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Vendredi 18 avril 2008

Aimé Césaire, poète
Critique rédigée il y a une quinzaine d'années et publiée dans La Dépêche.
Sous le titre on ne peut plus simple de "Poésie" (1) et à l'occasion de son 80e anniversaire, les éditions du Seuil publient l'ensemble des poèmes écrits par Aimé Césaire, depuis le "Cahier d'un retour au pays natal" et, surtout, "Les Armes miraculeuses", jusqu'à "Moi, laminaire..." en passant par "Cadastre", "Ferrements" des inédits ("Comme un malentendu de salut"), le tout agrémenté de notes et variantes.
Cette traversée d'une oeuvre de revendication (il est avec Senghor le chantre de la "négritude") et de célébration, révèle la fabuleuse richesse d'une langue lyrique, d'un chant glorieux, violent, impudique et généreux. Avec en toile de fond "l'Afrique multiple et une" à la fois rêve de l'origine pour le Martiniquais, mythe, et cependant réalité "à portée du siècle, comme un cœur de réserve."
Chez le poète pour qui marronner est le fondement d'une identité et d'une morale, l'influence surréaliste donne aux images une ferveur inventive, une jeunesse inaliénable pour dire "la grande soif d'être". Le rythme des versets et des longs poèmes césairiens, allié à la sensualité parfois brutale de l'inspiration, charrie les soleils, les "noeuds d'algues et d'entrailles" d'un verbe incantatoire, tantôt prière et tantôt injonction, volonté de présence et de fusion au monde : "En les nommant, flore, faune, dans leur étrangeté, je participe à leur force ; je participe de leur force", affirme Césaire dont la poésie dénoue les enthousiasmes ravalés. Car "rien ne délivre jamais que l'obscurité du dire."

 (1) Edition établie par Daniel Maximin et Gilles Carpentier. 550 pages

par Baglin Michel publié dans : CRITIQUES
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Lundi 7 avril 2008

Tzvetan Todorov : La leçon des camps

« Face à l'extrême »

 Mettant un peu d'ordre dans mes papiers, je retrouve cette critique - rédigée et publiée en 1991 - d'un livre de Todorov qui m'avait profondément marqué. On peut toujours le lire (et tous ceux qu'il a écrits depuis, de la même veine), c'est pourquoi il ne me paraît pas inutile de mettre en ligne cette note de lecture.

