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Samedi 30 juin 2007
Paroles d’un chanson écrite il y a une trentaine d’années. A fait l’objet d’une publication (confidentielle) il y a 20 ans.
 
L'ordre
(chanson)
 
 
C'est le mur mitoyen qui cache le voisin,
le sentiment confit quand il a pris le pli.
C'est l'idée nivelée à hauteur de télé
et l'enfant aussi sage que son livre d'images.
C'est la femme éternelle figée dans ses dentelles,
le masculin dressé à parler singulier,
la solitude servie à la croisée des lits
et l'hiver infligé à ma moitié d'été.
C'est la photo qu'on prend croyant flouer le temps,
le mot désenchanté qui meurt dans nos clichés
et la facilité accordée aux idées
qui réchauffent chacun au feu des lieux communs.
 
C'est le trop de prudence qu'on oppose à la chance,
la porte refermée au nez de l'étranger
ou la foudre empêchée des émois mesurés.
C'est le monde qui naît dans le dos des benêts
quand ils le qualifient en riant d'utopie
et c'est le ridicule qui tue les incrédules
dès que la foi se veut gardienne du sérieux.
C'est le nom de poète quand on veut qu'il se prête
au jeu des réalistes pour qu'ils le discréditent,
le clown qui ne sait pas qu'il est le fou du roi.
C'est le gitan chassé par la crédulité
et les ailes coupées d'un oiseau disgracié.
 
C'est la putain giflée par la moralité
ou la virilité quand on frappe un « pédé »
et le vocabulaire quand on a laissé faire.
C'est le cancer qui naît où mordent les regrets
et le bon droit pour soi qui aligne les croix.
C'est la marche en avant par le détour des camps
et la nécessité d'avoir ses fusillés.
C'est la folle impatience à dresser les potences
et le signe de croix en haut du Golgotha
quand la foule en silence accepte la sentence.
 
Michel Baglin
 
par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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Jeudi 28 juin 2007
Vient de paraître
 
Michel Baglin
 
Les Pages tournées
suivi de L’Adolescent chimérique
et de L’Etranger
(poèmes)
 
Collection Fondamente.
 
A commander à MULTIPLES
Chemin du Lançon. 31410 Longages
ou chez l’auteur.
 
(44 pages. 10 euros)
 

L’auteur réédite son premier recueil, « Déambulatoire », sous le titre de « L’Adolescent chimérique » et l’encadre de deux textes récents qui ouvrent un dialogue par delà les années.

par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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Mardi 22 mai 2007
La prochaine rencontre du Cercle Littéraire FLO :
 
Jeudi 07 Juin 2007 à partir de 19h30
 
 
« LES CHANTS DU REGARD » de Michel Baglin
 
Un album de photographies de Jean Dieuzaide accompagnées de textes poétiques de Michel Baglin  (Editions Privat) 
 
Ayant choisi quarante photographies de Jean Dieuzaide, Michel Baglin a rédigé autant de poèmes ou de proses poétiques qui s’inspirent à la fois des images et des arrière-pays qu’il leur prête. Car s’il a voulu créer avec des mots un espace parallèle qui leur soit fidèle, c’est bien sûr avec sa sensibilité propre qu’il a abordé l’univers de Jean Dieuzaide, qu’il présente dans un texte liminaire. Au-delà de la poésie irradiée par les photographies, de l’empathie dont elles témoignent pour les êtres et de l’humanité du regard, Michel Baglin a perçu en chacune d’elle « comme un salut lancé par-dessus l’instant et l’anecdote à cette sorte de musique qui nous habite, nous hante et nous porte durablement. » Celle d’une célébration renouvelée de notre étonnement d’être vivants, dans la beauté offerte. De la lumière à l’encre, c’est donc un dialogue qui cherche à s’établir comme un partage d’émotions, un chant. 
Auteur d’une vingtaine de romans, essais, recueils de poèmes et de nouvelles, Michel Baglin est également journaliste et critique. Il a obtenu en 1988, pour Les Mains nues (l’Age d’Homme éd.), le prix Max-Pol Fouchet. Derniers ouvrages publiés : L’Alcool des vents (poésie, au Cherche-Midi éd) et Entre les lignes (récits, à La Table Ronde) qui a obtenu le prix du jury Gourmets de Lettres en 2006
 
