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Vendredi 12 janvier 2007
Christian Saint-Paul met les poètes
en ligne et sur les ondes
 
 
De la revue à la radio, Christian Saint-Paul défend et illustre la poésie
 
La poésie, Christian Saint-Paul la pratique sous toutes ses formes. Et ce n’est pas d’hier! Élève de Berthelot dans les années soixante, il avait créé sa revue, «Florilège», avec un autre poète, Michel Eckhard. Brel avait accepté de les parrainer, ce qui leur avait valu de le rencontrer plusieurs fois et d’obtenir du chanteur alors en pleine gloire une interview exclusive! Puis c’est un autre ami, le peintre Michel Battle, qui crée le Cratère où il fait venir des poètes. Des amitiés naissent, avec Claude Saguet, Gaston Puel. Nous sommes encore avant 68, Christian Saint-Paul, lui, entre à Science Po, mais s’engage aussi dans la lutte anti-franquiste, de façon active.
La passion de la poésie ne cesse pas pour autant de l’habiter, bien au contraire. Il crée une revue, «Poésie toute», qu’il veut éclectique pour rassembler tous les courants d’une poésie en plein regain. Plus tard (1983), il ouvrira «Le carnet des Libellules» où il publiera de nombreux auteurs. Une série de conférences sur R-G Cadou l’emmène en Israël, il rencontre également Félix Castan qui lui révèle son ancrage occitan (c’est pourquoi son dernier ouvrage, un long poème sur Toulouse, «Tolosa Melhorament» a été remis aux officiels lors de l’inauguration de l’Oustal, à Toulouse).
D’abord greffier au conseil des prud’hommes puis cadre à la DRH de la mairie, Christian Saint-Paul bâtit aussi son œuvre propre, riche d’une quinzaine d’ouvrages, de «L’Homme de parole» (Caractères éd.) à «L’Enrôleuse» (Encres vives éd.). En parallèle, et depuis plus de 25 ans, il anime une émission, «Les Poètes» (le jeudi de 20h30 à 21h) sur Radio Occitanie (98.3 Mhz) avec son compère Claude Bretin. Tous les poètes de la région y ont été invités, mais de nombreuses émissions ont été consacrées à la poésie du monde. On peut les réécouter sur http_://www_: atlamd1free.fr
 
 
Un recueil de Christian Saint-Paul : L’unique saison
 
L’unique saison, la seule qui vaille, nous dit en substance Christian Saint-Paul, est celle des amours, quand « la sève honnête du désir » nous ramène à l’essentiel. Nous rend à la vie et, peut-être, à soi-même. C’est assez dire, en filigrane et à contrario, qu’on s’en éloigne dans la traversée ordinaire des jours, les tromperies de l’habitude, « parmi ceux qui s’arrogent / l’apparence des choses ».
Ces poèmes d’enthousiasme, qui rendent à Éros sa primauté à la source du chant (car ils rappellent que « les élégies des oiseaux / sont chants de lutte / et défis de mâles »), sont donc aussi des poèmes de résistance : à l’atonie, à l’usure, aux apparences. Le corps, bien sûr, se dit ici dévêtu et « comme unique décor / comme unique loi », corps dans le plaisir, l’exaltation, le réduit des chambres et du face-à-face. Mais ce corps-là n’occulte pas le reste, ne fait pas écran, bien au contraire – « Nous ne nous détournons plus » écrit Saint-Paul qui note ailleurs que les corps repus, « par leur apaisement même » attisent notre lucidité.
Corps à vif donc, qui érotise, avive toute forme de relation à l’environnement et qui est sans doute l’autre nom de la passion. L’exaltante et douloureuse passion, qui fait souffrir de l’absence et du dépit (« pour prix de ton silence / te jeter comme un galet à la rivière / avec l’élan qui tend / la corde des pendus ! »), mais aussi renvoie le vivant à son vertige après l’amour, face à « la distance tragique du plaisir envolé ». Éros n’est qu’aiguillon, exhortation à vivre et l’amour alors se joue parmi les autres, leurs gestes et leurs peines (le dernier poème renvoie à l’explosion d’AZF à Toulouse, aux fenêtres brisées d’Empalot), dans le chaos du monde. « Demain les journaux apporteront / les nouvelles de la guerre. »
(Poésies Toutes éd. 33, rue des Libellules. 31400 Toulouse)
 
