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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 17:19

Des poèmes que j'aime

Roland Nadaus 

 

L'invention du Passé

L'invention du Passé commence avec notre amour : exister n'existe qu'au présent de toi.

Avant-toi est sans Histoire : dans le Pré-Cambrien de l'Enfance dans le Paléolithique du Baiser je n'étais qu'un fossile vivant.

On nomme cela « Préhistoire » moi je le nomme « Préhistoire de Toi » : quand tu parus le Passé prit soudain sens il partait de toi et menait à nous.



L'invention de l'Écriture

L'invention de l'Écriture date de l'invention de t'Aimer c'est prouvé : il y a des bêtes qui hurlent qui dansent ou qui puent pour s'attirer l'Autre - moi c'est en torchant des pages blanches que j'accomplis le rite : autour de moi en moi ça grouille de mots de sens de non-sens des sons encensent le silence et l'empuent comme mes phrases bavent leur encre à la manière des escargots - sur ta peau. Je suis un homme pariétal.

Même quand je n'étais pas encore moi - faute de toi - je crachais déjà l'ocre en sarbacane sur la roche ou bien j'y griffais à doigts nus la voix sans écrits de l'Amour. Toutes les grottes t'annoncent.

Toutes mes grottes témoignent de toi.



L'Invention de la Tendresse

L'invention de la Tendresse ne se date pas c'est comme celle de la Roue c'est comme celle de l'Enterrement des Morts - de toute façon depuis le Début nous sommes trop fatigués de porter tout seuls notre corps.

Et cependant tous deux nous voulions continuer de marcher ensemble et ensemble et plus loin encore - et pourquoi pas jusqu'à ces villages-mirages qui foutent l'horizon là où le Soleil est trop lourd pour les épaules de la Terre.

C'est ainsi que nous avons inventé Ce-qui-allège : on ne l'appelait pas encore Tendresse - mais c'était comme une roue d'amour : plus rien n'était lourd ni cruel et la mort s'enfuyait à tire d'Elle et nous étions immortels d'ainsi nous aimer.

Certains prétendent que Tendresse est le nom de cendres du Désir : pauvres fumeurs de Carbone 14 ! Décidément bien des animaux disparus en savent plus que vous sur l'Amour.


L'Invention de la Roue

Et puis un jour tu m'inventas la Roue - et marcher nous devint impossible : l'Amour roulait en nous sur nous entre nous contre nous tout autour de nous partout jusqu'au tournis jusqu'à l'ivrognerie nous nous roulions dans l'Amour.

Cerclés l'un à l'autre roue de feu au-dessus du Bourbier nous vivions un amour solaire - embrasés nous étions le Moyeu du Monde : c'est nous qui ordonnions le Jour et la Nuit. L'Univers tout entier ne tournait que parce que nous nous aimions en son centre immobile - comme nos sexes unis : nul va-et-vient sacrilège en ce Manège oh j'en ai vu des dieux jaloux de nous qui se frottaient en désordre pour une ombre d'étincelle !

Mais à la fin la Roue s'arrête qu'on croyait à jamais lancée : nous ne sommes plus des dieux - mais seulement des amants et encore : la Roue-Rosace n'est qu'un vitrail. Qui nous masquait l'Eternité.

L'Invention du Poème
Car le Poème s'invente mais ça n'est pas une invention : le Poème est une découverte qui existait déjà - on l'invente comme on « invente » un trésor.
Ainsi on invente des fleurs des fleuves des monts des insectes des îles - et qui sait : des mots ? - qui étaient déjà et bien avant nous - mais ils n'avaient pas d'existence avant qu'un homme les nomme.
Comme on s'invente l'Amour on invente le Poème qui l'accompagne qui l'accomplit le dit le chante jusqu'à l'épuisement jusqu'à la nuit de la nuit : c'était déjà comme ça quand nous étions préhistoriques et qu'on osait enterrer nos morts.
Mais maintenant ça change tout change : les poèmes coûtent trop cher en main d'œuvre - à part ceux de la Veuve Poignet et de ses clients.
« Au Lupanar Médiatique ».

Extraits de "Les Grandes Inventions de la préhistoire". Voir Notice


 


Jean-Noël Guéno


Je lis Malrieu

au jardin

dans la chaleur d'été,

soif épanchée

dans sa maison de feuillages

 

Frondaisons profondes

de la parole

 

Chant ruisselant

au midi

des hectares de soleil

 

Soudain les roses ploient

alanguies

sous le poids de l'été

offertes

au  nom secret

de l'amour.

***

                                   A notre éternelle jeunesse...

 

A vélo dans Nantes endormie.

