Aimé Césaire, poète
La mort d'Aimé Césaire m'amène à reprendre cette critique rédigée et publiée il y a une quinzaine d'années.
Sous le titre on ne peut plus simple
de "Poésie" (1) et à l'occasion de son 80e anniversaire, les éditions du Seuil publient l'ensemble des poèmes écrits par Aimé Césaire,
depuis le "Cahier d'un retour au pays natal" et, surtout, "Les Armes miraculeuses", jusqu'à
"Moi, laminaire..." en passant par "Cadastre", "Ferrements" des inédits ("Comme un malentendu de salut"), le tout agrémenté de notes et variantes.
Cette traversée d'une oeuvre de revendication (il est avec Senghor le chantre de la "négritude") et de célébration, révèle la fabuleuse richesse d'une langue lyrique, d'un chant glorieux,
violent, impudique et généreux. Avec en toile de fond "l'Afrique multiple et une" à la fois rêve de l'origine pour le Martiniquais, mythe, et cependant réalité "à portée du siècle,
comme un cœur de réserve."
Chez le poète pour qui marronner est le fondement d'une identité et d'une morale, l'influence surréaliste donne aux images une ferveur inventive, une jeunesse inaliénable pour dire "la grande
soif d'être". Le rythme des versets et des longs poèmes césairiens, allié à la sensualité parfois brutale de l'inspiration, charrie les soleils, les "noeuds d'algues et
d'entrailles" d'un verbe incantatoire, tantôt prière et tantôt injonction, volonté de présence et de fusion au monde : "En les nommant, flore, faune, dans leur étrangeté, je participe à
leur force ; je participe de leur force", affirme Césaire dont la poésie dénoue les enthousiasmes ravalés. Car "rien ne délivre jamais que l'obscurité du dire."
M.B.
(1) Edition établie par Daniel Maximin et Gilles Carpentier. 550 pages