par Baglin Michel publié dans : CRITIQUES
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Mercredi 8 novembre 2006
Soutien à Robert Redeker
Que n’a-t-on entendu au sujet de Robert Redeker et de ses propos plus ou moins « acceptables » sur l’islam ! Comme s’il s’agissait de les cautionner ! Non bien sûr, il s’agit juste de défendre son droit - notre droit - de critiquer les religions. Les arguties depuis n’ont cessé, traduisant des embarras à n’en plus finir. Ne parlons pas de la Ligue des Droits de l’Homme qui, à Toulouse, se fend d’un communiqué où sur 10 lignes 9, sont consacrées à contester les propos de Redeker, pour une qui dénonce les menaces de mort à son encontre ! Voilà un des plus tristes spectacles que puissent nous offrir les intellectuels…
En démocratie, c’est le respect de la personne qui s’impose, non celui des idées ! Respecter un être humain ne signifie nullement respecter ses croyances, qu’on les baptise « foi », « philosophie », « système de pensée », etc. A ce titre, et parce qu’elles ne sont ni plus ni moins que des « visions du monde », les religions ont en effet à être mises en cause et en débat. A l’instar de n’importe quelle opinion, elles sont discutables, voire contestable a priori. . Il est même du devoir de chacun (comme être humain pensant et comme citoyen), de n’accepter aucun credo sans réflexion préalable ; c’est du moins ce qu’on nous a appris depuis des siècles, depuis le fameux « doute méthodique » de Descartes (qui était d’ailleurs croyant) et bien sûr depuis l’essor de l’esprit scientifique. Comment peut-on imagniner d’ailleurs que toute philosophie – ou toute religion – serait en soi respectable et qu’elle drevrait être respectée sans examen sous pretexte de ne pas froisser ou blesser ses tenants ? Devrait-on alors respecter le nazisme, le stalinisme, les façons de voir des sectes, et toutes les élucubrations d’une époque si prompte à cultiver et exploiter l’irrationnel et la crédulité ?
Vouloir interdire la critique d’une religion relève évidemment du terrorisme intellectuel qui, avec le temps, finit par faire autant de morts et de dégâts que le terrorisme poseur de bombes. Qu’il y ait derrière l’affaire Redeker une exploitation politique d’un anti-islamisme latent est probable. Comme il y en a une depuis de nombre de religieux pour tenter de créer un délit de « sacrilège » ! L’instrumentalisation politique de la foi conduit à l’obscurantisme. Quand elle prétend réinventer l’Inquisition, il s’agit de résister ! Il n’y va pas que de la défense de la liberte d’expression. Mais de la possibilité pour l’esprit critique de s’exercer. Et tout simplement de la possibilité de penser !
 
Robert Redeker est l'auteur d'un essai dont je recommande la lecture, "Le sport contre les peuples" où il dénonce l'utilisation idéologique et politique de ce que nous continuons par paresse et par démagogie à nommer "sport". Là encore, il n'y va pas avec le dos de la cueillère, mais il donne à penser en se faisant quelque peu "sacrilège" contre le consensus mou...
 
 
par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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Mercredi 8 novembre 2006
Lire Gabriel Cousin
 
