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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 18:35

L'Envers du ciel de Jean-Luc Wauthier

 

Né à Charleroi en 1950, rédacteur en chef du Journal des Poètes, Jean-Luc Wauthier, auteur d'une vingtaine de recueils et de romans, vient de publier « L'Envers du ciel » aux éditions d'Ecarts (128 pages.20 euros) .


De toute évidence, la révolte est à la source de la poésie de Jean-Luc Wauthier, comme le refus de « ces vies bien rangées et vomissantes, / où des facteurs incertains / n'apportent que des lettres lues / d'avance ». Refus, probablement lointain, de devenir un des ces êtres qui sont toujours là, « plus ou moins vivants / à veiller veulement sur un pays / de cendre ». La vraie vie aura toujours bien du mal à être quotidienne et l'auteur, quand il se propose de faire de l'écriture, « un partage d'émotions et d'interrogations », n'oublie pas d'ajouter : « dans l'intensité ». Cette intensité dont procède le poème et qu'on croit reconnaître lorsqu'on «envie / ceux qui sont à tu et à toi / avec la vie ».

Mais le quotidien use, « la vie passe et rien n'est dit » et le cœur se glace d'attente. Avec le temps, les pertes irréparables et la solitude intérieure qui grandit, le songe, le repli dans « l'abri obscur » où l'on tutoie la mort deviennent des tentations. Autre figure de la poésie, peut-être, que ces « grands livres de nuit » où se retirer le jour venu... Le poète alors regarde son double « aller son amble, discourir, serres des mains ». Cette expérience de la distance, du retrait, du dépouillement est pour lui source de parole, même s'il « n'a jamais pu arracher le bâillon enfoncé / par l'enfance / dans la gorge de l'ombre ». Elle est une chance : « Reste la solitude extrême / ce mal têtu qui te sauve / et te fait voir à jamais / l'envers du ciel. » 

La « part d'ombre » nourrit pour une grande part la poésie de Jean-Luc Wauthier et cette tonalité plutôt sombre évoque parfois les recueils de Pierre Gabriel. Mais, comme chez ce dernier, il y a l'autre, la compagne, l'aimée salvatrice (« Pour toi / je maintiens l'arc du poème / au-dessus de la lumière des jours »).
Et c'est encore - toujours - le partage qui sauve un peu de sens, comme avec cette femme à la fenêtre de son HLM entraperçue depuis le train en marche : « Sur l'horizon possible / plane l'échange / du regard / et du don. »
Le recueil se clôt donc sur un « retour à la lumière », alors que « la part d'ombre / tombe / de l'autre côté du ciel. » Alors que la dépossession est acceptée (« Va / te survivra / toute l'abondance du monde »)  et que la silhouette douloureuse « d'une enfant qui veille dans le noir » et qui traverse le recueil semble devoir ouvrir la porte de l'avenir, une belle injonction est faite aux proches : « amis, soyez le vent »

Michel Baglin 


Le poème ne peut jamais, sous peine de vacuité, trouver sa source dans l'effusion, mais bien se découvrir par une active réflexion ,soudain brouillée, comme parasitée par les émissions secrètes du songe. C'est à l' exact endroit où la réflexion, toujours aiguë et encore perceptible, va s'effacer au profit de l'imaginaire, que se dresse l'instant du poème.

L'envers du ciel

 

 

Deux poèmes de J-L Wauthier,
extraits du recueil

Moi

l'aphasique

l'illettré

celui qui perd ses mots comme des clés

et qui radote un beau

langage mité jusqu'à l'os - omble

chevalier qui miroite pour rien

sous les arches de fer d'un

fleuve apprivoisé

Moi

l'homme déguisé

dont on oublie le nom

l'imposteur prudent

le poète désaffecté

au masque usé par la marche

forcée,

écrasé dans le désert

par un long soleil de cendre

celui qui

tire de son sang la dernière réplique

d'une pièce inachevée sur un rideau de fer

et qui

n'a jamais pu arracher le bâillon enfoncé

par l'enfance

dans la gorge de l'ombre

 

 

 

Tu envies

ceux qui sont à tu et à toi

avec la vie

Parfois, tu les imites

- mal et pas très longtemps.

Comme eux, tu veux

allumer de longs flambeaux

pour éclairer une arrière-cour

déserte,

mais très vite, tu éteins

le feu

surgi par hasard

dans la maison des hommes

Et tu restes seul,

dans un salon encombré

seul

dans le noir

et la méfiance légendaire

des étoiles mortes.


 

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Published by Baglin Michel - dans CRITIQUES
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