 Tzvetan Todorov fut, dans les années « 70 », un critique et un théoricien de la littérature très apprécié dont les ouvrages (« Introduction à la littérature fantastique », « Poétique de la prose », etc.) contribuèrent à mieux faire connaî­tre l'approche structuraliste des tex­tes et des genres et qui font encore référence.
  Toute autre est son ambition avec son dernier ouvrage « Face à l'extrême » (Seuil), où l'on retrouve néanmoins sa rigueur d'analyse : Todorov interroge, cette fois, le totalitarisme et sa logique ultime, celle des camps, à travers les témoignages des déportés et prison­niers victimes du nazisme ou du sta­linisme. Son propos est celui d'un moraliste : contrairement à un préju­gé répandu, la solidarité, l'entraide n'avaient pas disparu dans les camps, mais y avaient pris des formes diverses et l'auteur s'efforce de distinguer en quoi elles répondent à des vertus dis­tinctes. Révoltes, gestes de compas­sion, solidarités actives sont autant d'attitudes qui, face à l'extrême de l'humiliation et de la négation de la personne, affirment l'homme. Elles peu­vent être commandées par une idéo­logie, une foi, mais aussi par la compassion, le simple souci de l'autre. La première leçon de Todorov est qu'elles ne se valent pas en tout temps car elles n'engagent pas les mêmes valeurs : les uns privilégient des abs­tractions, l'autre des personnes, et c'est selon lui sur cette dernière que peut se fonder une morale quotidienne à la mesure de notre temps.
De la confrontation des témoignages des victimes et des rescapés (Amery, Bettelheim, Guinzbourg, Lanzmann, Tillon, Semprun, Soljenitsyne, etc.) il dé­gage un autre enseignement : de la fraternité sauvegardée malgré l'atrocité des camps, de la résistance plus ou moins sourde à la déshumanisation, on ne peut tirer une éthique qu'à la condition de ne pas penser le mal en terme d'altérité, d'anormalité. La question est alors de savoir comment un bon père de famille peut, dans le même temps, être un bourreau sadi­que. S'appuyant sur les conclusions de Primo Levy, qui n'a cessé dans ses livres de ressasser cette terrible interrogation, Todorov analyse ce dé­doublement, cette « schizophrénie sociale spécifique aux régimes totalitaires » pour montrer qu'elle existe aussi, à l'état latent, dans toute société. Comparti­mentation, spécialisation, pragmatisme et cynisme suspendent la conscience morale et conduisent le citoyen docile à ne plus s'interroger sur la portée de ses actes hors de la sphère privée. Tout, dans le régime totalitaire et dans les camps, a ainsi été fait pour que le bourreau oublie l'humanité de ses victimes. « Ce qui a rendu possible ce mal immense, affirme Todorov, ce sont des traits tout à fait communs et quoti­diens de notre vie : la fragmentation du monde, la dépersonnalisation des relations humaines. » Et l'application de la pensée instrumentale (scientifique et technolo­gique) aux rapports entre les êtres. Ainsi, l'extrême révèle un mal que nos démocraties, heureusement, savent le plus souvent contenir, mais il en précise aussi la menace.
Une morale (qui ne se confond pas avec le moralisme) doit donc s'appuyer sur cette « reconnaissance de la facilité tant du bien que du mal » et imposer la vigilance pour que, toujours, la per­sonne humaine soit envisagée comme fin, non comme moyen. C'est, bien sûr, le fondement de tout humanisme ; mais la leçon est ici fortement argumen­tée, hors de toute idéologie, et reste à méditer si l'on veut gagner « un surplus d'humanité » et surtout éviter que ne revienne le temps du cauchemar.

  

par Baglin Michel publié dans : CRITIQUES
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Mercredi 28 novembre 2007

« Mais souviens-toi du Paradis » de Bernadette Throo

Sac à mots éditions
 
« Ce qui a été cesse-t-il jamais d’être ? » La question est inscrite, comme en filigrane, dans chaque poème de Bernadette Throo. Elle qui avait publié un premier recueil en 1956 chez Seghers, puis s’était tue 30 ans avant de se remettre à l’écriture avec « L’Après-toi », propose son sixième opus avec ce « Mais souviens-toi du Paradis ».
A l’heure de la confrontation avec le passé, cette poésie sans artifice, mais d’une profonde humanité, ne cesse de nous parler tout en ressuscitant des souvenirs personnels. Il y a bien sûr « ces morts qui bougent en nous », des mélancolies de jardins à l’approche de l’hiver, de la neige, des « mots hors saison » et un silence habité de beauté et de solitude. Il y a, oui, cette terrible prégnance du temps quand « d’ailes mortes vos pas s’entravent », et quand le poème s’écrit « sur fond noir ». Pourtant, par l’attention portée à tout ce qui vit, tremble et perdure, il y a aussi, et un peu partout dans ces pages « du printemps volé », de la lumière jusque dans les nostalgies les plus poignantes. « Pour entrer aux mois les plus noirs / il faut se faire une âme claire / abriter en soi des soleils têtus », estime Bernadette Throo. Elle les allume contre le froid et « l’hiver aux dons obscurs et méprisés » à force de justesse, de densité (Ah cette notation : « De moi / vous n’aurez rien deviné / que le moindre » !), au bout d’une lucidité qui est aussi une forme de loyauté envers un monde malgré tout « délectable ».