Préface à Dérober le feu (Le Dé bleu, 1998) :
Dès la publication de l'Ordinaire Amour (1958), Gabriel Cousin surprenait lecteurs et critiques par les sujets et le ton de sa poésie. Préfaçant la réédition du recueil en 1982, Georges Mounin soulignait ce qu'avait eu pour lui d'étonnant et de novateur ce «poème du couple» attaché aux «émotions authentiques de la vraie vie à deux» : sa capacité d'intégrer des sujets esthétiquement inavouables, voire tabous en poésie, tels que l'accouchement sans douleur, les hiatus amoureux, le travail, les enfants qui grandissent, les deuils familiaux, etc. Claude Roy le rejoignait, notant qu'«il y a aussi des sentiments, des émotions modernes qui attendent que la poésie s'en empare et qu'un poète les dise», pour estimer que Cousin l'avait fait. Quant à l'écriture, manifestement «ouverte à tous» et directe, on ne put que constater qu'elle détonnait dans le formalisme ambiant. Cousin évoquait le quotidien – le sien et celui de ses proches – avec une force et une simplicité désarmantes.
Il a continué, et l'on continue de s'interroger sur le mystère d'une œuvre si riche d'humanité et d'émotion contagieuse et si pauvre de moyens. Car la poésie de Gabriel Cousin, pour être une forme de célébration souvent, ne se veut pourtant pas chant : le rythme ni la prosodie n'y jouent un rôle véritablement significatif. Les images, elles, demeurent assez peu élaborées, plutôt comparaisons que métaphores. Si ce n'était le souci de la brièveté, de l'expression ramassée, Cousin, formellement, tendrait vers la prose. D'autant que ses sujets, tirés de faits, de situations particulières et d'anecdotes, l'inclineraient à la narration (n'oublions pas qu'il est aussi auteur dramatique). Ici, la parole ne se cherche pas, obscure à elle-même, en s'élaborant dans sa propre quête de lumière. Non, elle semble couler de source, s'efforçant seulement à rapporter avec persuasion, au plus près, les gestes et les sentiments qui en sont l'origine. «Les découvertes de Cousin sont antérieures aux mots qui les énoncent, mais qui ne les fabriquent pas», écrivait encore Georges Mounin.
Cependant, Gabriel Cousin nous livre indubitablement des poèmes. Non pas lyriques, mais sensibles. Sans fulgurances, mais sûrs de leur évidence et de leur rayonnement. Forts de leur charge d'humanité, ils savent qu'ils partagent. Et c'est assez. Assez pour que le poète se risque dans le dépouillement, assez pour que son lecteur adhère. La poésie de Cousin se fonde ainsi, pour l'essentiel, sur sa justesse. La lire, c'est se retrouver immédiatement en terrain familier, entrer de plain-pied dans l'expérience commune des hommes, la plus humble et la plus universelle. C'est reconnaître des situations et des réactions à leur vérité. Elle n'a pas pour ambition de nous enseigner, mais de raviver les couleurs de notre relation au monde, aux autres, aux objets. «L'image exacte, souvent insolite, illumine moins la chose même que votre rapport à elle, médiatrice entre vous et vous ; tout est centré en ce je plus grand que vous-même», écrit Pierre Emmanuel à Gabriel Cousin, dans une lettre-préface à Au milieu du fleuve.
Le poème de Cousin, en effet, est un poème de verre : il ne dissimule rien et l'auteur y vit au regard de tous. Non par impudeur, mais par conviction que les vies privées se ressemblent et n'ont, somme toute, dès lors qu'on a entrepris la propreté de son cœur, rien à cacher. Aussi peut-il nourrir son œuvre de sa biographie sans complaisance narcissique. Bien peu d'égocentrisme entre dans cette démarche : Cousin se croit suffisamment semblable aux autres pour, non sans candeur, être assuré qu'il leur parle d'eux lorsqu'il parle de lui. Voilà sans doute pourquoi sa poésie, extravertie, sans inhibitions, au moins apparentes, nous semble d'emblée proche et chaleureuse : elle est un acte de foi en la fraternité des hommes.
Populaire, elle n'est pas sans orgueil. Gabriel Cousin, qui fut ouvrier métallurgiste à 13 ans, athlète, professeur d'éducation physique, conseiller technique et pédagogique pour l'art dramatique, rappelle volontiers ses origines modestes et son parcours d'autodidacte. Ce n'est pas fierté d'homme «arrivé», mais conscience de disposer d'une expérience riche et plurielle. Il m'affirmait en 1983, lors d'un entretien : «Je ressens et vis ma personne et mon existence comme une entité». Cousin, qui n'ignore évidemment ni les failles, ni les blessures, n'est cependant pas véritablement déchiré. Et sa poésie n'est pas celle de quelqu'un qui se cherche au travers de ses différents visages, comme il est fréquent dans un univers social qui morcelle, fragmente, réduit l'individu. Elle laisse au contraire l'impression d'un homme qui s'accomplit en s'unifiant et fait bloc parce qu'il fait front. Ce qu'il a vécu, subi, et contre quoi parfois il s'est battu paraît l'avoir rassemblé, avoir densifié son être et sa parole.
