Robert Momeux
nous confie nos secrets.
Des secrets connus de tous de Robert Momeux
Je me souviens avoir découvert et aussitôt aimé les poèmes de Robert Momeux dans les années soixante-dix,
« Corps francs » notamment, publié par Michel-François Lavaur à l'enseigne de sa revue Traces. Puis ce fut une période de long
silence, d'au moins dix ans, et cette belle voix de la poésie contemporaine, simple et fraîche, se fit à nouveau entendre. Henri Heurtebise lui a consacré une partie de sa revue
Multiples (n°69) en 2006. Il avait auparavant publié dans sa collection Fondamente « On a beau dire », et le voici qui récidive,
dans la même collection, avec « Des secrets connus de tous ».
Légèreté de ritournelle parfois, et gravité terrienne souvent, se mêlent aux évocations des bêtes et des hommes chez cet ami de Béalu, de Rousselot, de Follain et
de Boujut, qui fut dans les années soixante le co-fondateur de la revue Le Puits de l'Hermite avec Jean Chatard, Jean-Pierre Lesieur et Michel Héroult. On y rencontre, dans des
vers généralement assez brefs et dépouillés, les lentes métamorphoses des paysages et des jours, les déchirures intimes et ce passé qui remue toujours un peu dans les mots et dans les feuilles
(« Celui qui renie son passé / il a grand chance de se perdre » prétend Momeux), sans oublier une mélancolie discrète qui s'insinue ici et là, dans les fins de poème surtout,
comme un envers du décor et un écho du temps qui passe, mystérieusement, effroyablement.
Si Momeux n'évoque jamais que ces arrière-pays connus de tous, ils n'en sont pas moins « secrets », entendez : intimes. Car c'est la force de cette poésie que de nous confier nos
propres secrets et de nous rappeler nos quatre vérités de vivants qui tressaillent et
s'émerveillent.
M.B.
(80 pages, 12 euros. Multiples. 9, chemin du Lançon. 31410 Longages.)