Sac à mots éditions. 64 pages.

par Baglin Michel publié dans : CRITIQUES
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Mercredi 28 novembre 2007

Paroles d’exil, écrits d’ici

 Le Clap Midi-Pyrénées (centre de ressources et de liaison pour les associations et les porteurs de projets), lance chaque année un appel à textes à tous ceux qui sont en apprentissage ou en réapprentissage de la langue française dans diverses associations de la région. Cette opération se nomme «Le Pied à l’encrier» et permet à nombre de nouveaux arrivants de trouver confiance en eux. 
Les textes sélectionnés font l’objet d’une édition, qui est bien sûr une première phase de valorisation de l’écriture. Et, cette année, le Clap a demandé à des écrivains confirmés de s’associer à cette publication en écrivant des textes entrant «en résonance» avec ceux des «écrivants».
L’ensemble constitue un recueil, «Les Mots de l’exil en mémoire», publié par les éditions Privat, sur la thématique de la mémoire de l’immigration. Marie Didier, Philippe Berthaut, Magyd Cherfi, Abdelkader Djemaï et Michel Baglin y ont ainsi offert des textes.
Mais l’essentiel du sens d’un tel ouvrage tient dans la démarche, celle des associations et du Clap qui fédère pour la circonstance leur travail. Et celle de tous ces anonymes qui se battent pour ouvrir un passage dans la langue. Trouver sa voix dans les mots, un chemin de paroles à ses émotions et ses idées, n’est pas si évident qu’il y paraît. Surtout quand la précarité, l’exclusion, les discriminations vous ont laissé peu ou prou sur le bord de la route. Ou quand vous venez d’arriver en France et ne maîtrisez pas encore la langue...
De nombreux organismes et associations aident à l’alphabétisation. Et les textes produits par les personnes en réapprentissage sont souvent très émouvants, car ils ont forcé de longs silences avant d’éclore. Et reflètent autant d’histoires de vie. C’est bien sûr ce qu’on lit dans cet ouvrage, les écrivains inventant pour leur part, à travers nouvelles ou poèmes, des échos à ces détresses et à ces joies qui racontent autant d’histoires de vie.
 Renseignements au CLAP. 21, place Saint-Sernin. 31000 Toulouse. Tel: 05.62.27.50_48. Site_: ww.clapmp.com
par Baglin Michel publié dans : CRITIQUES
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Mardi 13 novembre 2007
Vient de paraître
 
Michel Baglin
 
Les Pas contés
Carnets de Cerdagne
(proses)
(48 pages. 6 euros)
 
Collection Chemins d’écriture
A commander à Rhubarbe 4, rue Bercier 89000 Auxerre
ou chez l’auteur.
 
Qu’est qui pousse le randonneur à vouloir avaler encore ce monticule, à explorer cette combe, à se risquer à l’extrême bout d’un promontoire ? Pour y découvrir quoi ? Qu’est-ce qui pousse l’écrivain à écrire ? Pour dire quoi qui n’ait pas déjà été dit, y compris par lui-même ? Et quels mots employer qui n’abolissent, sitôt prononcés, la réalité qu’ils prétendent exprimer ? Dans la lignée (la foulée !) de sa Lettre de Canfranc, publiée par Rhubarbe en 2005, Michel Baglin interroge ici son chemin d'écriture qui serpente à travers la Cerdagne.
 
Michel Baglin vit dans la banlieue de Toulouse, en bord de Garonne. Écrivain et jour­naliste, il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages depuis son premier recueil paru en 1974, chez Chambelland. Pratiquant l’écriture sous différentes formes, il est aussi critique (Poésie 1, Autre Sud, Brèves, Europe, La Dépêche du Midi, etc.) et a créé et animé la revue et les éditions Texture de 1980 à 1990.
En poésie, on lui doit notamment L’Obscur Vertige des vivants (Le Dé bleu), L’Alcool des vents (Le Cherche-Midi), Les Mains nues (L’Age d’Homme éd. Prix Max-Pol Fouchet 1988) et récemment Les chants du regard (Privat) et Les pages tournées (Multiples-Fondamante). Romancier (Lignes de fuite, et Un sang d’encre), il est aussi l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles (Des ombres aux tableaux, Ruptures, etc.), de récits (Entre les lignes, La Table Ronde), de deux essais (Poésie et Pesanteur et La Perte du réel) et de textes inclassables comme la Lettre de Canfranc.
Il aime la marche et le vagabondage dans les rues et s’efforce à ce que la vie et l’écriture soient le moins possible dissociées.

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par Baglin Michel publié dans : baglinmichel
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