 
Suite à l’apéritif, nous vous proposons de dîner dans un décor 1900 où planent les ombres des peintres Ingres et Matisse et le sculpteur Bourdelle.
Le programme de la soirée :
19h30, accueil des participants à la Brasserie Flo Les Beaux Arts.
20h00 à 20h30 présentation de l’auteur suivie d’une conférence-débat.
20h30 à 22h30 / 23h00, dîner dans une ambiance conviviale.
Nous vous rappelons qu’un service voiturier est à votre disposition pour 6.00 € la prestation.
 
Nous vous remercions par avance de vous inscrire dans les meilleurs délais auprès de :
Nathalie Amiel 06.15.75.91.40. (laissez votre message, votre inscription sera prise en compte)
Vous pourrez régler vos repas sur place (30 euros par personne).
 
 
 
Yanne Rebeschin Présidente du Cercle Littéraire              
 
 
Nathalie Amiel,
      Responsable Commerciale
 
par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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Dimanche 18 mars 2007
Cette vie, la porter…
 
C’est un texte déjà ancien – il fait partie de « L’Obscur vertige des vivants » publié par le Dé bleu en 1993 - , mais qui connaît un regain de fortune. Après avoir été repris dans un manuel scolaire au Québec, le voilà qui me revient, mis en musique et chanté par Sam Telam (Didier Masmalet). Entre temps, d’autres personnes me disent l’avoir découvert ici où là, sur quelque fil de la toile… J’en suis ravi et du coup ne résiste pas à l’envie de faire connaître sa version musicale. On peut la trouver sur le site de Radio Occitanie et de l’excellente émission que Christian Saint-Paul consacre aux poètes depuis plusieurs décennies. http://atlamd1.free.fr
Voici le texte intégral du poème.
 
Cette vie, la porter...
 
Cette vie, la porter
jusqu'à l'incandescence
comme un bouquet fragile
d'étincelles sauvées
dont seul l'éclair fertile
aurait un peu de sens.
La porter comme un feu
au temps des hommes nus,
comme un noyau de braises
à transmettre à tous ceux
qui refont la genèse
en paradis perdu.
 
 
Cette vie, l'arpenter
d'un bon pas de marcheur
qui saurait cependant
qu'il peut se dérouter,
qu'il n'est ni lieu ni heure
pour arriver à temps.
L'arpenter ou flâner,
c'est selon la saison,
la manière qu'on a
de chercher l'horizon
et d'accorder son pas
au monde traversé.
 
 
Cette vie, l'enchanter
d'un sourire entrevu,
de ces bonheurs fortuits
du passant amusé
et des odeurs cueillies
par hasard dans la rue.
L'enchanter à l'envie,
à petits coups de cœur,
à petits coups de chance,
en quêtant l'âme sœur
ou la clarté d'enfance
dans un regard surpris.
 
 
Cette vie, l'inventer
contre l'usure des mots,
les lèvres trop prudentes,
les gestes étriqués
et les rêves falots
qui nous lient dans l'attente.
L'inventer à propos,
puisque le cœur réclame
un peu plus de vertige,
un peu plus d'états d'âme
et que le chant exige
et la langue et la peau.
 
 
Cette vie, la jouer
un peu de jazz au ventre
pour panser la blessure
et que l'eau du large entre
délayer la saumure
des sanglots ravalés.
La jouer triomphante,
s'il le faut contre nous
quand la peur nous défait,
mais n'oublier jamais
cet abîme au-dessous
des ailes qu'on s'invente.
 
 
Cette vie l'éclairer
à la danse des flammes
sur une hanche nue,
aux feux de camp des femmes,
à l'étoile allumée
sur un visage ému.
L'éclairer d'allégeances
faites à la lumière,
à la terre, à la pluie,
au navire en partance,
à la fontaine claire
comme à l'alcool des nuits.
 

 
Cette vie, l'agrandir
par le corps réveillé,
l'infini paysage
qui nourrit le désir
de trouver un passage
et de reprendre pied.
L'agrandir par la mer,
par la vague et par l'aile,
par la voile et le vent.
L'inventer fraternelles
par les yeux grands ouverts
qui nous font plus présents.
 