Mais on voit qu'il construit l'un et l'autre sans repli sur soi et sans le secours de convictions trop assurées. Il ne s'est pas protégé pour éviter de se défaire. A l'inverse, il a ouvert portes et fenêtres pour l'accueil, sachant qu'il n'y a rien à perdre et tout à gagner à absorber le plus possible de réalité, en incorporant, en assimilant heurs, malheurs et désordres des jours. «La poésie ne doit pas être évasion, mais au contraire prise de conscience du monde et de la vie», affirme-t-il en introduction à ses Poèmes d'un grand-père pour de grands enfants.
Gabriel Cousin se veut donc – et ses poèmes nous veulent – au monde. En prise avec le réel, dans une dynamique de création et de revendication. Engagé en actes et en mots, présent physiquement et intellectuellement, pesant sur la terre de tout le poids d'un homme qui croit le bonheur possible. Et qui, parce qu'il le croit, ne consent pas à l'aliénation, à la dégradation, à l'humiliation infligées à quelque personne ou peuple que ce soit. Sa révolte ne cesse de témoigner encore pour l'amour ordinaire, les couples menacés, ces proches de toute la planète auxquels on dénie le droit d'être heureux. Elle est – comme sa parole – vitale.
De là, sans doute, cette impression de formidable santé que nous laisse une œuvre pourtant capable de s'intéresser à la maladie, à la vieillesse et à la mort. Gabriel Cousin a pris le parti de la lucidité et de l'action, mais encore celui d'un être humain appréhendé dans sa globalité. Le corps est toujours présent dans son écriture, digne de respect et d'attention – Cousin est un poète très attentif – source de joie et d'accord avec l'univers. Je devrais d'ailleurs écrire les corps, car toute personne évoquée est approchée dans sa réalité physique. Le corps, qui devient chez lui support de valeurs, est une donnée première, et l'écrivain peut affirmer que «le poème est un acte charnel, sensuel et émotionnel, avant d'être une production cérébrale». Il cultive sa gourmandise du palpable, du biologique, du palpitant, érotise son rapport à l'univers : toute vérité, comme toute émotion, pour lui est incarnée. Et le sport – pas le spectacle médiatisé, mais l'effort par lequel la personne se dépasse et se réalise dans l'harmonie du souffle et de la foulée – fournit le modèle d'une présence plénière au monde : corps et esprit s'y fondent. D'ailleurs, jamais Cousin ne les dissocie, «le sang rêve» et l'intelligence elle-même est sensuelle, la sérénité s'approchant quand «une perception universelle aiguise la conscience». Il n'introduit pas plus de dichotomie ici qu'entre la vie privée et la vie sociale, la nature et les hommes, l'avenir et le passé, l'intime et l'universel, l'ordinaire et l'extraordinaire, la poésie et le quotidien : toute sa démarche d'homme et de poète tend à les fondre.
«Je dérobais le feu», dit-il, racontant sa première visite à une librairie. Le feu est partout chez Cousin. Comme principe actif et comme métaphore du vivant : les contraires y fusionnent, s'y résorbent en une énergie généreuse, une parole qui libère. Ce feu-là, il prétend seulement le transmettre, biologiquement bien sûr (à la lecture, on mesure l'importance que revêtent pour lui les naissances de ses enfants et petits-enfants) et poétiquement : ses poèmes, graves et fervents, sont des foyers où nos propres émotions, engourdies, se réchauffent et reprennent force.
Comme lui, nous avons tous une mémoire charnelle à raviver, des soleils posés sur notre dos qui nous accompagnent tout le jour et ne demandent qu'à être reconnus. Je crois que Gabriel Cousin peut nous y aider par une poésie qu'il veut franche, voire naïve parfois, et qui s'avère finalement très confiante. Trop, diront certains. Mais nul ne peut nier sa force persuasive quand elle célèbre, en chacun de ses lecteurs, sa part d'humanité et sa chance d'être homme, où lorsqu'elle répète son credo : l'existence a du mérite et «la vie est encore bonne».
 Michel Baglin Novembre 1996
 
