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Dimanche 2 juillet 2006

- Rien que l'amour,

 poésies complètes de Lucien Becker.

 

 

 

 

La Table ronde a eu il y a quelques temps l’excellente initiative de rééditer l'œuvre complète de Lucien Becker sous le titre Rien que l'amour. Ce poète né en Moselle en 1911 et mort il y a un peu plus de dix ans ne mérite pas le relatif oubli dans lequel il est tombé, car il fut sans conteste l'un des plus lucides et finalement des plus marquants du milieu du siècle. Paulhan, Joë Bousquet, Camus, Cadou, Puel ne s'y trompèrent pas, comme en témoignent les multiples lettres rassemblées en fin de volume, dans cette édition établie avec finesse et passion par un autre poète, Guy Goffette.

 Becker, il est vrai, écrivit et publia peu (250 poèmes environ), se moquant d'une quelconque postérité, persuadé d'appartenir à «la catégorie des poètes qui meurent en mourant». Il décida d'ailleurs de se taire la cinquantaine sonnée, n'offrant plus un seul texte malgrè les demandes des éditeurs et revuistes.

 Convaincu très tôt qu'il n'y avait rien à attendre de la vie, sinon son terme, Becker a toujours confronté son écriture au néant et à la solitude irrémédiable («Je suis seul derrière mes paroles») et certains titres de ses recueils sont à cet égard éloquents, tel le Monde sans joie ou Rien à vivre. Mais y répondent aussi Plein amour et l'Eté sans fin, car à la mort et à la nuit, Becker opposait comme un rempart le corps brûlant des femmes, la seule véritable lumière de sa poésie. Séducteur et désabusé, au moins quant à la littérature, il cherchera toujours le salut dans l'amour charnel :

 «Dans une chambre une femme m'attend / 

dont le corps à vif va s'ouvrir au mien / 

dans un instant d'une plénitude telle / 

que rien ne peut la limiter, pas même la mort.»

 Poésie noire et lumineuse à la fois, traversée de fortes images empruntées au quotidien mais qui sont éclairées par la sensualité («Dans une chambre respirent les dessous / d'une femme dont le corps est une épée pour le jour. / Dans les étables l'œil bleu du lait / monte jusqu'au bord des seaux pour toucher les mains.»), elle ne bégaye jamais : Becker se réfugia dans le silence quand il crut avoir dit l'essentiel. Sans concession ni tricherie. Cadou disait d'ailleurs de lui : «Becker n'a pas construit son œuvre dans un souci de plaire, mais dans celui de se mériter lui-même.» Son œuvre en tout cas mérite toujours qu'on s'y penche.

 Michel Baglin

 ( La Table ronde. Edition établie et présentée par Guy Goffette. 432p. 150F.)

 

 

 

 

 

par Baglin Michel publié dans : CRITIQUES
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