 
Cette vie, la fêter
en allant jusqu'au bout
dans la paix et la fièvre,
ayant su la risquer
en se tenant debout
et la caresse aux lèvres.
La fêter en secret
en lui offrant son temps
et croire désapprendre
la peine et les regrets
en leur abandonnant
les jours tombés en cendre.
 
Michel Baglin
par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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Dimanche 11 février 2007
Georges Cathalo, poète du quotidien
 
Après « Des mots pleins les poches » (éd Milan) plus particulièrement adressés aux enfants, la dernière publication de Georges Cathalo est d’une tonalité bien plus grave et mélancolique, celle de nombre de ses poèmes, (de « On aura » par exemple, publié il y a quelques années à La Bartavelle éd.). Son titre – « L’Echappée » – fait référence à tout ce qui nous détourne de l’essentiel, à cette tentation perpétuelle de la distraction pascalienne pour se dérober à la perspective insoutenable de notre condition. Mais il n’y pas d’échappée en fait chez cet auteur qui a toujours ancré sa poésie dans le quotidien (il nomme d’ailleurs ses poésies des « quotidiennes »). Et l’on évoque ici encore à travers un jardin, une visite, le souvenir de Jean Malrieu, des maisons et des paysages, un rapport au monde à la fois douloureux et ébloui. D’autant plus douloureux, d’autant plus ébloui que l’âge peu à peu rend la contemplation plus lourde, les amis et parents plus clairsemés, la beauté du monde plus précieuse. (Publié par Michel Cosem et les éditions Encres Vives. 2, allée des Allobroges. 31770 Colomiers. 6.1 euros.)
Cette publication est l’occasion de revisiter l’œuvre d’un ami – et d’un fidèle complice au temps de la revue Texture – à travers quelques notes que je lui avais consacrées.
 