 
Sac bistre : « Gardarem lo Larzac »,

s'y entassent les vertiges de Reverdy

saisis le matin même

au cours d'Yves Cosson, l'ami.

 
Sac jeté dans la sacoche

flanquée d'un « Sauver les bois,

les talus et les haies,

c'est aussi sauver l'homme ».

- Serait-ce si simple vraiment ? -

 
Je pédale à m'en décrocher

les jarrets

dans la nuit glaciale

amples cheveux au vent

qui me scie les reins

et la pulpe des doigts.

 
Quai de Versailles, au pont,

feu rouge.

Pied à terre.

A l'affiche « Les doigts dans la tête »

de Jacques Doillon.

 
Hasard ?

Je songe alors à vous

qui me ravitaillez

dans mes étapes au long cours

et m'aidez à tenir la route, debout,

malgré les coups de Jarnac

désespérés du passé.

 
Cœurs ouverts.

Dans nos mains le monde à changer.


Extrait de "L'Etoile pour la faim"   Voir Notice 

 

                                 Aux amis Jean Rousselot et Lewigue, in memoriam.

 

 

                                                                       (De retour de Paris dans le TER Nantes - Pornic)

 

                        Sur les vignes vieilles, le soleil décline les intimes variations du bonheur.

                        Un panneau, une vague aubette : un arrêt simple dans les prés.

                        Eaux, chênes, landes, chicots de brûlis, cendres dans le vent.

                        Fermes basses, usées, portes vermoulues encadrées de briques.

                        Rebord de fenêtre : chat docile qui guette l'arrivée de la nuit.

                        Les jardins livrent leur poids de secrets. 

 

                        Une voix enregistrée, aseptisée, égrène la litanie complète des arrêts à venir.

                        Terres en friche, moulin sans ailes dans le squelette des arbres.

                        Auto rouillée, désossée, contre un talus chétif : abri déglingué des poules.

                        Cochons gras dans le sentier boueux des vaches.

                        Lourdeur de la terre, poids de l'heure immobile.

 

                        Le voyage dure une éternité. Le pays semble arrêté. 

                        La nuit même attend, pour s'installer, on ne sait trop quel signe,

                        que n'oseront pas les voyageurs, indifférents.

 

                        Bourgneuf (-en-Retz), vieux bourg de Cadou.

                        Café « Au quai fleuri », sans la moindre fleur qui vaille.

                        La motrice meugle dans le soir.

                        Un ragondin péniche et tangue dans l'étier.

 

                        La mer, enfin, bleu tendre, aux Moutiers.

                        Orange, le disque, sur Noirmoutier,

                        double sur la vitre du train.

 

                        Avant Pornic, La Bernerie,

                        où vous vîntes, cher Jean Rousselot, le 5 décembre 1950,

                        visiter votre ami René Guy Cadou

                        avant son grand départ.

 

                        La vie n'est-elle donc que croisements, arrivées, départs

                        avec des haltes éphémères,

                        comme celle que nous vécûmes hier, à L'Etang-la-Ville,

                        avec notre ami Lewigue, peintre fulgurant, au geste large,

                        au regard vif et clair ?

 

                        Il nous faudrait cheminer au rythme

                        - immuable depuis les années 30 -

                        de ce train desservant, paisiblement, dans le soir,

                        les bourgs assoupis,

                        sans hâte d'arriver au terme,

                        seulement soucieux de vivre et de s'offrir

                        ces paroles qui sont en nous comme des perles.

 

                                                                                                Inédit


 
Monique Saint-Julia

 

 

J'écris des lettres, des lettres timbrées d'oiseaux, de coquillages de l'île de la Réunion, de tortues luth de Guyane, de coléoptères géants. 

La terre est dans ma chair. J'y promène des forêts, des ombelles, des racines allongées hors de l'eau, des saules duveteux. Mois de lune noire, velouté des coulemelles. La cage d'oiseaux ruisselle de pépiements.

 

***

Je croise ces jours d'eau lasse, Toussaint d'ombres, longs nuages effleurant le ciel, regards s'enfonçant peu à peu vers l'obscurité du cœur.

Au loin, la mer creuse sa ride d'horizon.

Déjà viennent les portes entrebâillées des deuils, les mains et bustes penchés sur les tombes. Ciel amenuisé de gris, étang d'eau pieuse. C'est un voyage de tristesse, de sentes noyées, d'arbres défeuillés, quand les lèvres appellent des noms que la terre enferme dans son silence. Un souffle tiède remue les buissons. Plus les jours passent menant la fin des choses et des noms, plus le passé résonne. Détachés des muettes saisons, nous cheminons vers une lumière d'éternité.

