Michel Baglin
Des écrans entre le monde et nous
Essai
N&B éditeur
A travers analyses, réflexions, anecdotes, fragments de fictions et citations d'auteurs qu'il fait dialoguer, cet essai tente de traverser notre réalité quotidienne pour repérer, ici et là, dans des domaines variés, ce qui nous conduit à perdre pied.
Car l'ère dans laquelle nous sommes entrés, de la marchandise et du spectacle, est aussi celle de la perte du sens et de la maîtrise du réel, qui pourrait bien constituer le dénominateur commun des dérives de la modernité.
Liée au formidable essor des techniques informationnelles, l'intrusion du «virtuel» dans nos existences constitue évidemment un des aspects les plus marquants de cette «déréalisation». Mais nos sociétés n'ont pas attendu les ordinateurs pour dresser des écrans entre le monde et nous.
L'abstraction galopante, la spécialisation croissante des métiers et des connaissances, la réduction de la personne à des rôles sociaux, l'isolement de l'individu dans des univers professionnels, urbanistiques, ou même ludiques, toujours plus cloisonnés ont engagé depuis longtemps un processus d'appauvrissement de la relation aux autres et à l'environnement. S'y ajoutent la compétition effrénée engendrée par la mondialisation des échanges, la complexité croissante des interactions politico-économiques interdisant toute appréhension globale de notre devenir, une frénésie de vitesse et de «temps à gagner» hypothéquant nos capacités d'adaptation, un flottement des réponses culturelles porteur d'angoisses. Face au chaos, la fuite s'organise sur le même mode : dans la drogue, l'irrationnel, un imagi-naire non pas créatif mais régenté par les logiciels.
Ces multiples dysfonctionnements convergent en un point, qui en est la conséquence la plus probante: le mépris des besoins humains au profit d'«impératifs», que l'on dit économiques pour leur conférer de l'autorité, mais qui recouvrent surtout de pures aberrations si on les rapporte au bon sens, et témoignent d'une incapacité politique à organiser les éléments de la réalité en vue d'un projet, manifestement oublié.
Dès lors, l'enjeu est en quelque sorte de «réincarner» nos relations à la nature, à nos œuvres et à autrui, de pactiser avec la pesanteur en réactivant notre présence au monde par le biais des chemins de traverse, de redevenir citoyen en résistant à toutes les formes de réductions.
132 pages. 15 euros
Michel Baglin