends sonner angélus des nuits prochaines

Félicite-toi de la précision de ton oreille.


Un berger des moutons des cols de contrebande

Le soleil reporte au lendemain

Des attestations de présence

Des ombres longues ouvrent

Un domaine privilégié de délires visuels

Où le buisson se mélange à la pierre.


Les mains le long du corps

Plaquées sur tes silences

De ton mystère retiens

Une équation d'ombre et de vent.


**


Dans le jardin


Le poète a cueilli ta sécheresse intense

Donne-lui la fontaine comme on donne un verre

Toi qui semble immobile.


Ton absence de gestes est une absence de vent

Epouvantail dont le doigt se pointe

Vers des heures incertaines.


Donne sans retenue

Même ce que tu ne possèdes pas

Par souci de conserver l'essentiel

Au-dessus des reflets narcissiques.


Donne par tes yeux vides

Donne par tes mains sans fin décisive

Tes leçons de soleil et d'espace.


**


Dans la nostalgie somptueuse du fleuve

Je cherche un vertige où les ponts de pierre

Deviennent une tendre éclosion

Reçue donnée par la lumière des berges

Et par les pas de tous les isolés.


Une renaissance écrite en lettres bleues

Sur les candides printemps de la mémoire

Qui se nourrit de neige et de graines enfouies


Un parcours protégé dont les allers retours

Passent du soleil à l'ombre

Par une volonté si diffuse

Qu'elle s'oublie dans la brume des lampadaires.


Les murs gris de la ville se referment

Sur des sommeils d'enfants

Un dernier soleil illumine un ciel d'ouest

Où notre destin s'écrit au participe passé.


Extraits de « Dans l'illusion de l'aube », Cahiers Bleus, éditions Zurfluh  



Tu poseras le bouquet

Au croisement des chemins

Le silence entre deux poussées du vent

Eparpillera ta présence

Et mélange de galets et de soyeuse incertitude

De l'ondulation des blés un bruit de mer naîtra.


Ne dérange pas l'ordonnance

D'une explosion colorée

Pose ton bouquet sans complaisance

Deviens un geste simple

Deviens l'épilobe la jonquille ou l'églantine.


Signes de vie de tes carrefours

Un calvaire une croix

Une simple pierre levée

Une borne quelconque où l'homme

A déposé quelques repères.


Ne cherche pas à comprendre l'éclatement des chemins

Ton bouquet n'est pas leur conséquence

Mais le nœud qui contient l'unité du vivant.


**

 

Rustiques


Du pain un simple pain de ferme

Sur la toile cirée d'une longue table

Ou le saucisson dont l'odeur aigrelette

Conduit au litre de vin à peine entamé.


Des ensembles à portée de la main

Un regard de chat surpris dans l'infini des paupières

Un couteau la cuillère

Un bol une horloge et le village

Qui referme ses volets avec la précision

Que l'on attend des gens d'ici.


Un angélus clairière du temps vivant

Coule avec de petites secousses

Le long des pentes jusqu'au ruisseau

Jusqu'au geste achevé qui le récompense d'être.



**


Un cœur simple une bruyère au poing

Signe d'automne où les sources se taisent

Dans l'attente des neiges.


Moisson faite les terres s'allongent

Les vergers ont perdu leur raison d'être

La longue litanie des brumes échappe au passage

Des soins d'aube

L'incertaine proposition du colchique

Noue la ceinture des saisons insaisissables.


Votre soyeuse exactitude ô vol de mes hirondelles

Découpe au pochoir des symboles

Une syntaxe d'automne cherche ses mots fanés.


Bientôt dans la fluidité calendaire

Qui fixe Noël au coin du feu

Il faudra parcourir l'hiver

A pas d'ombre et de vent

Et frapper d'un doigt précis à l'angle des portes closes.


**

 

Infraction du réel


Nullement égaré sur l'évidence des choses

Source et parfois aboutissement

L'objet

Tel qu'en lui-même un rêve l'a défini.


Porteur de l'attention de l'homme

A la jonction de nos certitudes

Par la volonté fructueuse

Par le silence et par le mot fontaine

Qui coule dans le désert du non dit.


Levier des forces irrespectueuses

Au bout du geste comme un éclair

Doublant la mise

Incarnant la prescience de l'ouvrier

Dans la rigidité de l'acier

Et la souplesse relative des bois choisis

Aux temps de lune.


Désir et nécessité

Vivant de la vie des autres

Fleur et fruit de la matière

Négligeant les contingences

Pour devenir une étoile au pied d'un établi.


Extraits de « D'ombre et de vent », inédits

 

 


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