***


Dernier jour de l'année. L'hiver est un abandon, un laisser-aller de couleurs, de haies, un dénuement de verger, de feuillages, d'odeurs. Il reste des cages d'oiseaux chantantes dans le bois, de longues flammes vertes et drues des genévriers remplis de petits fruits que l'on suce longuement. 

Je voudrais parler de l'hiver dans la maison, des prés, des arbres, des buissons remplis de givre, dire des mots, comme des bulles lâchées par les truites, des mots aussi légers que des flocons.

 Une voiture mortuaire fleurie passe : jardin botanique inondé de lys blancs, de violettes, de roses, de couronnes de pivoines.


Extraits de Claire-Voie  (N&B ed.)  Voir notice 

 


 


René Char  

 

La contre-terreur c'est ce vallon que peu à peu le brouillard comble, c'est le fugace bruissement des feuilles comme un essaim de fusées engourdies, c'est cette pesanteur bien répartie, c'est cette circulation ouatée d'animaux et d'insectes tirant mille traits sur l'écorce tendre de la nuit, c'est cette graine de luzerne sur la fossette d'un visage caressé, c'est cet incendie de la lune qui ne sera jamais un incendie, c'est un lendemain minuscule dont les intentions nous sont inconnues, c'est un buste aux couleurs vives qui s'est plié en souriant, c'est l'ombre, à quelques pas, d'un bref compagnon accroupi qui pense que le cuir de sa ceinture va céder... Qu'importent alors l'heure et le lieu où le diable nous a fixé rendez-vous !

Feuillets d'Hypnos

 

 



Marie-Claire Bancquart  


Paroles de morts

Sous l'occupation de la vie, nous avions nos heures heureuses. Nous disions groseille à maquereau, pour que notre bouche s'emplisse d'acide, et nous disions profond amour pour y croire, le temps de dire. Il y avait des cueilleurs de jujubes, des successeurs de Couperin, des passionnés de timbres, des téléviseurs encastrés. On ne frappait pas toujours au grand portail, qui ne s'ouvre pas.

N'importe : libérés, on est mieux. On roule sans essence, on s'arrache les plaquettes de poèmes, on se tait comme des graines. Ces fêtes nous sont prêtées par nos successeurs. A leur tour sous l'occupation de la vie, c'est avec douceur qu'ils nous offrent (du fond de leur doute) leurs impossibles.  

          Extraits de "Rituel d'emportement"



Lucien Becker

 

Dès que tu entres dans ma chambre    
tu la fais se tourner vers le soleil.

Le front sur toi de la plus faible lueur

et c'est tout le ciel qui t'enjambe.

 

Pour que mes mains puissent te toucher

il faut qu'elles se fraient un passage

à travers les blés dans lesquels tu te tiens,

avec toute une journée de pollen sur la bouche.

 

Nue, tu te jettes dans ma nudité

comme par une fenêtre

au-delà de laquelle le monde n'est plus

qu'une affiche qui se débat dans le vent.

 

Tu ne peux pas aller plus loin que mon corps

qui est contre toi comme un mur.

Tu fermes les yeux pour mieux suivre les chemins

que ma caresse trace sous ta peau.

 
Lucien Becker  (Plein amour)     Lire le dossier L. Becker


 
Jean Malrieu

Les maisons de feuillages
Ici, c'est un recoin de la grâce où la beauté m'est une épée. Elle a des prête-noms : rosier, amour, rigueur. Derrière le rosier est mon amie. Elle habite ce village, ne ferme jamais sa porte. Comment ? Est-ce ainsi que vous vivez avec votre âme ? Oui. Nous sommes chez nous. Tout est donné : terre et vie avec démesure. Le bonheur y entretient d'étroits rapports avec l'humilité. Une journée ensoleillée est un trésor de pauvre. Je suis ce pauvre. La porte de service chez mon amie s'ouvre sur l'éblouissement. Là, l'espace, au bout d'une longe, piaffe dans le grand arbre. Je tiens les rênes du ciel. La route mène au prodige.

    Jean Malrieu (1915-1976)  Lire le dossier Malrieu 

 

 



 Jean-Pierre Metge

 

 Toujours exilé malgré moi ; toujours en partance. De mes pays du Sud je connaissais surtout les routes qui épousaient les paysages. Depuis peu sont éventrés les territoires de l'enfance, les virages sont laissés à l'oubli. Routes droites, routes communes, routes rapides : ne plus s'attarder au cœur de deuil des coquelicots.

Il reste heureusement des terres indomptables ; paysages karstiques aux calcaires imprimés de coquillages éternels, Causses où l'on peut errer encore jusqu'à perte de vue d'un muret gris à l'autre, à l'entour des dolines et des genévriers.

