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Dimanche 22 janvier 2006

Michel Baglin

La Perte du réel

 

Des écrans entre le monde et nous

 

 

Essai

 

 

N&B éditeur

 

A travers analyses, réflexions, anecdotes, fragments de fictions et citations d'auteurs qu'il fait dialoguer, cet essai tente de traverser notre réalité quotidienne pour repérer, ici et là, dans des domaines variés, ce qui nous conduit à perdre pied.

 

Car l'ère dans laquelle nous sommes entrés, de la marchandise et du spectacle, est aussi celle de la perte du sens et de la maîtrise du réel, qui pourrait bien constituer le dénominateur commun des dérives de la modernité.

 

Liée au formidable essor des techniques informationnelles, l'intrusion du «virtuel» dans nos existences constitue évidemment un des aspects les plus marquants de cette «déréalisation». Mais nos sociétés n'ont pas attendu les ordinateurs pour dresser des écrans entre le monde et nous.

 

L'abstraction galopante, la spécialisation croissante des métiers et des connaissances, la réduction de la personne à des rôles sociaux, l'isolement de l'individu dans des univers professionnels, urbanistiques, ou même ludiques, toujours plus cloisonnés ont engagé depuis longtemps un processus d'appauvrissement de la relation aux autres et à l'environnement. S'y ajoutent la compétition effrénée engendrée par la mondialisation des échanges, la complexité croissante des interactions politico-économiques interdisant toute appréhension globale de notre devenir, une frénésie de vitesse et de «temps à gagner» hypothéquant nos capacités d'adaptation, un flottement des réponses culturelles porteur d'angoisses. Face au chaos, la fuite s'organise sur le même mode : dans la drogue, l'irrationnel, un imagi-naire non pas créatif mais régenté par les logiciels.

 

Ces multiples dysfonctionnements convergent en un point, qui en est la conséquence la plus probante: le mépris des besoins humains au profit d'«impératifs», que l'on dit économiques pour leur conférer de l'autorité, mais qui recouvrent surtout de pures aberrations si on les rapporte au bon sens, et témoignent d'une incapacité politique à organiser les éléments de la réalité en vue d'un projet, manifestement oublié.

 

Dès lors, l'enjeu est en quelque sorte de «réincarner» nos relations à la nature, à nos œuvres et à autrui, de pactiser avec la pesanteur en réactivant notre présence au monde par le biais des chemins de traverse, de redevenir citoyen en résistant à toutes les formes de réductions.

 

 

 

132 pages. 15 euros

 

par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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Dimanche 15 janvier 2006

Lettre de Canfranc 

de Michel Baglin.

 

 

 Le livre, superbement illustré par Jean-Marie Tremblay à partir de photographies non moins talentueuses de Serge Sautereau, est en vente dès à présent au prix de 6,50 euros dans toutes les (très bonnes) librairies ou auprès des éditions Rhubarbe, 4 rue Bercier 89000 Auxerre. (ISBN : 2-9523675-4-X, décembre 2005, 55 pages, illustrations n&b).

 

 

 Jean-Marie Perret (Bleu de paille) en écrit ceci :

 C'est une lettre, c'est une errance, un reportage. C'est une méditation sur le temps, le lieu et surtout, pour ce qui nous intéresse, sur la poésie.

 La gare de Canfranc est, sur le versant espagnol des Pyrénées aragonaises, un lieu ordinaire et grandiose, magique et sinistré. L'enquête du journaliste (datée de l'été 2002) et la rêverie du poète se mêlent intimement, pour nous emporter vers autre chose. Qui pourrait être la compréhension totale de ce que nous sommes : êtres inachevés dans un monde en suspens. Rien de moins... Ceci par le miracle d'une visite à un incroyable dispositif ferroviaire, ayant nécessité des travaux titanesques, et qui n'aura servi que quelques décennies.

