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Jacqueline Roques fait entendre sa petite musique
Que Jacqueline Roques ne nous fait-elle entendre plus souvent sa petite musique nostalgique, douce et sensuelle ! Mais elle inscrit ses publications, comme son écriture, dans un temps qui semble celui de la lenteur conquise, le temps de l'écoute et du regard. « Elle faisait parfois le compte de ceux qu'elle avait vu naître, perdre leur temps et disparaître », note-elle avec une sorte d'ironie détachée.
« La Note bleue », tient les promesse du titre : une tonalité mélancolique et charmeuse à la fois, où la tristesse souvent poignante n'interdit pas une grâce légère du style et des évocations. « Sa souveraineté est celle du langage », écrit-elle au début d'un poème en prose où elle se souvient des lèvres arrondies sur le mot amour. L'alchimie secrète de ces mots impérieux la tient, même si au bout du compte ses « nocturnes » l'amènent au petit matin à « des phrases que probablement personne ne lira ».
Mais on lit celles de Jacqueline Roques avec un plaisir renouvelé parce qu'« elle voit, elle entend, elle sent, elle sait », parce qu'elle évoque les volets bleus, la « pluie noire sur un cerisier mort » et celle de matin qui lustre le néflier, les chattes alanguies, les frôlements d'ailes et les odeurs de glycine et de seringua...
Il y a dans ce recueil des accents désespérés, certes, quand elle évoque le passé irrémédiablement enfuis, l'âge qui isole ou cette lucidité qui lui fait écrire : « Il y avait toujours beaucoup d'enfants sur la place, ils imaginaient la vie, apprenaient avec application ce qui un jour ne servait plus à rien ». Ou encore : « Elle n'a rien construit et ne lui restent comme preuve que des objets auxquels elle ne tient plus. » Mais il y a aussi l'énergie vitale
d'une femme qui a vécu « en grand secret entre harmonie et fureur silencieuse » et s'en souvient. Et qui sait choisir les mots pour dire comment « elle s'est coulée dans la vie comme une larme glisse sur la joue, laisse une fine brûlure. »
(64 pages. 11 euros. Rougerie éd.)
Michel Baglin
Jacqueline Roques et Henri Heurtebise : une lecture croisée