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Dimanche 18 mars 2007
Cette vie, la porter…
 
C’est un texte déjà ancien – il fait partie de « L’Obscur vertige des vivants » publié par le Dé bleu en 1993 - , mais qui connaît un regain de fortune. Après avoir été repris dans un manuel scolaire au Québec, le voilà qui me revient, mis en musique et chanté par Sam Telam (Didier Masmalet). Entre temps, d’autres personnes me disent l’avoir découvert ici où là, sur quelque fil de la toile… J’en suis ravi et du coup ne résiste pas à l’envie de faire connaître sa version musicale. On peut la trouver sur le site de Radio Occitanie et de l’excellente émission que Christian Saint-Paul consacre aux poètes depuis plusieurs décennies. http://atlamd1.free.fr
Voici le texte intégral du poème.
 
Cette vie, la porter...
 
Cette vie, la porter
jusqu'à l'incandescence
comme un bouquet fragile
d'étincelles sauvées
dont seul l'éclair fertile
aurait un peu de sens.
La porter comme un feu
au temps des hommes nus,
comme un noyau de braises
à transmettre à tous ceux
qui refont la genèse
en paradis perdu.
 
 
Cette vie, l'arpenter
d'un bon pas de marcheur
qui saurait cependant
qu'il peut se dérouter,
qu'il n'est ni lieu ni heure
pour arriver à temps.
L'arpenter ou flâner,
c'est selon la saison,
la manière qu'on a
de chercher l'horizon
et d'accorder son pas
au monde traversé.
 
 
Cette vie, l'enchanter
d'un sourire entrevu,
de ces bonheurs fortuits
du passant amusé
et des odeurs cueillies
par hasard dans la rue.
L'enchanter à l'envie,
à petits coups de cœur,
à petits coups de chance,
en quêtant l'âme sœur
ou la clarté d'enfance
dans un regard surpris.
 
 
Cette vie, l'inventer
contre l'usure des mots,
les lèvres trop prudentes,
les gestes étriqués
et les rêves falots
qui nous lient dans l'attente.
L'inventer à propos,
puisque le cœur réclame
un peu plus de vertige,
un peu plus d'états d'âme
et que le chant exige
et la langue et la peau.
 
 
Cette vie, la jouer
un peu de jazz au ventre
pour panser la blessure
et que l'eau du large entre
délayer la saumure
des sanglots ravalés.
La jouer triomphante,
s'il le faut contre nous
quand la peur nous défait,
mais n'oublier jamais
cet abîme au-dessous
des ailes qu'on s'invente.
 
 
Cette vie l'éclairer
à la danse des flammes
sur une hanche nue,
aux feux de camp des femmes,
à l'étoile allumée
sur un visage ému.
L'éclairer d'allégeances
faites à la lumière,
à la terre, à la pluie,
au navire en partance,
à la fontaine claire
comme à l'alcool des nuits.
 

 
Cette vie, l'agrandir
par le corps réveillé,
l'infini paysage
qui nourrit le désir
de trouver un passage
et de reprendre pied.
L'agrandir par la mer,
par la vague et par l'aile,
par la voile et le vent.
L'inventer fraternelles
par les yeux grands ouverts
qui nous font plus présents.
 
 
Cette vie, la fêter
en allant jusqu'au bout
dans la paix et la fièvre,
ayant su la risquer
en se tenant debout
et la caresse aux lèvres.
La fêter en secret
en lui offrant son temps
et croire désapprendre
la peine et les regrets
en leur abandonnant
les jours tombés en cendre.
 
Michel Baglin
par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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