 
Ce qui reste
Préface à « Lignes de Charge » (Texture, 1989)
Qu'il y ait du tragique à être au monde, chacun en convient et les œuvres le répètent. Georges Cathalo n'échappe pas à la règle, lui qui a fait de la figure de la menace une des plus constante de sa poésie.
Sans précautions, il va immédiatement au plus redouté. Son style est la ligne droite : le chemin le plus court, dès lors qu'il évite les trajectoires balisées du poncif, pour atteindre le cœur mortel. Ses salves assènent les vérités premières: «ce que nous sommes / la nuit l'effacera». Ses vers sont aussi directs que brefs pour énoncer la certitude inacceptable, la regarder en face et, d'emblée, placer sa poésie devant ce que l'on appelle aujourd'hui «l'incontournable». Et de citer Jean Malrieu en exergue : «sur les bords du gouffre qui attire, il n'est qu'une seule liberté : assumer la mort.»
Sa manière, qui rappelle celle des stoïciens ou celle des philosophes de l'absurde, pose la mort comme préalable – à toute «vision du monde», à toute construction logique ou sensible, à toute parole. Il faut vivre et écrire sous la lumière noire de la mort pour accéder à une part d'authenticité comme au langage poétique.
La mort chez Georges Cathalo est le plus souvent «mort lente», non celle, brutale, qui advient, mais celle, insidieuse, qui nous enferme dans sa promesse, nous gagne tel le désert sur la terre arable. «Dans chaque seconde / rien n'existe sans la mort», la compagne journalière est présente dans nos gestes et nos mots. «Lovée entre hier et demain» ou «muette derrière la porte», elle est moins perçue comme événement – ce «millionième de seconde / si différent de tout le reste» – que comme vérité quotidienne qui inscrit en chaque être vivant une pesanteur secrète.
Ce qui se dit (et plus encore peut-être ce qui s'écrit) procède nécessairement de la conscience que l'on a des «lignes de rupture» qui, partout, dessinent en filigrane la fragilité et la menace. L'angoisse existentielle impose même parfois son urgence à la parole; il faut alors «dire la mort maintenant / tout de suite / là sous la peau».
Mais si l'écriture est exorcisme, elle est surtout constat. C'est parce que la mort est partout lisible qu'il est impossible de ne pas la dire. Le moindre événement laisse les traces d'un saccage, tel le passage des pigeons et des rongeurs dans la fine couche d'orge du grenier : «ainsi tout ce qui se lit / se relie aux outrages / du présent et de ses rats». Ce qui se dit n'est pas si loin de ce qui se tait, l'un et l'autre se rejoignant au fond de cette «pincée de nuit» que la poésie a choisi de prendre en charge.
Cathalo, pourtant, ne s'en tient pas là, ne serait-ce que parce qu'«il n'est pas d'autre terre / ailleurs où se terrer». La confrontation avec la mort n'est que le passage obligé d'une parole qui s'accomplit. Et parce qu'elle se joue des consolations et des mythes – «elle n'a que faire / des formules magiques / du sperme et du lait» – la mort impose aussi la nécessité d'un art de saisir les richesses du monde. Comme il advient souvent chez les poètes contemporains, la poésie de Cathalo puise sa force et son énergie dans une vision non pas désabusée, mais désespérée : le renoncement aux mirages d'un au-delà conduit à trouver ici et maintenant, dans la chronique même des jours, des motivations à vivre et à lutter. L'homme se cabre sur son exigence : «comment taillera-t-il sa route / parmi les choses banales / et leurs sables mouvants?»
Les poèmes de Cathalo ne proposent pas des raisons d'espérer et ne sont pas en quête d'un sens. Mais ils disent la générosité de la terre «de la danse et du fruit» et interrogent ce qu'il y a de plus intime dans notre présence au monde : le tremblement qui saisit tout vivant devant les enchantements et le mystère de sa vie. Il a choisi du même coup pour sa poésie l'exploration du «secret», celui de la lumière, «refuge de l'indicible», et de tous instants précaires et quotidiens qui constituent «le domaine des silencieux». C'est sous l'éclairage de la mort – «la clé qui n'ouvre aucune porte» – que le secret prend son sens et sa valeur. Ainsi en va-t-il de cette beauté saisie au vol, comme de toute émotion : «la pointe d'un sein effleurant le sable» devient cet instantané qui confine à l'éternité par sa fragilité même. En somme, c'est parce que l'au-delà est improbable, l'issue certaine et parce que «les échéances ont grignoté la vie éternelle» que toute poésie est à chercher dans l'instant, chemin faisant, et dans chacune des péripéties qui réactivent notre étonnement de vivre. Cathalo cite volontiers Gaston Puel : «Mon cœur bat dans un homme étonné de se savoir en vie. Cela ressemble à un secret
La brutalité de la modernité et de ses machines («Nul ne marche plus / sur les traces du blé / depuis que la récolte voisine / avec des ogres d'acier») a repoussé encore un peu plus loin les marges du secret. Mais pour l'approcher, peut-être suffit-il de demeurer inquiet et attentif au moindre tremblement du jour : «entre la lampe et la prairie / les mêmes portes par où se glisse / une seconde d'éternité». 
Face au secret, la parole demeure tâtonnante et, d'une certaine manière, condamnée au silence : «parler ne résoudra rien». Mais si «l'obscur guette la parole», subsistent ces bribes à arracher au quotidien et à tout ce qui nous tient en éveil car «le miracle demeure : / se trouver vivant».
On ne s'étonnera donc pas de constater que ce recueil ouvert sur Lignes de rupture s'achève sur les évocations des Quotidiennes. Déjà, dans Ce qui reste, Cathalo s'attachait au «dérisoire nonheur / de ce qui se tient caché» pour conclure : «à nous sous la menace / d'en dresser l'inventaire / à chaque seconde». L'inventaire, bien sûr, n'est pas exhaustif et le quotidien qu'explore Cathalo n'est pas magnifié, même lorsqu'il laisse place à ces «menus riens» qui éclairent par en-dedans. Les jours succèdent aux jours sur cette «terre d'exil / qui nous féconde» pour, quelquefois, «moins que rien». Mais là est notre domaine et celui d'une poésie au «lyrisme ordinaire».
«Et si vivre n'était que trouver des parades à la vase du quotidien?» demandait un poème de Cathalo il y a quelques années. Pour y répondre, il lui fallait probablement devenir ce guetteur qui débusque dans les objets, les gestes et les événements mineurs des jours les traces qui font signe et que l'on reconnaît pour les avoir déjà rencontrées dans ses paysages intérieurs. La sérénité n'est pas gagnée pour autant : au quotidien aussi, ce que dévoile le poème ressemble à une dépossession. Mais la poésie s'acharne. Et celle de Cathalo est imparable, parce qu'elle s'attache aux «traces», parce qu'elle est ce qui reste.
 1989
 
