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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 17:30

Dominique Sampiero :  

« Le maître de la poussière sur ma bouche »

sampiero-maitre.jpgLe titre, certes énigmatique, de ce court texte tenant à la fois du récit et du poème en prose, est exp licité dès l’ouverture. Le maître est un vieil homme taiseux, le grand-père, menuisier de son état. La poussière sur la bouche du narrateur est celle des mots tombés en ruine après sa mort, brutale, au beau milieu des poireaux et carottes de son jardin : « Un matin, le vide que fait le silence dans la bouche du vieil homme entre dans la bouche de l’enfant. Au fil des jours, les mots tombent en poussière sur les lèvres de l’enfant, avant même qu’il parle, avant même qu’il lise ou qu’il écrive ». Il ne sera pas trop d’une vie d’adulte pour reconquérir à la fois le langage et le silence et, au bout, un peu du monde.
Au village, on appelait le grand-père « la planche » et sa femme « le silure » (« aimer c’est donner un autre nom, un nom qui nous ressemble »). Cette évocation poétique de leurs gestes et de leur patience se confond avec celle de l’Arbre, de l’écorce et de la forêt, une vaste métaphore pour dire quelque chose comme une immersion dans la nature, une découverte de la sensualité (l’adolescent apprend que « jouir se frotte sur le trou de pic vert caché sous les jupes des filles »), une harmonie peut-être trouvée, en tout cas rêvée quand le narrateur peut dire : « dans aubier maintenant j’entends aube ».
Un art de vivre, loin du consumérisme, se dévoile dans l’immobilité frémissante de l’arbre, qui est un possible miroir de l’homme. « En travaillant pour acheter l’espace et le temps, chacun de nous oublie de regarder », rappelle Sampiero. Mais au terme de ce court et beau livre (70 pages), on éprouve le sentiment qu’une leçon à été reçue, la vie s’étant enrichie quand « tout ce qui n’est pas dit remplit d’une eau fraîche le puits de mon cœur ».
(Lettres Vives éditions. Frontispice de José Pini. 13 euros).

 

Le portrait de Dominique Sampiero ici

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Published by Baglin Michel - dans CRITIQUES
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