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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 16:26

Jean-Pierre Sautreau & Jean-François Bourasseau :  

« Les dérives immobiles »

Jean-Pierre Sautreau et Jean-François Bourasseau signent avec « Les dérives immobiles » un remarquable livre chez Soc & Foc, qui est pour moi un vrai coup de cœur. Le premier est plasticien, le second poète. A l’origine des tableaux du premier, des photos. Un bout de mur fissuré, un coin de bar, une banquette, un pan de wagon, un reflet de soleil sur des dalles, un ventilateur, une sonnette sur un coin de porte… L’image est retravaillée par le peintre, au pinceau, aux ciseaux, au crayon. Marouflée, découpée, augmentée de divers éléments, elle devient ce tableau dont le poète s’empare pour le « lire » à sa façon, le baptiser (et les noms importent ici beaucoup), y trouver des passages, des connotations, le nourrir de références littéraires (des citations et des évocations d’auteurs divers peuplent les poèmes), lui inventer des résonances, magnifier ses polyphonies.
L’exercice en soi n’est pas nouveau, qui associe deux artistes et confronte deux approches artistiques. Mais les palimpsestes et autre « mue polychrome » de Bourasseau créent un univers à la fois hyper-réaliste et abstrait très « parlant ». Quant à l’écriture de Jean-Pierre Sautreau, riche, inventive et malicieuse, elle joue elle aussi, et tout en souplesse, de toutes les polysémies pour offrir ces proses moirées, goûteuses, qui réjouissent l’intelligence comme la mémoire sensible. Écoutons-le : « Très tôt, on a perçu qu’on pouvait botter mille chas traversiers dans le guéret des mots, gagner par tous les petits ruisseaux de la langue bien des vies. Marcotter nos havres et les bouts du monde. » Lucien Suel a raison de saluer dans cette « poésure-peintrie » un ré-enchantement du monde.
Mais il faut encore noter que ce livre comprend une seconde partie constituée des échanges de courriels des deux artistes durant la période où ils créaient ce dialogue mots/images. Et la encore, sens et malice fusent à chaque ligne, alors même que l’un et l’autre évoquent leurs maladies réciproques avec un humour tonifiant. Tout cela crée une succession de métamorphoses et une circulation souterraine (utaupie ?) d’images et de poésie qui emportent l’adhésion. Et ce beau livre ne coûte que 12 euros !

(64 pages - Quadrichromie - ISBN 978-2-912360-73-1 Soc & Foc éd. http://www.soc-et-foc.com)

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Published by Baglin Michel - dans CRITIQUES
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