Plus au sud, j'habite d'autres paysages. Là, la campagne ne m'appartient plus : propriétés privées. En mes vers je parle prisons. Restent les cieux déjà océaniques mais jamais franchement d'azur.

En ce présent de paysans morts, éloigné du Lot, captif des banlieues toulousaines, je n'ai plus où marcher. Alors, par les mots, j'essaie de recréer mes Suds. Ils ont pour eux, mes Suds, la saute d'humeur de leurs vents, leurs nuages, leurs sécheresses, leurs noms de lieux qui rappellent la langue ancienne. Ils ne se veulent pas universels si l'universel c'est l'uniformité fa­de : ils se veulent uniques, riches de leur diversité pour demeurer universels.

Par mes poèmes je suis de leurs luttes déjà perdues d'avance, de leur mélancolie et si, comme eux, je suis triste au quotidien, nous avons au moins l'assurance d'être et pour cela, peut-être, d'être aimés.

A Chemise ouverte éd. 1994



Christian Da Silva

 

 
Poètes
Poètes, j'ai tiré votre nom de toutes les pages maudites
pour le mettre au grand jour des baladins,
au grand soleil des rocks et des ballades.
Vous étiez avec votre foie, vos camomilles
et vos braises qui ne touchaient plus terre.
Vous étiez sous les cuisses de l'albatros,
des plumes plein la bouche
et Baudelaire en deuil sous le manteau,
La Fontaine pissait encore en vos violons
pour des crincrins d'ascenseurs en sous-sol. 

Poètes, j'ai tiré à bouts-mordants
sur vos étoiles tombées du nid,
sur vos cages dorées, sur vos colons malades
de déguster des cocktails-vermifuges.
A l'endroit même où votre peau affûte ses crayons,
je n'ai senti que de vieilles urines,
des vents sans forêts, des forêts sans arbres
et des arbres sans mains.
Vous avez cru que respirer signifiait la lumière

alors que l'essentiel vibrait sous des robes sans mots.
Vous avez cru qu'il suffisait d'attendre
la bénédiction des grands jésus imberbes
derrière leurs naphtalines.
Vous avez marché dans vos livres
avec des syllabes absentes

sans reconnaître les chemins et les rues.

Poètes, j'en ai marre d'être seul
avec vos squelettes sans herbes,
vos icônes qui se lèchent,
vos anges délabrés qui se gavent de morpions
pour se croire sexués,
votre air de ne voir, au-delà de la vitre,
que vos ombilics sans limbes
et vos pauvres haleines sans nuages.

Poètes, il a plu trop longtemps sur vos lignes,
les voici délavées.
Et ceux-là qui ne voient plus
fréquentent d'autres images.
Retroussez vos manches et vos bras,
les haches sont prêtes.

Poètes, je vous aime et vous sors
de vos carapaces inodores,
je vais vous mettre à poil sur la bascule
avant le grand combat.
Il est temps d'ouvrir les sarcophages
où se dorlotent vos bandelettes.
Les grands esprits vont crever, ils crèvent.

Poètes, je vous attends
derrière des mots d'hommes, des caresses de femmes,
des seins plus doux que la paresse d'être seins
des regards où l'enfance se met à en découdre.

 Poètes, je vous aime et la chanson va mourir !

Il est temps de faire claquer vos langues sur un vin neuf
Il est temps de regarder en face
Ceux qui vous tournent le dos,
De les prendre à l'épaule et de crier :

J'ai des mots pour vous,
des parfums de mots, des épines de mots,
des minutes qui pressent.

Poètes, écrivez que le soir a des narines
pour accuser les odeurs
de n'être, trop souvent, que l'ombre des odeurs,
que les gens qui mâchonnent de vieux vers
n'ont rien d'autre à se mettre sous les chicots
et qu'il va bien falloir brûler leur mémoire,
envahir leurs draps sales pour les mettre debout,
face à l'évidente nécessité du poème,
celui qui dormait hier
et se mêlera bientôt à toutes ces mains molles
qui attendent sans savoir quoi...

Poètes, la nuit s'achève de vos lentes grossesses,
gueulez plus fort que les amplis,
mêlez-vous aux saisons, aux faubourgs, aux histoires,
conjurez les solitudes, voici le temps des clameurs,
hors des épaules courbées
hors des partouzes littéraires,
hors des fantômes suppliciés,
hors des miroirs où flirtent vos flanelles!

Poètes, je vous aime,
IL EST TEMPS !

Poètes Christian Da Silva (1937-1994

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Published by Baglin Michel - dans TEXTES
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