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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 10:02

Bois de justice

 

« L'Abolition », le téléfilm en deux parties de Jean-Daniel Verhaeghe qui vient de passer sur France 2 et qui retrace le combat exemplaire de Badinter pour abolir la peine de mort, m'a replongé hier, comme la semaine précédente, dans cette atmosphère épouvantable où une foule haineuse de bienpensants hurlait « à mort » dans un consensus que les politiques n'osaient pas affronter.
J'étais révulsé face à la bonne conscience ajoutant au crime légal cette petite touche qui fait l'ordre moral tellement attrayant ! C'est à cette époque que j'ai écrit le texte qui suit, pas vraiment poème, plutôt paroles de chanson (jamais mises en musique cependant, ni publiées).

Oui, hier encore « on coupait un homme en deux, vivant », dans le petit matin blême des justiciers.
La page, heureusement, est tournée (et pour cela je ne regretterai jamais d'avoir voté Mitterrand en 1981 !), même s'il en est encore pour rêver (doux rêveurs !) d'un retour du couperet vengeur.
Alors, restons vigilants. Car même si l'on pouvait faire abstraction de l'horreur d'une exécution et de son caractère irréparable, il resterait à se battre contre la peine de mort moins peut-être pour sauver la mise de quelques assassins, que pour interdire  à notre société de se donner le droit de vie et de mort sur ses citoyens.

 


 

Bois de justice

 

Ces gens dont la peur seule nourrit les colères,

dont la haine du métèque rehausse les couleurs,

de quel peuple ont-ils hérité la bannière,

enfants de la révolte ou fils de la Terreur?

De celui que la fraternité inspira,

qui voulut que le droit fasse égaux les humains

ou de celui qui crut, guillotinant un roi,

que jamais les moyens n'auraient raison des fins?

 

A mort! Le cri résonne comme un refrain de rue,

l'appel qui perpétue en toute légalité

le massacre de l'homme par l'homme justicier.
 

Depuis, le couperet mille fois est tombé

pour un oui, pour un non, pour l'idée, pour un rien.

Citoyens qu'on ameute au seul mot d'étranger,

citoyens renchéris par la mort d'un vaurien,

ils tremblent pour leurs biens, le sang les innocente.

Pour toute philosophie, ils ont le coup pour coup

et pour mathématique une équation sanglante

qu'en tout lieu et tout temps un bon bourreau résout.

 

A mort! Le cri résonne comme un refrain de rue,

l'appel qui perpétue en toute légalité

le massacre de l'homme par l'homme justicier.

 

Si souvent entre révolte et révolution

s'érigent les bois d'une justice exemplaire.

Et si souvent au nom des bonnes intentions,

les lendemains meilleurs font l'échafaud prospère.

Hier d'aucuns hurlaient contre l'abolition,

il était parmi eux des chrétiens pour aimer

la justice à ce point qu'une grâce tombée

leur parut offenser même un dieu de pardon.

 

A mort! Le cri résonne comme un refrain de rue,

l'appel qui perpétue en toute légalité

le massacre de l'homme par l'homme justifié.

Michel Baglin

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Published by Baglin Michel - dans HUMEURS
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