 
A propos de L'Ordinaire Amour II (Saint-Germain-des-Prés)
 
L'Ordinaire Amour aurait pu n'être qu'une mosaïque tirée de l'expérience du couple, une collection de brefs moments intensément vécus. Or c'est une célébration qui s'accomplit peu à peu, de page en page. Avec une tranquille assurance et une constante sobriété. L'amour physique s'y traduit sans pudibonderie ni ostentation, tout comme les accouchements, la naissance du désir, les infidélités, les enfants qui grandissent, la vieillesse, tout comme cette tendresse jamais mièvre parce qu'elle est la force de partenaires égaux dans la joie ou la souffrance. Bref, Gabriel Cousin traite de ce qui constitue l'ordinaire de l'amour, où il voit «la région connue mais inexplorée du couple» avec une inextinguible soif de réel. Et c'est en quoi son recueil fait figure de célébration : les poèmes de Cousin, plus que tout peut-être, disent son amour de la vie, son plaisir sensuel d'être au monde, de se mesurer à sa générosité, à son exubérance, à sa cruauté parfois. Son recueil, d'une remarquable unité de démarche et de ton, est un chant qui se développe sans emphase et qu'il dédie à la santé des corps et des cœurs.
Ross Chambers, dans une étude qu'il lui consacre, note qu'on «imagine aisément un autre poète prenant son élan là-même où Cousin s'arrête». C'est qu'en effet celui-ci n'a cure d'expliquer ou de filer la métaphore. Il ne tente guère de tirer parti d'une connivence qu'il sait immédiatement instaurer avec son lecteur. Cette connivence-même lui suffit. Elle procède de choses connues mais qu'il a su réactiver. Et toute son ambition est de leur rendre leur charge d'émotion et leur plénitude. Simplement, gravement, Gabriel Cousin est le poète des évidences partagées.
Michel Baglin. Juillet 1985
par Baglin Michel publié dans : CRITIQUES
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Lundi 16 octobre 2006
Vient de paraître aux éditions Privat
 
« Les Chants du regard »
 
Un album de photographies de Jean Dieuzaide
et de textes poétiques de Michel Baglin
 
Jean Dieuzaide (1921-2003) connu sous le pseudonyme de « Yan », a exercé ses talents dans tous les domaines de l’image, de la nature morte au portrait intimiste. Honoré par les prix Niépce et Nadar, fondateur de la galerie du Château d’eau à Toulouse, il a toujours défendu la photographie, comme une « écriture de lumière ». Son œuvre est aujourd’hui considérée comme une des plus riches et des plus accomplies.
Auteur d’une vingtaine d’ouvrages – récits, romans, recueils de poésie et de nouvelles, essais – et journaliste, Michel Baglin a choisi une quarantaine de photographies dans l’œuvre abondante de Jean Dieuzaide et a écrit quarante textes poétiques qui leur répondent. Il a également raconté sa rencontre avec l’artiste et ce qu’il en perçoit dans un texte de présentation.
De la lumière à l’encre, c’est donc un dialogue qui cherche à s’établir dans cet album, comme un partage d’émotions, un chant.
 
 
En vente en librairie au prix de 25 €
par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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Dimanche 10 septembre 2006
 
Le poète toulousain Claude Saguet vient de nous quitter. Il avait 69 ans. Discret, il avait peu publié – une dizaine de recueils – mais son écriture ramassée, d’une violence contenue, l’avait fait remarquer dès son premier recueil, « L’œil déserté » (1971, réédition en 1980 au Dé Bleu éd.). Lui ont succédé « Xambo et les Barbares » (1980), « Terres de fièvres » (1984), « Le sud » (1991), « Distances » (1992), « Profils » (1994), etc. La revue Multiples lui a consacré un numéro (12).
Né en Tunisie en 1936, Claude Saguet y a vécu jusqu’en 1952, puis au Maroc jusqu’en 1964. Il s’est installé à Toulouse en 1966 où il travaillait dans les ateliers de l’Aérospatiale. Passionné de photographie, il pratiquait les collages, et on le rencontrait toujours l’appareil en bandoulière ; mais c’est d’abord la poésie qui le requérait, et ses auteurs favoris, Baudelaire, Neruda, Octavio Paz, Saint-John Perse…
Durant plus de trente cinq ans, il a distillé - presque en secret, tant il se préoccupait peu de briller -, une écriture tragique et acérée où les images écorchent la phrase, la brûlent parfois. Car le feu, la cendre, étaient ses maîtres-mots, avec ceux de la distance et de l’exil. Mais si sa poésie se faisait parfois mélancolique, penchée sur «cette lenteur des années / qui regardent passer notre ombre / usée par une vie / d'attente et de tristesse», son style est tout d’énergie. Comme l’homme qu’il était, et qui n’en a jamais manqué, notamment face à la maladie. Riche de couleurs et de force, elle oscille entre l'espace de la nuit, ressassement lointain de l'enfance, de la crainte et de l'échec, et une magie fauve, quasi carnavalesque, où les masques répètent l’impossibilité de coïncider avec soi. Et puis il y avait les mots salvateurs, ce « feu enveloppé de nuit» du langage. C’est par ce feu, avec sa «fleur obstinée» qui lui réinventait une patrie, qu'il s’est tenu debout.
 (septembre 2005)
 
