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Site comprenant des comptes-rendus de lectures de livres: recueils de poésie, de nouvelles, romans, essais. Et diverses informations sur la vie littéraire.

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Humeur de partage


Passe-mots et passe-poèmes.

 

« Donner un poème à l'autre », tel fut le mot d'ordre, ou plutôt le mot de passe du Printemps des poètes pour le mardi 10 mars dernier, chacun étant invité à glisser un poème sous toutes les portes, au travail, à l'école, dans la rue... Les agents de la SNCF, de la Ratp, les postiers ont contribué à cette circulation des mots. Cette initiative - qui a le mérite de replacer la poésie dans sa vraie dimension, celle de l'échange - me rappelle une autre initiative que nous avions prise il y a quelques années à Toulouse à l'occasion du 1er Mai : nous étions quelques auteurs, chanteurs et comédiens réunis dans l'association du « Passe-mots » qui avions choisi de distribuer des poèmes en marge du cortège de la manif et d'en suspendre d'autres à une corde à linge dans un square du centre ville. J'ai retrouvé des photos de l'époque et un texte que j'avais publié dans la presse ; les voici.
 


Le Passe-mots distribue des poèmes à Toulouse le 1er Mai, avec le comédien René Gouzenne, les poètes Claude Saguet, Jean-Pierre Metge, etc.



« Vous les donnez, vraiment ? »

Visage étonné de la dame, qui s'illumine d'un sourire. D'autres se montrent plus méfiants : la gratuité, ça n'existe plus, il doit y avoir anguille sous roche...

Pourtant, non ! En ce 1er mai à Toulouse, les écrivains, les chanteurs, les comédiens de l'association du Passe-mots n'avaient rien à vendre. Paroles données, poèmes offerts : ils étaient descendus dans la rue pour l'échange, distribuant la poésie comme un tract, ou un brin de muguet. Fleurs de mots, rouleaux multicolores, noués d'une ficelle, ballons calligraphiés...

D'aucuns nous jugeaient gentiment naïfs et ils n'avaient peut-être pas tort. Mais nous étions heureux d'adresser ainsi un pied de nez au sérieux. Depuis le temps que la poésie souffre d'une approche médiatique déformée, qu'on ne parle d'elle et des poètes qu'avec des trémolos dans la voix, pour finalement les reléguer dans un ghetto ! Les mythes sont peut-être nécessaires à la communication, ils sont aussi réducteurs, et la poésie, selon nous, avait tout à gagner à s'en affranchir... D'ailleurs, la littérature n'est pas affaire de barbons, il y faut beaucoup d'enfance qui pousse au cul de son cortège...

Nous avions ainsi fait fleurir plus de deux mille poèmes aux terrasses des cafés, sur les bancs du square Wilson, place du Capitole ou aux abords de la manif du 1er-Mai. Et, la surprise passée, l'initiative avait reçu un accueil des plus chaleureux. « Je peux en avoir un autre ? » : ils étaient nombreux à demander du rab après avoir déroulé le parchemin qu'on leur avait tendu. Pour découvrir des mots écrits juste pour le plaisir et l'émotion. « Quand un poème vous a trouvé... »

Au milieu de la place du Capitole, des touristes s'étonnent. « C'est magnifique, la Ville rose, en plus du soleil on est accueilli avec de la poésie ! »

Un monsieur s'approche timidement du petit attroupement : « Moi aussi, j'écris », confie-t-il. Ailleurs, c'est une dame qui sort des feuillets manuscrits de son sac pour avouer : « Je ne les ai jamais fait lire, mais ce que vous faites m'a donné envie de vous les montrer... »

Approche réductrice de la poésie ? Bien sûr ! Moins cependant que la représentation convenue du poète, qui le voue aux choses « éle­vées », à un « ailleurs » onirique, à de suspects « dons de voyance » ou à l'inévitable « évasion » et à la fuite des contingences ordinaires. Cette image d'Épinal héritée du XIXème siècle, renforcée par l'hermétisme complaisamment cultivé chez certains contemporains, nous la pensions à l'origine du malentendu entre poésie et opinion parce qu'elle décourageait a priori tout mouvement de curiosité de la part des lecteurs potentiels. Il nous semblait les entendre nous demander : « Si l'expérience de votre Poète-majuscule, sa sensibilité, voire sa nature, sont aussi radicalement différentes des nôtres, en quoi nous concerne-t-il et qu'a-t-il à nous dire ? »

Nous ne savions répondre qu'en leur opposant une « poésie du quotidien ». Non pour célébrer nos heurs et malheurs journaliers, mais pour rappeler que la poésie procède de l'homme ordinaire, nous inspirant en cela du manifeste de Brindeau et Breton qui prônait une « poésie pour vivre ». 

Approche réductrice ? Peut-être. Mais nous savions aussi qu'il y avait eu une campagne de reproduction de poèmes dans le métro parisien et que les seules affiches épargnées par les graffitis étaient justement celles-là...

Square Wilson, sous les yeux de Goudouli, nous avions donc accroché une corde à linge entre deux arbres et y avions épinglé des poèmes qui séchaient au vent. Les badauds choisissaient. « J'aime bien celui-là... Je peux l'emporter ? » Bientôt, il n'y avait plus eu un passant qui ne tienne en main son petit rouleau de couleur, son instant d'émotion. Gratuit et néanmoins précieux, personne ne le confondait avec un prospectus !

La preuve ? Nous n'en avons pas retrouvé un seul par terre...

Michel Baglin

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Printemps des Poètes : http://www.printempsdespoetes.com/

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