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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 18:22
Un cynisme décapant
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Paru en 2007 à la Table ronde, ce deuxième roman de Michel Monnereau vient d’être repris en format de poche chez « J’ai lu ». Bonne pioche !

 

 

  « J’aspirais à un sommeil sans fond qui drainerait la fatigue en quelques heures pour me rendre neuf à l’aube prochaine. Ah ! se réveiller sans mémoire, prêt à se coltiner la grande farce du monde et trouver ça normal »  : voilà le ton volontiers désabusé de ce retour au pays natal raconté à la première personne. Le narrateur, Bernard, a roulé sa bosse sur la planète durant plus de quinze ans pour fuir la vie toute tracée (37,5 annuités avant la retraite…) qu’il voyait avec horreur se dessiner devant lui. Sans savoir vraiment pourquoi, l’envie de rentrer en pays charentais l’a pris un beau jour – celui où le roman de  Michel Monnereau commence. Et le constat est immédiat, « le monde a rétréci »
Sa mère ne le reconnait pas, son père est mort (et on l’en tient pour responsable), sa sœur est mariée à un beauf, leurs deux filles se demandent qui est ce drôle d’énergumène venu tout droit de 68 et de la beat génération… Pas de quoi sauter de joie après ces retrouvailles, d’autant que Bernard ne veut consentir aucun effort pour rentrer dans l’ordre, se contentant de cloper et de boire des bières en contemplant le désastre de la vie ordinaire. « J’étais devenu l’émigré de ma vie », se souvient-il ; mais rien n’a vraiment changé et il ne voit vraiment pas comment il pourrait réanchanter le monde ! On assiste donc à cette halte provisoire en terre trop connue durant laquelle Bernard réactive sa révolte, donne à sa nièce l’envie de partir, et dérange tout le village par sa seule présence, qui évoque le voyage et l’ailleurs…
Le regard du narrateur, et par voix de conséquence le style du roman, ne manquent pas d’un cynisme décapant, assorti d’un esprit toujours à la charge. Calembours, jeux de mots, ironie froide ne cessent de remettre le monde à sa place, de renvoyer les illusions à la niche. Derrière ce désespoir poli par l’humour plutôt noir, des tendresses risquent parfois un museau pudique. Les vies parallèle du fils et du père, du fils et de la mère, se rencontrent peut-être derrière l’horizon de la mort, en tout cas on se prend à l’imaginer quand Bernard déplore : « On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas reçu » et dit quelque part son « besoin d’amour ».
Qu’importe cependant, car tout le charme de ce roman qu’on ne lâche pas d’une page tient à son style, à cette façon incisive de raconter la vie des gens, à cette façon sourde d’en laisser deviner les tendresses et le désarroi.

Michel Baglin

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Published by Baglin Michel - dans CRITIQUES
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