 
« Ce qui se dit »
Ce qui se dit, ce qui se tait viennent à se ressembler dans le même tremblement, «à mi-chemin du rêve et du réel», lorsqu'on les confronte à la précarité des gestes et à la fragilité de la parole. Extrêmement ramassée, la poésie de Cathalo mesure chaque instant et chaque mot à l'aune de l'oubli qui les guette, du néant où ils se diluent. Aussi «l'image obstinée» est-elle toujours minée de l'intérieur par le temps et le doute, ce dernier exigeant le conditionnel pour chaque poème. «La poussière du monde s'engouffre dans la lumière» pour ne connaître qu'une existence tremblante et éphémère, comme les éclats et les rumeurs d'un jour d'été: «à nous sous la menace / d'en dresser l'inventaire / à chaque seconde». Mais en sachant que ce qu'on pourrait dire «ne serait qu'une parole», soit : «une pincée de nuit». (Texture, 1983)
 
La Dépêche du Midi. Novembre 1983
 
«Malgré tout »
Dernier supplément à la revue Décharge (3, rue d'Auxerre. 89560 Courson-les-carrières), une plaquette de poèmes brefs où l'on reconnaît le ton Cathalo: une lucidité sans concession sur les désastres ordinaires de la modernité, mais aussi la volonté de savourer et de sauver ce qui peut l'être, «un coin de terre / où l'herbe pousse encore». Autrement dit, «encore / et toujours veiller», prendre «le pouls des jours», se dresser contre «les complots du silence» car «si on parle c'est que cela vit encore / quelque part / sous la langue et la peau».
 
 
« On aura »
Le futur antérieur donne une tonalité de tragique voilé aux poèmes de Cathalo qui, chacun, commence par la formule «On aura».
«On aura tout vu, on aura tout dit, on aura cru se sauver, se survivre.» Ce futur ambigu qui joue les passés est une subtile mise en perspective des jours, perçus avec le recul du dérisoire. «On aura» ouvre le domaine de la mémoire et des rétrospectives inéluctables; mais, surtout, dessine en filigrane du présent ce point de fuite lointain, extérieur, vers quoi tout converge, d'où tout semble prendre sens, perdre sens. Malraux disait que la mort transforme la vie en destin. Le futur antérieur de Cathalo est, lui, ce mode de perception qui dévoile le tragique du quotidien. (La Bartavelle, 1987).
La Dépêche du Midi. Août 1987
 
 
 
« Quotidiennes du proche et du lointain »
«Partir sans s'éloigner»: de cette double tentation le quotidien nourrit nos amours, nos frustrations et sa fondamentale ambiguité, dans cette «troublante certitude / d'avoir à choisir seulement / entre la fuite et le combat». A travers ces poèmes de quelques vers qu'affectionne Cathalo et qu'il appelle des «quotidiennes», comme autant de notes, on reconnaît un peu de nostalgie («au fond d'une gare abandonnée / moisit le bois d'un butoir») mais surtout l'œil critique porté sur un monde où l'homme lui-même se perd: «Mille siècles ne te suffiraient pas / pour parcourir vraiment / oui vraiment / les sentiers de ton enfance / toi qui désormais / glisse bêtement / de rocade en autoroute.» Une suite de quarante poèmes sur un «vivre ici», dans la difficulté de bâtir «une principauté à sa mesure», «un havre artisanal / qui jamais ne s'achèvera»  face à un univers qui vous écrase, sachant «qu'un coup d'épaule suffit / à refermer les battants des sas / entre vide et néant». (éditions Clapas.Aguessac.)
 
 
par Baglin Michel publié dans : CRITIQUES
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