 
« Distances ».
"Seule l'hirondelle, une caresse / peuvent éclairer la route / ajouter un espace". L'écriture nerveuse, violente, parfois désespérée du poète toulousain Claude Saguet s'est empreinte de douceur et de sérénité dans son dernier recueil, salué par le prix de l'Encrier, "Distances". Ces poèmes d'amour nourris "des choses lumineuses / qu'on ne doit qu'à la nuit" n'abolissent certes pas toute distance avec le monde — c'est dans cet écart que la poésie prend source — mais tentent de la réduire par la médiation de la femme aimée : "Légère tu ris / et soudain tout est plume / autour des visages". S'il n'abandonne pas le resserrement, comme dans la belle image d'une "tour d'oiseaux calquée sur le vertige", Saguet laisse plus amplement respirer ses métaphores dans un recueil où "chacun reconnaît chacun / fait de la terre encore / à nos racines" pour affirmer : "Il y a dans tes yeux ma plus réelle image". C'est, avec l'autre reconnu, le monde redonné : "Et te voici riche d'automnes / à cheval sur l'heure / qui me sert d'horizon". (48-p. 60-F. Association l'Encrier, 46 rue des Anémones. 67450 undolsheim)
 
 
«L'espace de la nuit»
 
Avant d'être un recueil aujourd'hui disponible, ce livre fut d'abord une aventure éditoriale. Il s'agit en effet d'une des premières tentatives de multiédition. Treize éditeurs (français, belges, allemand) se sont associés pour proposer cette édition «européenne» offrant en un même ouvrage des poèmes en français et leurs traductions en espagnol (par Eric Fraj) et en allemand (par Rudigër Fischer). Coordonnée par l'association toulousaine Le Passe-mots, cette publication trilingue bénéficie ainsi des réseaux de diffusion respectifs de chaque éditeur, ce qui devrait lui assurer une audience élargie.
Chaude Saguet, poète toulousain, la mérite, lui qui, depuis trente ans et même s'il publie peu, distille en secret une écriture tragique et acérée où les mots écorchent la phrase, la brûlent parfois. Avec ce recueil cependant, les images qui bouillonnent encore souvent d'une violence contenue, se font parfois plus mélancoliques, penchées sur «cette lenteur des années / qui regardent passer notre ombre / usée par une vie / d'attente et de tristesse». L'espace de la nuit, ressassement lointain de l'enfance, de la crainte et de l'échec, est aussi lieu de magie où le carnaval des masques et des ombres est un autre visage de l'exil intérieur. Car la douleur procède de cette impossibilité de coïncider avec soi-même et sa vie et «la nuit reflète l'étendue / qui donne un nom / à notre absence». Elle est sentiment de l'écart et de l'éloignement. «De loin / vient la lumière / âpre et tamisée» et le jour est perdu. «Je travaille sourdement / à brûler la distance», confesse cependant Saguet. Et c'est par «le feu enveloppé de nuit» du langage, par ce feu, avec sa «fleur obstinée», qu'il y parvient. Car les mots en poésie sont ces «absolus dans l'instant» qui lui réinventent une patrie.
 
par Baglin Michel publié dans : CRITIQUES
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