 Rien ne serait encore dit, s'il n'était fait mention de vieux et fanés documents s'échappant encore, de nos jours, de tiroirs entrouverts, dans des bureaux depuis longtemps abandonnés de cette gare. Alors jaillit le souvenir de quelque aventure délirante, appartenant à l'histoire sanglante du siècle achevé. De celles qui marquent le rêve et la folie des hommes. Gardons-en ici le secret.

 Grâce à la fiction de la lettre - mais celle-ci peut être réelle, cela ne change rien - plusieurs voix émanent, pour ainsi dire, du locuteur. La réussite de ce petit livre est là : elle tient à l'équilibre et à la discrétion de toutes ses composantes. Poésie ferroviaire, si l'on veut - quoiqu'en prose. Un point d'histoire, un point du monde...

 Le point aussi d'une vie d'homme, à la fois journaliste et poète et, comme nous tous, se demandant bien souvent comment identifier les fils qui permettraient de nouer tout cela en un. Le poème, peut-être...

Jean-Marie Perret.

 

 

 

 

Et Alain Kewes, l’éditeur :

  Poésie ? Nouvelle ? Essai ? Chronique ? Comme les précédents titres de Rhubarbe, peut-être avec plus d'acuité, même, cette Lettre de Canfranc est décidément inclassable. Pourquoi faudrait-il la classer ? L'entre-deux - entre combien au juste ? -, n'est pas pour rien dans le charme du texte. Il y a de la mélancolie, de la nostalgie, de la tendresse, du souvenir plein les yeux mais aussi du concret, de l'information à propos d'une gare étonnante certes, mais bien réelle. Il y a de la rêverie et de la parole, - c'est une lettre, on ne l'oublie pas, qu'un auteur adresse à une lectrice. Et cet auteur qui ressemble fort à Michel Baglin lui-même est tout à la fois poète, romancier, nouvelliste, essayiste et... journaliste. Impossible, c'est un comble !, de rendre compte en quelques mots de ces pages foisonnantes.

 Peut-être, après tout, en en revenant au voyage, à l'exploration, à la curiosité, à l'éveil... C'est encore trop. Un seul mot suffira : l'amour. L'auteur est amoureux du monde, de la vie. Jusque dans son effilochement. Qui ne le suivrait sur cette voie ?

  Michel Baglin (Prix Max-Pol Fouchet en 1988) a publié une vingtaine d'ouvrages, le dernier en 2004 au Cherche-Midi. Il a animé la revue et les éditions Texture et collabore ou a collaboré à de très nombreuses revues littéraires : Brèves, Poésie1/vagabondages, Décharge...

  Passionné par les trains et l'univers ferroviaire, il a plusieurs fois abordé ce thème dans ses livres, en particulier dans Entre les lignes ( la Table Ronde , 2002).

  Fervent défenseur d'une poésie du réel, du concret, au rebours de la conception traditionnelle de la poésie comme fuite, évasion, il s'en est expliqué dans les essais Poésie et pesanteur (1984) et La perte du réel (1998). Pour lui, le poème est le moyen le plus juste, le plus précis, de dire le monde, d'être au monde. Pour preuve, aussi, son recueil L'obscur vertige des vivants (Le Dé Bleu, 1994) qui se proposait de parler en poésie de physique, d'astronomie ou de chimie. Au-delà de la poésie, c'est le rapport de la langue aux choses, au réel, qui constitue le fondement de son oeuvre et anime encore La Lettre de Canfranc dans laquelle trois auteurs, le poète, le journaliste et l'épistolier mènent de front une séduisante enquête.

  Jean-Marie Tremblay, peintre et dessinateur auxerrois, qui a déjà illustré Moi aussi chez Rhubarbe, s'est à son tour inscrit dans une technique de rencontre et de croisement puisqu'il a choisi de travailler à partir de photographies de Serge Sautereau qu'il a détournées.Serge Sautereau enseigne la photographie à Paris et a réalisé de nombreuses expositions en France et à l'étranger.

 Plus d'informations sur le site : www.editions-rhubarbe.com

 

 

 
par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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